« Aucun politicien libanais ne s’est jamais préoccupé des intérêts du peuple, ce n’est pas maintenant que ça va changer. » Mathilda évoque avec un air désabusé les élections législatives libanaises du 7 juin prochain. Installée à la terrasse d’un restaurant dans le centre-ville de Beyrouth, cette Libanaise de 32 ans lance un sourire résigné à Tony, son époux. Qui acquiesce. « Les préoccupations des citoyens n’ont jamais été une priorité pour les politiciens, ils préfèrent se concentrer sur les disputes entre les communautés », poursuit-il.
Désenchantement
Dans le quartier musulman de Zaarif, dans l’ouest de Beyrouth, Mohammed tire le même constat résigné. Ce chauffeur de taxi originaire du sud-Liban a décidé de ne pas aller voter. « Ca ne sert à rien », dit-il. « On n’a pas d’eau potable et on subit des coupures d’électricité pendant des heures chaque jour. Ces problèmes basiques de la vie quotidienne ne sont même pas évoqués par les candidats, alors pour les beaux discours sur les droits de l’homme, on devra encore attendre ! », lance-t-il, accoudé à sa vieille Mercedes.
"Un moment clé pour le Liban"
Malgré le désenchantement et la méfiance d'une partie des Libanais, Amnesty International estime au contraire que ses élections offrent une « occasion unique » aux responsables politiques pour engager des réformes en faveur des droits de l'homme et de la justice.
« Le scrutin intervient à un moment clé pour le Liban », affirme Malcolm Smart, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International. Alors que le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) se met en place, les défis à relever sont nombreux pour les futurs élus ; mettre un terme à l'impunité et à la détention arbitraire, lever le voile sur la disparition de dizaines de libanais en Syrie ces dernières années.
Les parlementaires devront ainsi trouver des réponses à des questions essentielles ; telles que la torture (pratiquée, selon Amnesty International, par les services de sécurité libanais), l’abolition de la peine de mort, le droit des femmes ou encore le statut des Palestiniens, toujours victimes de nombreuses discriminations. Des combats qui s'annoncent difficiles, dans un pays où les droits fondamentaux sont toujours passés au second plan.
Les mêmes programmes politiques depuis 50 ans
Ces dernières semaines, les politiques ont multiplié les échanges musclés, et les affiches électorales ont fleuri un peu partout dans les rues du pays. Pourtant, les programmes politiques ne sont pas vraiment au coeur de ces débats. « Les scrutins au Liban se transforment souvent en batailles idéologiques entre les différentes communautés du pays », explique Ossama Safa, directeur du Centre libanais d’études politiques.
Une fois de plus, les élections du 7 juin verront s'affronter deux visions du Liban : celle de la majorité parlementaire anti-syrienne appuyée par les Etats-Unis et l'Arabie saoudite et celle de l’opposition, conduite par le mouvement chiite Hezbollah, soutenu par Damas et Téhéran.
Dans ce contexte régional tendu, où le Liban a toujours joué un rôle central, « les candidats ne se sentent pas obligés de s’atteler aux problématiques des droits de l’homme, les enjeux régionaux sont prioritaires à leurs yeux », poursuit Ossama Safa.
D’ailleurs, certains partis politiques, comme le PSP (Parti socialiste progressiste) n’ont pas changé une ligne de leur programme depuis près de cinquante ans.
Campagne parallèle
Une aberration à laquelle l’association Green Line veut mettre un terme. Pour interpeller les électeurs sur ce statu quo, l’organisation environnementale a décidé de lancer une campagne parallèle aux législatives à travers plusieurs spots télévisés.
« Où sont mes droits ? », ou encore « L'eau est un droit, exige-le de ton candidat ! »... Autant de slogans que l’association diffuse actuellement sur les chaînes de télévisions libanaises. « On constate que les citoyens sont appelés aujourd'hui à remplir leurs devoirs, sans pour autant que leurs droits soient assurés », explique Ali Darwiche, directeur de Green Line.
Après les élections législatives, l’ONG compte poursuivre son combat. Elle prévoit de publier des rapports sur le développement durable, l'accès des habitants à l'eau ou encore les énergies renouvelables. Ces documents seront directement remis aux députés, les seuls capables d’accélérer le combat pour les droits de l’homme au pays du Cèdre.
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