Le micro-lycée de La Courneuve, l'école au microscope

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Cette structure expérimentale donne une seconde chance aux élèves décrocheurs.

Rien, dans la rue Beaufils, ne laisse deviner qu’un lycée s’y cache. Il me faudra passer deux fois devant le portail entrouvert pour découvrir l’endroit sis numéro 33: “Micro-lycée 93 Rebond”, indique la plaque fixée au mur. Je suis au bon endroit.

Vue de l’extérieur, on est loin de la cour de lycée classique. Une petite baraque posée là, entre quatre murs recouverts de graffitis. Au fond, un bâtiment aux allures de garage sert d’atelier d’arts plastiques. Il faut être honnête, le tout ressemble davantage à une maison de quartier façon préfabriqué, qu’à un lycée.

Le micro-lycée de La Courneuve est situé à quelques rues du lycée Jacques Brel, auquel il est rattaché. Crédit: Romain De Oliveira

 

Bonjour, bienvenue au micro-lycée”, lance Nathalie Broux en me voyant débarquer dans la salle de classe commune. Tout de noir vêtue, bottines Dr Martens qui lui montent jusqu’aux mollets, elle n’a pas l’allure traditionnelle de la professeure de Français. Et pourtant, la jeune femme débute sa douzième rentrée scolaire, dont trois en tant que coordinatrice du micro-lycée de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis.

Une structure expérimentale

Créé en 2009 avec le soutien de la région Île-de-France, l’établissement est rattaché au lycée Jacques Brel et dépend de l’académie de Créteil, pionnière en la matière.

Le micro-lycée de La Courneuve est en effet le troisième à avoir ouvert ses portes en France, précédé par ceux de Sénart (en 2000) et de Vitry (en 2007). À la rentrée 2012, une quatrième structure a vu le jour à Cergy, dans l’académie de Versailles. “La preuve que le concept fonctionne et essaime”, me glisse Vincent Casanova, jeune professeur d’histoire-géographie. Comme ses dix autres collègues, ils ont choisi d'être ici, à cheval entre le micro-lycée et un établissement plus classique.

Le principe de la structure est simple: permettre à des jeunes sortis trop tôt du système éducatif ou mal orientés, de passer un baccalauréat littéraire ou économique et social. Les effectifs des classes sont beaucoup moins nombreux et chaque jeune bénéficie d'un soutien quasi particulier.

En 2010, une circulaire du portail national des professionnels de l'éducation (Eduscol) encourageait toutes les académies à se doter de ces structures innovantes. Sans succès.

Un problème d’orientation, mais pas que

Selon l’Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev), environ 150.000 jeunes quittent chaque année le collège ou le lycée sans le moindre diplôme en poche. Pour l’Éducation nationale, ce sont des décrocheurs, “des élèves dont personne ne veut, avoue Nathalie Broux. Notre boulot c'est d'être là au moment où ils reprennent pied."

Certains ont quitté le collège prématurément ou n’ont pas terminé leurs années de lycée; d’autres sont devenus parents très jeunes ou sont sortis du système en s’isolant progressivement. Tous, ou presque, ont connu l’absentéisme chronique, une “double peine” qui entraîne l'exclusion de l'établissement.

> Pour Ariane Steiner, professeure d'Allemand au micro-lycée, les classes surchargées sont aussi responsables du problème.

 

Mais beaucoup d’entre-eux se sont égarés au moment de choisir leur voie: “La plupart des jeunes subissent leur orientation dès l’année de 3e ou de 2nde. Lorsqu’ils s’en rendent compte, il est trop tard pour faire marche arrière et c’est là que le décrochage survient”, constate la professeure de Français. Un constat partagé par l’étude de l’Afev (PDF), selon laquelle 71% des jeunes décrocheurs ont le sentiment d’avoir été “mal conseillées au moment où ils ont fait leur choix d’orientation”.

Au total, les trois micro-lycées de l'académie de Créteil accueillent 250 élèves décrocheurs. Crédit: Romain De Oliveira

 

Vers 13 heures, les jeunes reviennent de leur pause déjeuner et s’installent en classe commune. Leur tendre le micro est délicat, la plupart ne souhaitant pas forcément être mis sur le devant de la scène. Les échanges avec les professeurs sont pourtant bon enfant, l'objectif étant d'"instaurer une relation de confiance et de connivence."

Un accompagnement personnalisé

Au total, ils sont une quarantaine à s'asseoir sur les bancs de La Courneuve (environ 250 dans les trois micro-lycées réunis). Un effectif réduit à cause des capacités d'accueil, mais aussi pour permettre à chacun de bénéficier d’un accompagnement personnalisé. “Ils ont besoin d’être rassurés et soulagés. C’est une forme un peu paradoxale de retour à la normale”, admet Nathalie Broux.

Les horaires sont également aménagés et allégés. Du moins en classe de première, pour leur laisser le temps de faire le trajet et, aux lève-tard, de se réveiller: “Beaucoup d’élèves ont quitté le système éducatif depuis plusieurs mois et il leur faut du temps pour se réhabituer”, estime Vincent Casanova.

Le baccalauréat en ligne de mire

Le principal objectif de l'établissement est de préparer ces lycéens fâchés avec l'école au baccalauréat. Selon Nathalie Broux, “les jeunes qui viennent ici sont tous volontaires et ont pour ambition de décrocher leur diplôme. Pour la plupart, ça leur permet d’entamer des études supérieures.” 

Ces deux dernières années, le micro-lycée a obtenu 80% et 84% de taux de réussite à l'examen final. Ce qui le place très largement dans la moyenne nationale.

Consciente que ces structures "de la deuxième chance" (les micro-lycées ne sont pas les seules) sont bien intégrées mais encore à la marge du système éducatif traditionnel, Nathalie Broux souhaite qu'elles puissent servir de passerelle pour "travailler autrement."

 

Crédit photo: Romain De Oliveira
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