Non au coup de rabot sur le mécénat!

Le projet de réforme fiscale actuellement en discussion menacerait de nombreuses organisations qui parviennent à mener leurs activités grâce au mécénat, estime Xavier Delattre, président de l’Association Française des Fundraisers. 

En février dernier, l’Association Française des Fundraisers tirait la sonnette d’alarme, aux côtés d’autres acteurs du secteur, au sujet du projet d’instruction fiscale sur la territorialité du don. Aujourd’hui, c’est au tour du mécénat d’être en danger.

Notre association est, comme l’ensemble du secteur, inquiète de la polémique ouverte par les ministères de la Culture et du Budget. Plusieurs articles de presse rapportent leur intention de raboter de 50% le montant de l’avantage fiscal attaché aux dons des entreprises.

Le don n'est pas une niche fiscale

Ce projet (espérons qu’il en reste à l’état de projet!) est une nouvelle fois le reflet de la tendance inquiétante de l’État, quel que soit le gouvernement en place, à considérer le don comme une niche fiscale et à méconnaître le rôle social et économique du secteur de la philanthropie.

Pourquoi freiner la générosité et l’engagement des entreprises à l’heure où les associations et fondations ont plus que jamais besoin de diversifier leurs ressources financières, face à la baisse des subventions, et alors que la générosité des particuliers est touchée par la crise?

Des ressources essentielles pour le secteur non-marchand

Depuis la Loi Aillagon du 1er août 2003, l’avantage fiscal attaché au mécénat des entreprises est de 60% du montant du don. Ce contexte fiscal favorable à l’implication des entreprises dans la prise en charge de l’intérêt général a marqué le developpement des fondations d’entreprises et a surtout permis de générer de nouvelles ressources pour le secteur non-marchand. Cela a également permis de faire naître de nouvelles formes de relations entre le monde associatif et les entreprises.

Le projet du ministère du Budget serait de réduire cet avantage fiscal à 30%. Une telle réduction serait un signal très négatif pour les associations et fondations, mais au-delà -et surtout- pour les bénéficiaires de leurs actions. Les entreprises financent chaque année des activités d’intérêt général à hauteur de 490 millions d’euros (montant déclaré au titre de l’impôt sur les sociétés en 2009).

Les associations et fondations sont aujourd’hui des acteurs incontournables de la prise en charge de l’intérêt général. Alors même que les besoins sociaux augmentent, réduire les allègements fiscaux liés aux dons pourrait entraîner une réduction drastique de leurs moyens d’action, ce qui aurait un impact à la fois à l'international et dans l'Hexagone.

Dans un contexte économique de crise, ce coup de rabot fragiliserait le secteur associatif.

Une goutte d'eau... et un mauvais calcul

A l’heure où le gouvernement cherche à réaliser 10 milliards d’économies, ce coup de rabot représenterait à la fois une goutte d’eau et un très mauvais calcul. Avec un secteur associatif fragilisé par un moindre soutien des entreprises et des particuliers, il est vraisemblable que l’Etat et les collectivités locales seraient dans l’obligation d’agir davantage et se retrouveraient donc finalement avec des charges supplémentaires.

En tant que professionnels de la collecte de fonds ayant à cœur le développement des ressources et la pérennité des actions des associations et fondations, l’Association Française des Fundraisers souhaite interpeller les pouvoirs publics et l'Assemblée nationale sur la nécessité, en ces périodes de restrictions budgétaires, de continuer de développer une culture du don, de la philanthropie, de l’entraide et de la solidarité dans notre pays. Nous enjoignons les citoyens à interpeller eux aussi les députés pour qu’ils prennent en compte cette préoccupation.

Lors de son discours d’investiture du 15 Mai 2012, François Hollande réitérait son souhait de respecter "les corps intermédiaires". Nous ne pouvons nous satisfaire de mesures prises dans l’urgence. C’est d’une réflexion sur le long terme que les organisations d’intérêt général ont besoin pour mener à bien leurs missions.

 

> Cet article a initialement été publié dans la Lettre professionnelle “Tendances de l’innovation sociétale” N°40 du 29 juin 2012.

 

Commentaires
krao

Vous dites qu'il ne faut pas confondre mécénat et philanthropie, pourtant d'un point de vue sémantique le mécénat est une action de philanthropie, c'est là tout le problème...
Concernant le don, je partage votre point de vue, on ne donne jamais gratuitement et votre référence au Mauss est pertinente: don et contre don....
C'est pourquoi à partir de ce postulat, il n'est pas opportun de continuer à appeler cela mécénat car ce n'est pas un acte de générosité désintéressé et pour l'entreprise c'est encore plus vraie puisqu'il n'est pas dans la nature de l'entreprise d'être philanthrope ..... cela se saurait !!!
Dans le mécénat cela ne me choque pas d'avoir des contreparties, c'est un peu la tradition - les mécènes, de tout temps, avaient une plaque commémorative de leur don.... il suffit de regarder dans les églises...La reconnaissance est une moindre chose ...
Par contre ce qui n'est pas admissible, c'est que le mécénat soit simplement utilisé comme moyen de communication....Autant je vous rejoins lorsque vous parlez des PME, qui elles - s'engagent dans un mécénat de proximité qui à d'autant plus de sens qu'il participe à l'attractivité de leur territoire et à son développement ... d'ailleurs elles investissent beaucoup plus : +0,1% de leur CA dans des actions.
Mais, je réitère que pour les grosses entreprises du CAC40 en particulier (via leurs fondations), le mécénat n'est qu'une action de com, qu'elles se foutent d'un quelconque développement de territoire et que leurs actions de philanthropies ne sont rien d'autres que des coups ...c'est pourquoi il est nécessaire de réformer... une des solutions serait d'introduire une dose de proportionnelle : conditionner les avantages fiscaux du mécénat d'entreprise à la proportionnalité de la contribution par rapport au CA....

