
> De notre correspondante à Rio
Son "patron" lui fait un peu d’ombre mais elle ne s’en plaint pas. Carlos Minc est l’une des figures nationales du mouvement vert, un original qui termine tous ses discours par l’expression "Salutations Ecologiques et Libertaires" et se balade en veston de garçon de café, encore Ministre de l’Environnement du Brésil, il y deux ans à peine.
C’est lui qui a ralenti la déforestation en Amazonie. Sous sa gestion mais on pourrait dire sous "leur" gestion, les surfaces déboisées ont diminué de 80%. A Brasilia, Suzana était déjà dans son équipe, chargée des questions de Climat et d’Energie. Et le Climat au Brésil, c’est la forêt: 20 à 25% des émissions de gaz à effet de serre sont dues à la déforestation dans le monde.
Moins flamboyante que Carlos Minc, Suzana Kahn est aussi plus technique. Seulement 20 scientifiques internationaux siègent au Bureau du GIEC (Groupement Intergouvernemental d’Etudes pour le Climat) et Suzana est de ces 20 là.
Elle est ingénieur en génie mécanique et professeur de post-doctorat des Transports à la COPPE-UFRJ, l’équivalent de l’Ecole des Mines au Brésil. C’est elle qui représente l’Amérique du Sud au Comité Scientifique de l’ONU qui oriente depuis 1988 toutes les décisions mondiales, publiques ou privées en matière de Climat.
Prix Nobel de la Paix au nom du GIEC
En 2007, elle y croyait à peine quand elle a reçu le Prix Nobel de la Paix au nom du GIEC pour le travail des 2500 scientifiques issus de 160 pays. Le rapport numéro 2 est son fait d’arme: dix scientifiques ont élaboré sous sa direction la proposition qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur des transports. Entre autres options, les biocombustibles, qui représentent 12% de réduction possible du CO2 d’ici 2030.
"Il y a 40 ans, à l’époque du Sommet de Stockholm, on ne parlait que pluies acides, qualité de l’air et assainissement. Puis on a dû évaluer le changement climatique de façon scientifique, confirmer la responsabilité de l’Homme et trouver les réponses technologiques. Maintenant qu’on a dépassé la phase scientifique et qu’on a la connaissance, on doit faire nos premiers pas ensemble et décider comment on va avancer. C’est ce qui va se passer à Rio+20."
"C’est compliqué pour l’homme de passer de l’immédiatisme au long terme"
Quand la Présidente du Brésil Dilma Roussef a nommé Isabela Teixeira comme Ministre de l’Environnement, Carlos Minc a retrouvé l’Etat de Rio, son port d’attache et Suzana aussi. Désormais Secretaire à l’Economie Verte, elle installe une stratégie globale de développement durable sur l’Etat de Rio, un Etat qui a la taille de la Suède pour une population équivalente à celle des Pays-Bas.
Ses combats actuels? La mise en place d’un Scénario de Durabilité de l’Etat de Rio avec la création d’un "plafond carbone" pour le secteur privé, une fiscalité allégée pour les produits qui polluent le moins, l’obligation pour le secteur public d’acheter "vert" et le rapprochement physique sous forme de "cluster" entre les universités, les centres de recherches Green Tech et les industries.
"Rio+20 est un énorme stimuli! Avec cette Conférence, toute la société se met en branle, les organisations sociales, le secteur privé, les institutions publiques. En soi, le document final de Rio+20 ne résoudra rien. Ce qui compte, ce sont les processus.... Le développement durable suppose un changement de mentalité, une maturation. C’est compliqué pour l’homme de passer de l’immédiatisme au long terme. Cela suppose de la stratégie. Il nous faudra plusieurs générations".
> Regardez son interview:
Suzana Kahn, vice-secrétaire de l'Environnement... par Youphil











