La Veilleuse de Belleville: un bistrot coopératif

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Ce bar parisien n'a pas qu'un seul patron derrière le comptoir mais six associés rassemblés en coopérative. Reportage.

A 15h précise, le rideau métallique du bar "la Veilleuse de Belleville" se lève. Sa gérante Marine, 25 ans, dispose six petites tables en bois dans la salle et juste devant sur le trottoir. Quelques minutes après l’ouverture, trois habitués commandent déjà un café ou un verre de côte de Rhône.

Il suffit de jeter un coup d’œil sur le tableau des tarifs pour remarquer qu’ici, les boissons ne sont pas chères. Sur le mur du fond, des dizaines de post-it collés par des clients proposent divers services: cours de cuisine ou leçon de construction de meubles en carton.

"La Veilleuse de Belleville", situé 26 rue des Envierges dans le 20ème arrondissement de Paris, est un bistrot historique du quartier du haut-Belleville. Il a réouvert en mai 2012, après une courte expérience avec le statut d’association. Elle est désormais une société coopérative et participative (SCOP). Ce bar partage donc les principes de l’économie sociale et solidaire: ici un associé égale une voix et l’écart entre les salaires est limité.

"Derrière l’acte d’acheter, une action sociale"

Le propriétaire du local, à l'origine du projet, Akli a été rejoint par cinq autres associés, dont quatre jeunes de moins de 25 ans. C’était leur première expérience de montage d’entreprise. Dans le groupe, il y a notamment un musicien, une intermittente du spectacle et une étudiante.

Joseph et Marine, associés de la Veilleuse de Belleville. Crédits: Théophile Wateau

Akli cherchait depuis longtemps le moyen de créer un lieu où "le client, quand il entre, sait où va l’argent". Pour lui, "derrière l’acte d’acheter, il y a une action sociale". Ce rêve, il a commencé à le réaliser grâce au statut de coopérative.

Son associé Joseph voit la SCOP comme "la preuve que l’on peut faire de l’économie autrement sans faire du bénévolat". Une manière pour lui de "mettre ses actes en cohérence avec un idéal".

Dans une couveuse d’entreprises avant de sortir de l'oeuf 

Mais pour relever ce défi, l’équipe a rapidement dû trouver un suivi juridique et administratif pour le montage de la SCOP. Novices, les associés se sont tournés vers une couveuse d’entreprises, "Astrolabe conseil". Elle va servir d’"école" aux apprentis "scopistes", notamment pour l’étude de marché et le montage du business plan. "C’est presque un cocon", estime Marine.

> Ecouter Marine, la gérante de "la Veilleuse de Belleville", témoigner de l'avantage d'une couveuse d'entreprises.

"La Veilleuse de Belleville" a aussi bénéficié du soutien juridique de l’Union régionale des sociétés coopératives (URSCOP), lors de la création des statuts de la SCOP. Une assistance précieuse pour élaborer les contrats de travail comme pour bénéficier de son réseau d’entrepreneurs coopératifs.

Le statut de SCOP change-t-il le regard des clients? "Ils viendraient même si ce n’est pas en SCOP", pense Joseph, avant d'ajouter: "Ils viennent plutôt pour les tarifs et les produits". Il espère tout de même que ce bar attire aussi par sa "cohérence entre la forme et le fond du projet".

L’état d’esprit de "la Veilleuse de Belleville", c’est six associés qui ont chacun apporté une part du capital total de 11.000 euros. Les locaux et du matériel pour certains, des fonds personnels empruntés à leurs proches pour les autres.

"On ne se concerte pas pour acheter du coca (équitable) non plus!"

Marine et Joseph, accoudés au bar, racontent la vie en coopérative. "On fait une réunion par semaine. On met tout sur la table, ce qui nous plait ou pas, expliquent-ils, et chacun parle sans rapport de hiérarchie". Les deux associés sont d’accord: l’apprentissage du collectif n’est pas toujours évident, mais c’est un défi qui les motive.

Marine est la responsable mais les décisions doivent être collègiales. "On ne se concerte pas pour acheter du coca (équitable) non plus! Là, on entre dans la réunionite aigüe", plaisante Joseph. Celui-ci reconnait qu’"il faut un travail de mise à plat collectif, car on n’a pas tous les mêmes attentes."

Les embûches ne manquent pas dans la gestion quotidienne de "la Veilleuse de Belleville": "elles sont partout, avec les fournisseurs, lors de la prise de décision", raconte Marine. "On apprend, on tâtonne", reconnait-elle. Pour Akli, "ce n’est pas évident de faire un projet comme ça dans une société de convoitise". Cette aventure collective oblige ses membres à jouer le jeu de la démocratie.

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