Un beau discours sur la transition écologique, mais est-il applicable?

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Pour Agnès Gaubert, écologiste, il faut adapter la lourdeur des structures et des démarches en France pour appliquer les mesures pour la transition écologique de l’économie. 

Alors que la France montre un vif intérêt pour accueillir la prochaine Conférence sur le climat de l’ONU, une série d’annonces volontaristes a été faite par le président de la République et son Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Celles-ci marquent la volonté de respecter les engagements de la campagne présidentielle et les promesses faites aux écologistes.

Il est néanmoins permis, et même conseillé, de s'interroger sur la mise en œuvre d’un tel discours quasi-parfait. En écoutant le nouveau secrétaire national d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) Pascal Durand, souligner devant les journalistes qu’aucun écologiste présent à la Conférence environnementale et ayant entendu le discours de François Hollande ne saurait en retirer un seul mot, on ne peut qu'opiner du bonnet.

Un débat coincé entre pro-nucléaire et pro-gaz de schiste

En consultant la composition des tables rondes qui se sont tenues à huis clos, c'est même un "Grenelle à l’identique" qui officie. Encore les huit mêmes ONG et une assez forte présence du Medef ou de Force Ouvrière (FO): le premier se serait illustré par sa volonté de promouvoir les gaz de schiste dans la table ronde consacrée à l’Énergie. Le second a privilégié une ligne de défense des emplois dans le nucléaire et serait donc plutôt opposé à des fermetures de centrales. Et ce, malgré les risques encourus pour la santé, l’environnement et la sécurité.

Nous voilà donc soudainement bien mal à l'aise, simples citoyens, pris en tenaille entre les exigences sociales d'un microcosme nucléaire et les appétits économiques et financiers des pourvoyeurs de gaz de schiste.

Trop d’échelons et trop de lourdeurs pour des politiques efficaces

Le samedi en écoutant les synthèses des fameuses tables rondes, juste avant le discours du Premier ministre, certains doutes se sont fait jour quant à la faisabilité et à la lisibilité d’une politique volontariste de transition écologique. Le discours du rapporteur de la table ronde “Améliorer la gouvernance environnementale” Daniel Lebègue*, a démontré cette nécessité de clarification et de simplification des procédures administratives en vigueur. Cent quatre-vingts décrets d’application du Grenelle ont été appliqués, mais moins de 20% de nos concitoyens se disent bien informés sur ce qu’est le Grenelle.

Il faudrait déjà veiller à l’application des textes votés, à leur vulgarisation et à une meilleure répartition des rôles de la Commission nationale du débat public (CNDP) et du Conseil économique, social et environnemental (CESE). Il faudrait aussi faire davantage la promotion de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) auprès des grandes entreprises. Alors même que la France serait une pionnière en la matière, la RSE étant inscrite dans la loi depuis 2001.

Harmoniser les politiques, des mairies à l’Europe

Enfin comment faire converger les plans nationaux de développement durable en Europe, reparler du mille-feuille territorial, de la décentralisation et de la réforme territoriale, à l’heure des révélations sur les milliards d’euros dilapidés dans les mairies, les départements ou les régions et que l'argent publique se fait rare.

Autant de questions fondamentales pour la mise en œuvre concrète d’un discours présidentiel volontariste et innovant, soutenu par un gouvernement et deux assemblées (une première historique).

À l'issue de la Conférence environnementale, c'est la question de la réalisation des politiques publiques, mais aussi de la confiance et du soutien qui sera accordée au secteur privé des TPE, des start-up et des PME-PMI qui doit se poser. Pour un changement durable, les enjeux énergétiques doivent occuper une place centrale dans le débat économique, social et environnemental.

*Président de l'Institut français des administrateurs (IFA) et de l'Observatoire de la responsabilité sociale des entreprises (ORSE)

 

> Ecologiste, Agnès Gaubert a notamment été candidate sur la liste d'EELV aux élections régionales de Paris en 2010.

 

Crédit photo: Horia Varlan/Flickr

 

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