
"Il est là, il est venu nous voir", s’écrie un homme, la soixantaine, les cheveux grisonnants tirés en arrière et la barbe de trois jours. Comme d’autres bénéficiaires un peu "chamboulés" par la visite de François Hollande dans un centre d’accueil de jour du Secours catholique, il essaie de se frayer un chemin parmi la foule d’élus locaux, de journalistes et de badauds de ce quartier de Colombes (92). Ces derniers se sont attroupés pour apercevoir, ne serait-ce qu’une seconde, le président de la République.
De la dignité
"La dignité, il n’y a que ça d’important", témoigne Jérémy, entouré de quelques amis habitués de ce centre nommé "la Rampe". Cette dignité, le chef de l’Etat a promis de la leur rendre. Après une rencontre d’un peu moins d'une heure avec une poignée d'entre eux, sans emploi ou sans logement (voire les deux), François Hollande a annoncé dans un bref discours sa volonté de soutenir les acteurs de la lutte contre l’exclusion.
Un plan quinquennal de la lutte contre l’exclusion
Pour cela, le président l’a confirmé: un "plan quinquennal pour l’égalité, la dignité et pour la lutte contre la pauvreté et les exclusions" sera mis en place. Une conférence rassemblant tous les acteurs du secteur en déterminera les dispositions, à l’automne. François Hollande a d’ores et déjà affirmé que ce plan mettra au centre les problèmes d’accès au logement, d’emploi et de la pauvreté des enfants.
Pour le moment, il s’est gardé de faire de grandes annonces: "Nous n’avons pas à inventer des mécanismes qui existent", a-t-il expliqué en évoquant les mesures pour l’emploi. Parmi les solutions qu'il préconise, l'augmentation des contrats d’insertion, les emplois d’avenir et les contrats de génération, sa marotte pour associer emploi des jeunes et des seniors.
Il souhaite également renforcer un dispositif mis en place par le gouvernement Fillon, sous l’égide de Martin Hirsch, le service civique. Mais aucun chiffre n’a été avancé.
Des associations "parties prenantes"
Les grandes associations réclamaient depuis la campagne présidentielle ce plan quinquennal contre l’exclusion, qui vise à s'attaquer au problème de la pauvreté de façon transversale. L’annonce du président représente donc une victoire pour elles, alors qu’elles étaient un peu frustrées de ne pas avoir pu prendre part aux discussions de la conférence sociale des 9 et 10 juillet 2012.
François Hollande a donc rectifié le tir en désignant les associations, mais aussi les "collectivités locales, l’économie sociale et solidaire, les entreprises d’insertion" et même les personnes en situation d'exclusion, comme "parties prenantes" dans l’élaboration du plan. Le président du Secours catholique François Soulage a d'ailleurs évoqué la constitution de groupes de parole de personnes accueillies dans les centres, pour contribuer au débat.
Le dialogue retrouvé
"On est satisfait, d’abord parce que le président de la République a écouté les personnes accueillies dans ce centre.(...) Après la conférence sociale où l’on a parlé des salariés, François Hollande l'a dit, ‘je m’occupe aussi des gens qui n’ont pas de travail’. Cela me semble un symbole important", a expliqué François Soulage à Youphil.com, après l’entretien de cinq présidents d’associations avec le chef de l’Etat (Secours catholique, Secours populaire, Emmaüs, ATD Quart-monde et l'Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux, l’UNIOPSS).
Un dialogue serein semble s'être établi entre l’Etat et les corps intermédiaires que l'ancien président Nicolas Sarkozy avait fustigés à de nombreuses reprises, en fin de mandat. Maintenant, François Hollande le dit lui-même, "il faut que ces urgences deviennent des politiques". Et c’est Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée aux Personnes handicapées et à la lutte contre l’exclusion, qui en aura la charge.
> Regardez l’élocution de François Hollande, le 13 juillet 2012 au centre d’accueil de la Rampe à Colombes:











