
[Youphil.com a reccueilli le témoignage exclusif d'un jeune Syrien. Engagé dans l'Armée syrienne libre, il sert de traducteur dans un hôpital turc pour aider les médecins et les blessés près de la frontière syrienne. Nous avons pris toutes les précautions pour nous assurer de la véracité de ses propos et le protéger sa famille et lui.]
"Je me souviens la première fois que j'ai vu affluer les blessés à l'hôpital et que j'ai constaté leurs blessures. Je me suis effondré par terre et je me suis cassé le nez. Malheureusement, je me suis habitué à la vue du sang."
Devant son ordinateur, Hassan a l'air détendu. Avec une simple chemise sur le dos, il est loin de l'allure guerrière des insurgés syriens. C'est avec calme qu'il nous raconte son quotidien de violence. Un comportement d'une grande maturité pour un jeune de 25 ans.
Le garçon est originaire d'Alep -au nord de la Syrie- où sa famille vit encore, réfugiée. Depuis le 28 juillet, la plus grande ville du pays est le théâtre de violents affrontements entre l'armée régulière et les insurgés. Depuis deux ans, Hassan étudie l'ingénierie mécanique à Gaziantep, dans le sud-est de la Turquie. Il y a deux mois, il s'est enrôlé dans les rangs de l'Armée syrienne libre (ASL).
Infirmier malgré lui
Le jeune homme au visage juvénile s'est improvisé traducteur à l'hôpital central de Kilis: "Des membres de l'ASL m'ont dit qu'ils avaient besoin de personnes sachant parler turc pour aider les médecins à dialoguer avec les blessés, explique-t-il simplement. Je les assiste aussi quand il s'agit de nettoyer le sang par terre. Je suis presque infirmier."
Depuis le début de la répression sanglante des manifestations contre le régime de Bachar al-Assad, en mars 2011, plusieurs villes turques proches de la frontière syrienne servent de base arrière aux insurgés. Selon les Nations Unies, près de 120.000 Syriens ont déjà fui le pays, dont plus de 44.000 vers la Turquie, dans le camps de réfugiés de Kilis (à 7 km au nord de la frontière turco-syrienne).
> Regarder le reportage de France Télévision sur le camps de Kilis.
"Chaque jour, une vingtaine de personnes arrivent à l'hôpital, dont 80% viennent d'Alep et de ses environs. Ce sont des civils (hommes, femmes ou enfants) ou des membres de l'ASL. Ils ne peuvent pas de faire soigner dans les hôpitaux syriens, sinon ils sont capturés ou se font tuer. Certains meurent avant même d'arriver. D'autres ont un bras, une main ou une jambe en moins", raconte-t-il posément.
"Je ne sais pas me servir d'une arme"
Tête bien pleine plutôt que tête brûlée, Hassan n'est pas un combattant. Lors de son enrôlement dans l'ASL, il a suivi une formation militaire au sein d'un bataillon. Mais il a décidé de ne pas prendre les armes: "Je préfère servir de relais sur place." Lorsque nous lui demandons s'il souhaite se battre un jour, il répond y avoir déjà songé: "Mais mes parents m'en ont dissuadé. En plus, je ne sais pas me servir d'une arme, alors je suis plus utile à mon poste."
Fin juillet 2012, Hassan a décidé de retourner en Syrie. Il souhaite créer un bataillon de combat avec certains de ses proches, dans lequel il poursuivrait son rôle de relais. Mais il reste lucide sur ce conflit qui s'enlise. "Bachar al-Assad est loin d'être battu. Les insurgés sont bien implantés dans les environs d'Alep, mais al-Assad contrôle encore 60% de la ville. Avec le mois sacré du ramadan, pourtant, le régime va perdre 70% de ses forces", se risque-t-il.
Optimiste, mais Lucide
Confiant sur l'issue du conflit, il estime néanmoins que ce sont les Syriens eux-mêmes qui doivent se sortir de cette crise. "Nous ne voulons rien recevoir de la communauté internationale. Une aide n'est jamais gratuite, nous n'en avons pas besoin." Il concède tout de même que quelques "ravitaillements et armes supplémentaires" seraient les bienvenus.
Dans un pays fortement clivé entre islam sunnite et islam chiite, Hassan revendique fièrement sa non-appartenance à l'un ou l'autre de ces courants religieux: "Je suis musulman avant tout. Je ne fais aucune différence."
La guerre civile ravive pourtant les tensions entre ces deux groupes. En cas de chute du régime, les Alaouites syriens, groupe ethnique assimilé au chiisme (dont la famille al-Assad fait partie) craignent une chasse aux sorcières: "C'est un vrai problème, confie Hassan. Même si beaucoup lutteront pour éviter cela, et j'en fais partie, certains voudront se venger."
Optimiste, Hassan estime tout de même qu'une dizaine d'années seront nécessaires pour reconstruire son pays. Il espère que "tous ceux qui ont commis des crimes seront jugées." Y compris les membres de l'ASL? "Tout le monde."












