Universités : la tentation des fondations

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Face au manque de moyens, les facs n’hésitent plus à faire appel aux entreprises, notamment par le biais des fondations, favorisées par la loi LRU.

Des universités qui font les yeux doux aux entreprises... serait- ce la fin d’un tabou ? Certes, il existe déjà, et ce depuis plusieurs années, des partenariats entre les facs et le privé. Les entreprises financent ainsi des Chaires, des laboratoires, des thèses d’étudiants et même parfois des chantiers. Mais la loi LRU*, à l’origine de la contestation étudiante, a donné le coup d’envoi en août 2007 à une nouvelle forme de partenariat: les fondations.

A l’université de Versailles- Saint- Quentin- en-Yvelines, cette loi a ainsi permis de transformer, il y a quelques semaines, une association dédiée au développement durable des territoires en une fondation regroupant des acteurs du public et du privé, Fondaterra. Objectif : « construire un pôle d’excellence », selon Robert Rivoire, directeur de la communication. « Un partenariat gagnant-gagnant », renchérit Sylvie Faucheux, la présidente de l’université.

Mieux former à de nouveaux métiers

Concrètement, Fondaterra regroupe 25 programmes sur la santé, l’énergie, la qualité de l’air ou encore le développement durable et mobilise environ une centaine de partenaires ; d’autres établissements du supérieur, comme HEC, des communautés d'agglomérations, des associations, des personnalités, mais aussi des entreprises soucieuses de montrer, comme SFR, qu’elles soutiennent « une réflexion sur la durabilité des territoires tout en ayant un ancrage auprès des étudiants », ou encore un cabinet d’avocats spécialisé dans le développement durable. Un groupement pour le moins hétéroclite, où chacun ne s’investit pas à la même hauteur. «Certains partenaires sont encore des acteurs dormants », reconnaît Marie-Françoise Guyonnaud, déléguée générale de Fondaterra.

A terme, cette fondation a pour ambition, indique la présidente de l’université, «de former des gens, au niveau national et international, qui pourront mieux anticiper ces métiers (NDLR : du développement durable) ». Grâce à cette nouvelle source de financement, la fac peut même inciter –rémunération attrayante à l’appui –des professeurs réputés à l’international à poser leur valise dans les Yvelines. Sans oublier la notoriété liée à un tel projet ; un argument non négligeable dans un contexte de mise en concurrence des universités.

Un bon point aussi pour les entreprises, qui contribuent, au passage, à l’attractivité du pays et à la construction d’un contexte économique favorable. Revers de la médaille : elles devront mettre la main au portefeuille, les fondations étant en grande partie financées par des entreprises.  
En France, une dizaine d’universités ont cédé, à l’image de celle de Versailles –Saint Quentin, à l’appel des fondations, et une soixantaine d’autres seraient tentées*. Le marché promet donc d’être concurrentiel, comme l’explique Aurélie Perreten, de l’Association Française des Fundraisers (AFF). Cette association, chargée de regrouper les professionnels de la collecte de fonds, est de plus en plus sollicitée par les universités : « Elles veulent savoir comment développer leur réseau de grands donateurs et d’anciens élèves, et plus généralement, elles cherchent des informations sur les modalités de mise en place d’une fondation. »

Perte d’indépendance ?

Mais ces fondations ne font pas le bonheur de tous. Pour preuve, le mouvement étudiant actuel, qui dénonce, entre autres, le rapprochement des universités avec le privé et le désengagement de l’Etat. Denis Aguitton, porte-parole de Sud Etudiant, craint que « les étudiants soient formés à un métier en fonction des besoins de l’entreprise qui finance le programme, mais qu’ils manquent de flexibilité en dehors de ce métier. » Autre source d’inquiétude : les entreprises pourraient «influencer les programmes par le biais de ces fondations ». Impossible, rétorque la présidente de l’université de Versailles, qui rappelle que l’université reste majoritaire dans les conseils d’administration… et donc dans la prise de décision.

Cette supposée perte d’indépendance ne serait « de toute façon ni dans l’intérêt de l’université, qui risquerait d’être accusée de perdre sa liberté, ni dans celui de l’entreprise, qui subirait une mauvaise campagne de communication », juge Aurélie Perreten, de l’Association Française des Fundraisers. Et si des travaux de recherche, par exemple sur l’environnement, révèlent que les « partenaires » sont en fait de mauvais élèves ?  « Les entreprises qui s’investissent dans nos projets savent que, potentiellement, nous risquons de pointer vers un certain nombre de problématiques »,  précise Marie-Françoise Guyonnaud, déléguée générale de Fondaterra. Les étudiants pourraient mordre la main qui les nourrit… Un risque que les généreux donateurs acceptent de prendre, donc.
Certains redoutent que les groupes, courtisés par les universités, ne sachent plus où donner de la tête et en oublient les universités moins renommées. « Les PME pourront donner aux universités de province, souligne Aurélie Perreten. En région, elles peuvent par exemple rejoindre des clubs d’entreprises, pour le soutien d’une fac ». Denis Aguitton, du syndicat SUD, reste sceptique : « Des étudiants des universités comme le Mans ou Perpignan auront du mal à sortir du bassin local de l’emploi après leur scolarité », estime-t-il.

Une chose est sûre : l’avènement de ces fondations marque la volonté d’en finir avec un enseignement strictement théorique. A l’heure où l’insertion des jeunes sur le marché de l’emploi est de plus en plus difficile, c’est donc le choix du pragmatisme qui s’impose. « La fac doit former les étudiants pour leur fournir un travail, pour disposer d’une formation au plus proche du marché », pense Romain Legrand, doctorant en économie. La fin d’un tabou.

 

*Loi relative aux libertés et aux responsabilités des universités

*Source : Fundraizine, n°17, décembre 2008
 

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Commentaires
Sacha

En amérique du nord, chaque université qui se respcte poss`de sa fondation pour son financement. On peut le voir comme un désengagement de l'état, mais aussi comme un financement additionnel dans une perspective de concurrence entre les universités.

De ce coté de l'Atlantique, et c'est peut-être encore plus préocupant, tous les hopitaux ont aussi leur fondation pour assurer leur financement...