Les JO de Londres sont-ils vraiment écolos?

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En 2005, Tony Blair l'avait promis: les JO de Londres seront les plus propres de toute l'histoire de la compétition. Avant l'ouverture des Jeux, Youphil.com fait le point.

[Mise à jour du 1er août 2012: Le 26 juillet, Achim Steiner, directeur du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), s'est félicité des mesures prises par les organisateurs des JO de Londres pour la création de Jeux durables.]

Le souci de créer un événement écologiquement responsable a été au cœur du projet des Jeux olympiques, qui se dérouleront du 27 juillet au 12 août 2012, à Londres.

Dès l'annonce de la sélection de la capitale anglaise comme ville hôte, en 2005, les organisateurs de la compétition, le WWF et la société BioRegional rédigent un cahier des charges pour créer les Jeux les plus éco-responsables. Au total, 76 objectifs sont listés dans le document. Autant de mesures à mettre en place durant les Jeux, mais aussi après la compétition.

En 2007, la commission "Londres 2012 durable" est créée. Son rôle est de veiller, de manière indépendante, à l'impact environnemental des JO. La même année, la British Standards Institution (BSI) crée la norme BS 8901 pour mesurer l'impact environnemental d'un grand événement. 

Enfin, le 8 février 2012, le fantasque maire de Londres, Boris Johnson, annonce la création de la "London Legacy Development Corporation", commission chargée de donner une seconde vie au parc olympique une fois la compétition terminée –jeux paralympiques inclus–, le 10 septembre 2012.

Le 20 juillet 2012, un premier rapport cosigné par le WWF et BioRegional souligne les efforts déjà réalisés, mais dresse un sévère bilan des objectifs non atteints.

  • On applaudit!

> Des infrastructures "écolos" et démontables

Le stade olympique de Londres ne fera pas mieux que les 91.000 places assises du "Nid d'Oiseaux" de Pékin, en 2008. L'arène londonienne permettra tout de même à 80.000 spectateurs d'assister au sacre attendu du Jamaïcain Usain Bolt sur la distance reine, le 100 mètres.

Mais l'innovation est ailleurs. La structure de l'édifice est démontable. Le projet des ingénieurs était d'offrir un maximum de places durant les 26 jours de la compétition, et de ramener l'objet à "taille humaine" (25.000 places), une fois les festivités achevées.

Le stade olympique de Londres passera de 80.000 à 25.000 places à la fin de la compétition.

Crédit: Torcello Trio / Flickr

La prouesse vient également du bilan carbone des infrastructures olympiques, plus faible que ce qui était prévu. L'utilisation de matériaux plus léger et moins gourmands en CO2 (la moitié de l'empreinte carbone des JO provient de la construction de ces infrastructures) permet une économie de 30.000 tonnes de CO2. Cerise sur le gâteau, les 204 drapeaux qui flotteront dans le stade sont entièrement recyclables.

L'autre défi était de trouver une seconde vie aux matériaux récupérés lors de la démolition des anciens bâtiments. 98,5% des débris ont donc pu être réutilisés pour créer les fondations du village olympique.

> Dépollution des sols

Le village olympique n'a pas vu le jour sur une zone vierge comme un green de golf. Il a été implanté dans le quartier de Newham, dans l'est de la capitale britannique. Durant des années, les sols de cette zone industrielle, désignée comme le quartier le plus pauvre de Londres, ont eu le temps d'absorber quantités de rejets toxiques, déversés par l'industrie chimique et électrique.

Alors, 80% des sols ont été dépollués des métaux lourds et des acides accumulés depuis la fin du XIXe siècle.

> Construction de futurs logements sociaux

Pour accueillir les 204 délégations sportives et les 400.000 visiteurs prévus pour l'ensemble de la compétition, les organisateurs ont construit un peu moins de 3000 logements (4800 étaient prévus).

À la fin des festivités, la moitié sera mise à disposition des familles les moins aisées du quartier pauvre de Stratford. Sur ce sujet, le rapport estime pourtant que des progrès restent à faire. Certains craignent que les futurs loyers soient exorbitants.

> Un bol de verdure

L'un des souhaits du WWF et de BioRegional était de pouvoir bénéficier, en plein coeur du village olympique, d'une "ceinture verte" destinée à la biodiversité.

En plus du nettoyage de certaines rives de la Tamise et de la rivière Lee, une zone de 45 hectares destinée à la préservation de la biodiversité a été protégée.

> Les transports se mettent au vert

La "mise au vert" des transports était également l'une des préoccupations principales. Huit des célèbres bus à impériale rouges qui circuleront dans le site olympique fonctionnent désormais avec un moteur hybride. Un premier pas encourageant, mais qui peut paraître dérisoire, car Londres compte un peu plus de 7000 bus en circulation.

  • Cartons rouges

> Quid des sponsors?

C'est peut-être le premier couac dans une machine bien huilée. Parmi les dix huit partenaires financiers de l'événement, British Petroleum (BP) et Dow Chemical créent la polémique.

Le pétrolier britannique est mis en cause dans la marée noire qui a ravagé le golfe du Mexique après l'explosion de la plate-forme de forage Deepwater horizon, en avril 2010.

Quant à Dow, le géant mondial du plastique, il a racheté la société Union Cardibe en 2001. L'image de cette dernière reste attachée à la catastrophe de Bhopal en Inde, qui a causé la mort de plus de 25.000 personnes en 1984.

La présence de Dow Chemical a même provoqué la démission de l'écologiste Meredith Alexander, membre de la commission pour des Jeux durables.

> Cachez ces pauvres que je ne saurais voir

Selon The Guardianles rives de la Tamise n'ont pas été les seules à être méthodiquement nettoyées.

La municipalité s'est lancée dans une véritable chasse aux indésirables, pour évacués sans-abri et vagabonds en dehors du site.

> Des énergies pas si renouvelables que cela

Le cahier des charges promettait 20% d'énergie propre, grâce à un mix énergétique, composer d'énergies fossiles et renouvelables.

"Malheureusement, seulement 9% des énergies du site olympique seront renouvelables", regrettent Sue Riddlestone et David Nussbaum, auteurs du rapport. Pour des raisons de sécurité, l'éolienne prévue en plein coeur du site pour remplir ce rôle n'a pas été construite. "C'est un signal négatif envoyé au marché des éoliennes en milieu urbain."

L'autre flamme qui met le feu aux poudres est l'emblème olympique lui-même. Au lieu de fonctionner au biogaz ou aux copeaux de bois, comme prévu, la flamme olympique brûlera finalement au gaz naturel (une énergie fossile).

> L'empreinte carbone: un manque de transparence

Les organisateurs se félicitent d'une empreinte carbone de 400.000 "tonnes équivalent CO2" (unité de mesure des gaz à effet de serre), pour l'ensemble de la compétition.

Si des estimations existent, les organisateurs oublient tout de même qu'aucune donnée fiable ne permet, à ce jour, de mesurer l'empreinte carbone des JO précédents.

Crédit: Christopher Bevacqua / Flickr

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