A Rio, les joies du jardinage au cœur de la plus grande favela du Brésil

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Des enfants jouent les petites mains vertes à Rocinha, la plus grande favela de Rio de Janeiro et du Brésil.  

Un gigantesque enchevêtrement de petites maisons recouvre la colline. D’en haut, la vue est imprenable. D’un côté, les célèbres et aisés quartiers d’Ipanema et de Leblon. De l’autre, les premières habitations de l’infinie zone ouest de Rio de Janeiro. Ici, dans ce dédale d’étroites ruelles, ils sont près de 70.000, peut-être le double, à vivre. Bienvenue à Rocinha, la plus grande favela du Brésil.

Le parc national de Tijuca et ses espaces boisés sont tout près. Mais au cœur de Rocinha, les espaces libres ou plantés sont pour ainsi dire inexistants. En s’enfonçant dans le quartier de Valão, en bas de la favela, des fils électriques entrelacés sont partout. Parfois à hauteur d’homme. Soudain, on aperçoit un bananier s’élancer vers le ciel. Il veille en fait sur le jardin-potager de Gabriel, Danielle, Gelson ou Stefany. 

Eveiller les consciences à l’écologie

Ces jeunes sont, avec quelques autres, les petites mains vertes du quartier. Ils participent au projet "Rocinha plus verte". Une initiative chapeautée par l’ONG Favela Mundo de Arte, en coopération avec l’artiste Lea Rekow et la crèche Alegria das Crianças. Tous les après-midi, ceux qui le souhaitent viennent apprendre à y connaître la nature. À l’entretenir, aussi.

Le tout gratuitement, ce qui compte dans un pays où le salaire mensuel minimum avoisine les 250 euros. De temps à autre, ils étudient aussi les semences grâce à un microscope. Le projet est érigé en symbole par l’ONU, qui l’a sélectionné pour recevoir des visites de délégations officielles lors du Sommet Rio+20. En échange, il recevra 8000 réais, soit un peu plus de 3.000 euros, et pourra ainsi se développer.

Protéger l’environnement? Un défi dans les favelas où l’eau potable ne coule pas à tous les robinets. A Rocinha, la deuxième phase du Programme d’Accélération de la Croissance (PAC), géré par l’Etat, en est à sa phase initiale. Rio, c’est aussi une ville où le tri des déchets est loin d’être la norme. D’ailleurs, le coquet terrain d’environ 30m2, en étages, est une ancienne petite décharge à ciel ouvert.

"Avant d’installer le jardin, on a dû remplir deux camions entiers de poubelles et de déchets", témoigne ainsi Adriana. Alors, elle ne transige pas avec les règles. Chaque outil a sa place, et chaque type de déchet, sa poubelle. Les enfants, eux, ont pris goût aux plaisirs de la terre. Ils plantent, arrosent, rempotent. Gabriel aime tellement cela, qu’il répond présent tous les jours, après l’école. "Je voudrais bien venir le dimanche mais je ne peux pas, c’est fermé", regrette-t-il. 

Apprendre en paix

Si le projet fonctionne, c’est sans doute parce qu’il a été monté étape par étape. "Au début je me disais simplement: ‘Ce serait déjà bien si ça pouvait faire en sorte que les voisins s’intéressent, et changent peut-être un peu leur comportement.’" La curiosité à vite fait son effet, les voisins sont venus découvrir le projet.

Si une fois rentrés chez eux, les petits jardiniers transmettent le message, le projet aura remporté son pari. Mais avant, il faut continuer à préparer le compost, pour que le jardin devienne vraiment bio. Parce qu’ici, l’espace est un luxe, les murs sont érigés presque les uns sur les autres. Pour apporter un peu d’air et de fraîcheur aux locaux de l’ONG et de la crèche, Adriana a mis en place un mur végétal.

Le jardin des enfants a failli être abîmé lors d'une journée de novembre 2011. Jusque-là haut repaire du trafic de drogue, les forces de police et l’armée sont entrées à Rocinha, le 13 novembre 2011 au petit matin. À grand renfort de blindés, d’hélicoptères et de caméras. Aucun coup de feu n’a été tiré. Mais ce jour-là, un homme tente d’échapper à la police. Dans sa fuite et la course-poursuite, le jardin-potager, parsemés de jeunes pousses, a failli être abîmé.

Grâce à l’étroite surveillance d’un voisin, qui a tout de suite alerté, le terrain n’a pas été piétiné. Les comportements ont donc déjà un peu changé…. Après une nouvelle période tension en début d’année, la situation est maintenant plus stable. Et Adriana, qui habite le quartier voisin, vient désormais plus sereinement veiller sur les petites mains vertes de Rocinha. 

Crédit photo: Elodie Guignard 

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