
Une grave sécheresse aux États-Unis et en Russie, deux des plus gros producteurs mondiaux de céréales. Des pluies diluviennes au Brésil, premier producteur mondial de sucre, qui entraînent une chute de la production. Tous les ingrédients semblent réunis pour qu’une nouvelle crise alimentaire éclate.
Le 9 août 2012, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) tire la sonnette d'alarme et révéle que les prix des matières premières agricoles (céréales, lait, sucre, viande et huiles) ont flambé au cours du mois de juillet 2012, augmentant de 6% dans l’ensemble. Rien que pour le maïs, le prix a bondi de 23% en juillet.
Une accumulation de facteurs
Michel Griffon est directeur général adjoint de l’Agence nationale de la recherche (ANR). Rassurant, cet économiste et ingénieur agronome de formation assure que nous ne sommes pas encore en situation de crise. "Mais la hausse importante des prix et la soudaineté du phénomène”, justifient les inquiétudes.
La situation n’est pourtant pas nouvelle. Déjà en 2008, la fluctuation des cours du riz et du blé, aliments de base pour une grande partie de la population mondiale, enflammait certaines régions du monde. Haïti avait dû faire face à de violentes émeutes de la faim.
“Les mêmes causes produisent les mêmes effets”, selon Michel Griffon. Pour expliquer un éventuel état de crise, il pointe du doigt l’accumulation de facteurs à court et long terme: “l’augmentation de la population mondiale, l’instabilité des marchés agricoles ou les changements climatiques."
“Agir de façon organisée”
Une vision que partage Concepcion Calpe, secrétaire du groupe intergouvernemental sur le riz à la FAO. “On est encore loin de ce qui s’est passé en 2008, mais la situation est précaire […] et les prochains mois vont être très critiques”, alerte l’économiste.
Pour endiguer le phénomène, des initiatives existent pourtant. “L’année 2008 a servi d’alarme. Des programmes d’autosuffisance et d’optimisation des productions agricoles ont été mis en place”, explique Concepcion Calpe. Certains pays ont constitué des stocks, "mais les mauvaises récoltes de 2011 n'ont pas aidé."
La même année, le G20, groupe composé de 19 pays et de l’Union européenne, décide de s'attaquer au problème et met en place le système d’information des marchés agricoles (AMIS). Ce forum de réaction rapide a pour but d’améliorer la transparence des marchés agricoles et de coordonner les efforts de chacun.
"Ce système est tout nouveau et encore en phase de test. C'est un outil efficace et il faut que chaque pays puisse agir de façon organisée et coordonnée.” Près d'un milliard de personnes dans le monde sont encore concernées par des problèmes de malnutrition.











