
Un rapport de la Cour des comptes paru le 26 juin 2012, pointe les maux de la politique française d'aide au développement: des objectifs peu réalistes et non hiérarchisés, une absence de pilotage central, une mauvaise concertation avec les ONG ou encore des frais administratifs élevés (3,4% du budget).
Youphil: quelles sont les principales lacunes de la politique française d'aide au développement selon vous?
Sébastien Fourmy: Le premier problème est l’incohérence entre les priorités affichées et la réalité sur le terrain. La France avait identifié 14 pays prioritaires en Afrique dans le cadre de la lutte contre la pauvreté et de l’aide à la santé. Finalement, l’aide versée à ces pays n’est pas celle promise.
D’autre part, l’Aide publique au développement (APD) française est de moins en moins composée de dons et de prêts aux pays les plus pauvres, en Afrique par exemple.
En parallèle, les prêts à des grands pays comme la Chine ont augmenté. En prêtant à des taux à peine inférieurs à ceux du marché, l’aide française fonctionne comme une banque, ce qui n’est pas une bonne solution pour les pays pauvres.
Aujourd’hui, si la question est: la France a-t-elle les moyens de ses ambitions? La réponse est non. L’APD recule de 0,5% du Revenu national brut (équivalent du Produit national brut) en 2010 à 0,46% en 2011.
Ne faut-il pas abandonner l’objectif des 0,7% du RNB alloué à l’aide au développement en 2015 et se concentrer sur l’efficacité de l’aide?
Non, on doit faire les deux. Avec de l’efficacité, mais sans moyens et sans objectifs chiffrés, on ne peut pas avancer. Ces 0,7% reste le seul engagement concret de l’Etat français. Il a été fixé dans les années 70 et il faudrait même le revoir à la hausse.
Il faut en revanche travailler sur la stratégie de moyen et de long terme, ainsi que sur l’efficacité des dons ou des prêts selon les pays. Par ailleurs, l’APD reste trop centralisée à Paris et les procédures sont trop lourdes par rapport à d’autres pays européens. Cette complexité à la source empêche d’être efficace sur le terrain.
Qu’attendez-vous du nouveau gouvernement?
Il y a des choses sur lesquelles le nouveau gouvernement ne doit pas céder. La solidarité internationale ne peut pas être sacrifiée à cause de la crise. Elle devrait être maintenue comme le font plusieurs pays nordiques et la Grande-Bretagne.
Pour renforcer l’aide au développement, François Hollande s’est engagé à affecter la taxe sur les transactions financières, qui va être votée cet été, à la lutte mondiale contre la pauvreté. Il l’a promise au Sommet de la Terre de Rio et les ONG espèrent que l’idée n’est pas tombée à l’eau depuis.
* Oxfam est membre de Coordination SUD qui rassemble 130 ONG françaises de solidarité internationale.











