L’éducation, éternelle oubliée de l’aide au développement

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Nous voilà donc tous partis à plancher sur de nouveaux objectifs pour le développement (éventuellement durable). Il se trouve que la fin du cycle sur les Objectifs du millénaire pour le développement coïncide avec celui sur l’éducation pour tous. Un télescopage intéressant, qui nous amène à nous interroger sur la place de l’éducation dans les politiques et les débats internationaux sur le développement.

Personne n’osera vous le dire, mais les Objectifs de l’éducation pour tous, tout comme ceux du millénaire pour le développement, ne seront pas atteints d’ici 2015. C’était pourtant la limite que la communauté internationale s’était fixée pour réaliser, entre autres, la parité dans l’enseignement primaire et secondaire, l’accès universel à l’éducation primaire ou encore améliorer les niveaux d’alphabétisation des adultes.

La preuve? Toutes les organisations, qu’il s’agisse des Nations Unies, des grandes ONG ou des agences de coopération bilatérale travaillent déjà sur ce qu’il est convenu d’appeler "l’agenda post 2015".

En cette rentrée 2012, l’éducation n’est pas assez "tendance"

Que l’on ne s’y trompe pas: le développement connaît lui aussi des effets de mode. Tantôt, c’est la santé qui est au cœur des processus de développement; et puis finalement, on décrètera qu’il n’y a rien de plus efficace que la microfinance pour lutter contre la pauvreté, produire de la croissance et par tant, atteindre le développement.

Pour Aide et Action International qui travaille depuis 30 ans à améliorer l’accès et la qualité de l’éducation pour des millions d’enfants, cette valse des slogans pourrait prêter à sourire.

Excepté qu’une fois de plus, l’éducation compte parmi les abonnés absents des grandes réflexions sur le développement.

Depuis la première conférence sur l’Education pour tous en 1990 à Jomtien (Thaïlande), le nombre d’enfants d’âge primaire privés d’éducation est passé de 105 millions à 61 millions aujourd’hui. Un réel progrès qui témoigne de la volonté politique – aussi bien de la part des Etats, que des agences onusiennes et de coopération bilatérale et multilatérale – de faire de l’éducation l’un des leviers essentiels du développement.

Mais depuis 2005, le rythme auquel le nombre d’enfants sont scolarisés ralentit, et depuis 2008, leur nombre stagne de manière inquiétante.

Le facteur le plus puissant d’émancipation

Les mêmes tendances sont révélées par l’analyse de l’aide internationale dédiée à l’éducation de base. L’aide à l’éducation en général est faible et la part consacrée à l’éducation de base encore plus marginale.

Sans oublier que la crise économique a des effets importants sur les sommes allouées chaque année à l’aide publique au développement. Pourtant, l’éducation a le pouvoir de changer les choses; elle est le facteur le plus puissant de l’émancipation.

Un enfant dont la mère sait lire a ainsi 50% de chances de plus de pouvoir survivre au-delà de sa cinquième année; une année supplémentaire de scolarisation augmente en moyenne de 10% les futurs revenus; les femmes ayant eu accès à une éducation post-primaire sont cinq fois plus susceptibles que les autres de connaître les moyens de se protéger du VIH.

Malgré cela, l’éducation semble de pas figurer parmi les objectifs prioritaires de l’agenda post 2015.  Plusieurs enjeux sont sans doute à l’origine de cela.

Tout d’abord, nous - acteurs de l’éducation - observons de plus en plus sur le terrain que les enfants privés d’éducation sont ceux souffrant de multiples discriminations, en raison de leur appartenance ethnique ou linguistique, de leur sexe ou encore de leur origine géographique.

Or ces discriminations trouvent leurs racines dans des mécanismes anciens d’exclusion et de relégation. Ensuite, nous sommes confrontés à un problème de données qui ne facilite pas le travail de suivi, puisqu’en général, lorsqu’elles nous parviennent, ces données ont déjà deux voire trois ans.

Entre-temps, il arrive qu’un évènement interne ou externe – comme un changement de gouvernement donnant lieu à une phase de transition plus ou moins longue, ou une catastrophe naturelle de grande ampleur – rende caduque tout ce qui avait été entrepris et oblige à repenser les politiques publiques d’éducation.

Enfin, et c’est certainement le plus important, nous sommes confrontés à un réel problème de leadership, dont les agences de l’ONU tout comme les militants de la cause de l’éducation partagent la responsabilité.

Eduquer, c’est plus que construire des écoles

Notre travail est long et complexe. Améliorer l’accès et la qualité de l’éducation, ce n’est pas simplement construire des écoles et aider à la formation des enseignants. C’est aussi transformer les systèmes éducatifs, produire de nouveaux contenus d’enseignement, promouvoir des pédagogies et des modèles d’éducation alternatifs.

Mais tout ça n’est guère facile à communiquer. Car c’est là que se trouve le nerf de la guerre: l’éducation restera l’oubliée du développement si, collectivement, nous ne sommes pas en mesure de sensibiliser l’opinion et de mobiliser une grande variété d’acteurs, publics comme privés, en faveur de notre cause.

Photo: des écoliers en Inde, dans le Rajasthan. Crédit: Elodie Vialle.
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