Soudan du Sud, de l’impasse politique à la crise humanitaire

Le conflit armé au Soudan provoque la fuite de milliers de réfugiés affaiblis vers le Soudan du Sud.

Le Soudan du Sud a tout juste un an. Mais cette indépendance gagnée après deux décennies de guerre civile avec le Nord n’a en rien garanti sa stabilité. Au contraire, le pays en proie à de nombreux conflits internes (entre différentes ethnies) et des tensions avec le Soudan d’Omar el-Béchir, doit dorénavant faire face une importante crise humanitaire.

Plus de 170.000 réfugiés au Soudan du Sud

Des dizaines de milliers de réfugiés soudanais affluent vers le Soudan du Sud pour fuir les combats entre les autorités de Khartoum et les rebelles. La branche nord de l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLM) se bat contre l'armée soudanaise dans l’Etat du Nil bleu et du Kordofan du sud. Ces réfugiés, hommes, femmes et enfants, arrivent affaiblis, mal nourris et parfois blessés, à pied ou en véhicule.

Selon l’Agence de l’ONU pour les réfugiés, l’UNHCR, il y aurait près de 172.000 réfugiés au Soudan du sud (au 27 juillet 2012), en grande majorité dans les états d'Unity et du Nil supérieur. Environ 64.000 Soudanais seraient également réfugiés en Ethiopie. L’UNHCR tente d’accueillir ces populations en détresse dans des camps d’urgence comme celui de Jamam (35.000 réfugiés), de Doro (45.000) ou celui de Yida (65.000). 

Carte des camps de l'UNHCR où MSF appporte des soins médicaux. Crédit: MSF.

 

Selon André Heller Perrache, chef de mission de Médecins sans frontières au Soudan du Sud, tous les camps sont débordés et manquent d’eau potable et de latrines. Souvent, des transferts de populations sont possibles dans d’autres camps plus "viables".

Yida, le bourbier humanitaire

Mais la situation semble plus grave encore dans le camp de Yida, dans l’état d’Unity, d’où revient le chef de mission de MSF. Ce camp accueillait entre 15.000 et 20.000 personnes depuis l’automne 2011 jusqu’en mars 2012; moment de la rupture diplomatique entre Juba et Khartoum à cause du conflit sur la délimitation de leur frontière. Depuis, "le flux de migrants a explosé, explique André Heller Perrache, près de 500 personnes arrivent chaque jour". En juillet 2012, la population de ce camp représente environ 60.000 personnes. Beaucoup plus qu’il n’en peut accueillir.

"On voit arriver des enfants en état de choc, et le taux de mortalité augmente de façon alarmante, dépassant le taux de crise pour les moins de cinq ans (soit deux morts par jour pour 10.000 personnes, dans l’hôpital tenu par MSF)", témoigne le chef de mission. Ces enfants souffrent de diarrhées, de septicémie et d'infections pulmonaires. Selon lui, ces maladies provoquent très vite des complications, car ces enfants sont déjà affaiblis par la malnutrition.

Pour couronner le tout, la saison des pluies qui vient de commencer laisse craindre une recrudescence des maladies hydriques (comme le choléra) et coupe le camp du reste du monde: "Les voies de communications sont embourbées, donc impraticables, toute aide doit être apportée par voie aérienne, petits avions ou hélicoptères".

MSF et d’autres ONG comme Care, demandent aux agences onusiennes d’agir pour soulager la souffrance de ces réfugiés pris au piège dans ce camps.

L’impasse

La situation climatique ne présage rien de bon pour ces réfugiés, et encore moins l’impasse diplomatique dans laquelle le Soudan et le Soudan du Sud sont bloqués. Les négociations entre Juba et Khartoum sont à nouveau au point mort depuis le 23 juillet 2012, car le Sud a accusé le Nord d’avoir bombarbé la région de Rubaker (état du Bahr-El-Ghazal-Nord). Le Conseil de sécurité de l’ONU a prévenu: les deux pays doivent résoudre pacifiquement leurs litiges, sous peine de sanction, avant le 2 août.

Pour l’instant, donc, les deux gouvernements semblent incapables de gérer la crise humanitaire. Selon l’UNHCR, le nombre de réfugiés au Soudan du Sud pourrait atteindre 235.000 personnes. Pour financer l’aide, l’agence affirme avoir reçu 45,9 millions de dollars sur les 219 millions qu’elle demande.

Photo: dans le camp de Yida, Soudan du Sud. Crédit: MSF/SallyMacMillan.