
Le 11 juillet se tient à Londres le sommet international sur le planning familial qui réunit de nombreux gouvernements et ONG, dont Care, avec l'objectif de rendre accessible les services de planning familial à 100 millions de femmes supplémentaires d'ici 2020.
Youphil: Care dénonce le manque d'accès au planning familial lors des situations d'urgence humanitaire. La mobilisation est-elle plus faible sur ces questions-là?
Philippe Lévêque: Historiquement, le planning familial n’est pas un sujet prioritaire. Si les dirigeants des Nations Unies sont plutôt sensibles au problème, c’est souvent moins le cas au niveau national.
De plus, ce sujet obtient rarement le soutien des grands bailleurs de fonds internationaux comme l’Union européenne et les États-Unis car ils considèrent que c’est moins urgent que l’aide alimentaire. Les actions de planning familial à long terme rencontrent encore plus de difficultés de financement.
Le planning familial, la sensibilisation à la sexualité sont-ils des sujets tabous?
A Care, nous estimons que la prise en compte du planning familial recule depuis 20 ans dans le monde. Cela est lié aux conservatismes sociaux et religieux qui se sont développés, par exemple au Pérou avec des catholiques très conservateurs, en Roumanie qui est orthodoxe ou en Inde à majorité hindou.
Les ONG hésitent à poursuivre leurs activités car elles se heurtent à des réactions hostiles. Au Rwanda, il y a une très forte opposition de l’Eglise contre la contraception. Au début d'une mission, un membre de Care a été qualifié d’"agent de Satan" par ses propres collègues et accusé de faire de la propagande pour les moyens de contraception. Aujourd'hui, ils viennent lui demander des conseils. Il faut du temps pour que les mentalités évoluent.
Dans plusieurs pays musulmans, pour être "entendable", on ne parle pas de planning familial mais d’"espacement des naissances" en appuyant sur les difficultés économiques d'une famille trop nombreuse.
En effet, dans toutes les religions, l’homme doit prendre soin de sa femme et de ses enfants. S’il n’arrive pas à les nourrir, c’est donc un pêché. Ce biais nous permet alors de parler de planning familial. Notre travail de terrain doit être respectueux des personnes et notre discours rester ferme et déterminé.
Quels moyens de contraception fournissez-vous en situation d’urgence humanitaire?
Ce sont des préservatifs en grande partie. Mais aussi des piqûres contraceptives qui remplacent la pilule. L’avantage de cette technique est que les femmes peuvent venir à l’abri des regards dans des centres de santé où elles reçoivent aussi des conseils sur leur sexualité.
Il existe des kits de contraception et pour l’accouchement. Celui-ci est composé de linges, d’un rasoir, de savon et de crème. Il est fourni aux ONG par un organisme de l’ONU. Traduit en plusieurs langues comme le créole en Haïti, il comprend aussi des schémas explicatifs.
On va ensuite s’appuyer sur des relais dans les communautés pour sensibiliser les femmes enceintes mais aussi leur mari. Si elles ne peuvent pas venir dans un centre de santé, elles pourront ainsi accoucher avec l'aide d'un proche.
En Haïti, juste après le seisme en 2010, il y avait 30.000 femmes enceintes à Port-au-Prince dont 17.000 dans les camps d’urgence. La promiscuité sexuelle était très forte dans ces camps et entrainait des violences. Il a fallu séparer les latrines des femmes et des hommes et installer des éclairages la nuit.
Qu’attendez-vous concrètement de ce sommet?
Les gouvernements doivent tenir leurs promesses de financement et mettre en place des politiques favorisant le respect des droits des femmes.
Ce sommet nous permet aussi de réinsister sur le coût pour les communautés de la non prise en charge du planning familial. La grossesse est aujourd’hui l’une des principales causes de mortalité des jeunes femmes entre 15 et 19 ans dans les pays en voie de développement.
Il s’agit aussi de sortir le planning familial de sa vision purement tournée vers les femmes. Il concerne aussi les hommes. Respecter la culture locale et impliquer les femmes sont les clés du succès d’un planning familial efficace.
>Lire le rapport de CARE en anglais