Bonjour,
je ne partage pas tout à fait votre avis.

En effet, il est important de ne pas confondre mécénat et philanthropie : le mécénat se limite à l'exclusion de contreparties directes (contractuelles), se situant donc finalement entre la philanthropie et le sponsoring. Il n'exclue donc pas une certaine "récupération" par le mécène (le rayonnement par le mécénat artistique a fait la renommée des Médicis).

Par rapport à l'intérêt des mécènes, je tiens également à faire un point sur la notion de philanthropie. La philanthropie est pour moi purement théorique, puisque censée être purement désintéressée, mais est-ce réellement possible (cf. théorie du don de M.Mauss) ? Ne cherche-t-on jamais rien en retour, ne serait-ce qu'en terme d'autovalorisation, pour se "racheter une conscience" ou autres...? Sommes nous si différents des entreprises?

Pour en revenir au mécénat et à son régime, il est de même intéressant de souligner que celui-ci n'est pas l'apanage des grandes entreprises : les pme représentent plus de 80% des entreprises mécènes, et nous n'en entendons jamais parler par celles-ci, alors peut-on systématiser l'association du mécénat et de la communication?

Enfin, en ce qui concerne précisément le mécénat des grandes entreprises, bien que leurs montants soient relativement faibles au regard de leurs résultats nets (entre 0,1% et 0,6% en moyenne), je préfère une autre perspective. En effet, imaginons que les actions de mécénat aient un impact réel (quantitatif et mesurable) sur la santé économique d'une entreprise :
- d'une part, il ne faut pas oublier qu'une action en faveur de l'intérêt général a réellement été menée, et donc que l'impact social est positif (en faisant fi de supposées manipulation d'information...). A ce titre là, pourquoi empêcher ces actions?
- ensuite, en cas d'externalités positives pour la société et l'entreprise, il est fort probable d'assister à un effet d'entrainement. Face à un positionnement lisible et positif, les entreprises concurrentes devront réagir, et on pourra espérer alors une spirale vertueuse.
- enfin, dans une période qui se caractérise par sa morosité économique, le mécénat (au même titre que les partenariats entreprises ONG, la RSE etc...) ne seraient-ils pas une alternative au retrait financier de l'état?

Bien qu'il ne soit pas parfait, le mécénat ne doit pas être trop décrié, il cessera, et c'est tout un pent de l'ESS qui perdra une source de revenus nécessaire.

krao

Le mécénat d'entreprise doit être réformé car pour beaucoup d'entreprises, surtout les plus grosses, le mécénat est un outil de communication. Elles déduisent 60% de leurs dons et peuvent aussi valoriser leur apport à hauteur de 25%. Sans parler des opportunités de business dont profite certaines, en finançant par exemple des équipements sportifs pour une municipalité, des expos etc....
Le biais est là, le mécénat n'est alors plus une contribution de générosité, il devient un outil de communication et d'image pour l'entreprise. En échange du don, l'entreprise obtient une contrepartie. Ce n'est plus du mécénat mais bien du sponsoring. Et celles qui en abusent sont les plus grosses. Si l'on fait le compte de ce qu'elles "donnent", les budgets sont assez minables, par rapport à ce qu'elles vont recevoir.
Donc oui pour celles-ci le mécénat est bien une niche fiscale, et pour s'en convaincre définitivement il suffit de répondre à cette question : Est-ce-que les entreprises sont philanthropes ?

Aujourd'hui les enjeux sont tels, que le mécénat apparait comme du saupoudrage.....Pour beaucoup d'acteurs (société civile) , le mécénat d'entreprise était une opportunité de faire évoluer les modalités de business ; valoriser ces expériences en agissant sur la responsabilité sociétale (par exemple)... on ne peut malheureusement que constater la naïveté de cette vision... car rien à changer ...c'est même de pire en pire.

Avec le mécénat il y a un vrai problème de sémantique et surtout une contrevérité dans les actions menées.

L'autre problème, c'est l'indépendance et la pérennité des organisations de la société civile ...comment une organisation pourra agir librement et assurer ses actions si ses financements dépendent majoritairement du privé.

Le concept de mécénat d'entreprise est obsolète. C'est peut être l'occasion de définir d'autres modalités d'actions entre entreprises et société civile qui soient plus stratégiques, qui s'inscrivent dans le long terme, qui tiennent compte des enjeux et des stratégies territoriales, nationales et internationales. Des partenariats stratégiques...