
La scène politique birmane change et le fait savoir: après de multiples assignations à résidence, voici enfin Aung San Suu Kyi, l’opposante Birmane et nouvelle députée, libre de ses mouvements et de ses paroles.
Mercredi 27 juin, la "Dame de Rangoon" rencontrait à Paris les représentants d’ONG. Une liberté retrouvée qui témoigne bien de la volonté du régime birman de s’attirer la bienveillance de l’opinion publique internationale.
Icône de la lutte pour les libertés, Aung San Suu Kyi termine sa triomphale tournée européenne à Paris, Prix Nobel de la Paix en poche.
Les ONG internationales et françaises revendiquent des combats communs avec Aung San Suu Kyi, en particulier concernant la défense des droits humains, dont le droit à la santé.
Nombreuses sont celles qui travaillent depuis de longues années au Myanmar, l’aide humanitaire y jouant un rôle important pour les populations et représentant aussi un gage d’ouverture avec l’extérieur.
L’assistance internationale reste l'une des plus faibles au monde, avec une aide de 3 dollars par an et par habitant, et s’est déployée avec difficulté. Les organisations étrangères travaillent dans des territoires "imposés" par le pouvoir, où seul le gouvernement délivre au compte-goutte des visas et des autorisations d’accès.
Sur fond de sanctions économiques internationales, l’aide humanitaire a cherché à se focaliser sur les populations les plus fragiles, les plus précaires.
Usagers de drogues et VIH
C’est auprès des usagers de drogue que Médecins du Monde (MdM) a choisi de travailler dès 1995. Dans l’Etat du Kachin, à proximité de la frontière chinoise, nous avons mis en place les premières activités de "réduction des risques" pour ces populations criminalisées.
Aujourd’hui, près de 6.000 usagers de drogues sont suivis par les équipes MdM et plus de 1.300 patients sont sous antirétroviraux. Ces activités sont soutenues par des "groupes d’auto-support" et des "éducateurs pairs" qui relaient les informations auprès des communautés d’usagers.
La sensibilisation se fait aussi auprès des autorités et s’accompagne d’un plaidoyer permanent pour que cesse le harcèlement policier et les politiques répressives.
La mise en place de ces activités, tout comme celles que nous développons auprès de plus de 3.600 personnes se prostituant à Rangoon, ne s’est pas faite sans embuche et a nécessité de longues négociations.
Les acteurs qui œuvrent auprès des plus précaires attendent donc avec hâte des réformes dans le champ de la santé et la protection sociale.
Minorités ethniques et violations des droits humains
C’est également de protection dont il est question pour les minorités ethniques victimes de graves violations des droits humains. Depuis quelques semaines, Aung San Suu Kyi est interpellée sur la situation des Rohingyas, ces "sans-terre" vivant à proximité de la frontière avec le Bangladesh, un peuples particulièrement persécutés.
Le conflit des indépendantistes du Kachin en lutte avec l’armée régulière est également préoccupant et à l’origine de déplacements massifs de populations qui pourraient atteindre 85.000 personnes d’ici la fin de l’année.
Pour apporter aide et soins aux réfugiés regroupés dans des camps de fortune, Médecins du Monde intervient en partenariat avec deux ONG birmanes. Ces acteurs locaux sont seuls autorisés à se déplacer sur site, des camps où sont installés en majorité des femmes et des enfants.
Les conditions de vie dans les camps restent extrêmement précaires et l’arrivée de la saison des pluies, très abondantes dans ces régions montagneuses, pourrait aggraver les cas de dengue et de paludisme.
Les ONG birmanes au cœur du changement démocratique
Ces exemples d’intervention illustrent bien l’implication forte des communautés et des organisations locales. Ce socle social devra se fortifier et permettre une nouvelle relation plus équitable.
Le changement démocratique en cours se renforcera bien de l’intérieur, et les ONG internationales auront alors à trouver une place nouvelle, différente. Dès aujourd’hui, elles ont pour tache de soutenir les organisations issues de la société civile.
Elles sont déjà nombreuses mais possèdent des capacités d’intervention encore réduites et évoluent dans un cadre juridique flou.
Le travail qui reste à mener est donc immense et Madame Aung San Suu Kyi sait que rien ne se fera sans des institutions fortes et capables d’accompagner et de structurer la dynamique d’ouverture actuelle.
Elle répète aussi que le temps démocratique sera long. Médecins du Monde, avec d'autres associations de solidarité internationale, souhaite continuer à défendre le droit à la santé et participer, à sa mesure, à l'épanouissement d'une société civile dynamique et respectée.
Sans intervention extérieure armée, le peuple birman a su montrer toute sa détermination et son courage, et nous dit à sa façon que le chemin de la démocratie est une construction plurielle.
Dr Thierry Brigaud et Dr Françoise Sivignon (Médecins du Monde)











