Comment les leaders de demain sont formés au développement durable

Les dirigeants des grandes écoles se mobilisent pour faire du développement durable un critère de performance des campus. Les étudiants sont demandeurs d’une formation intégrée à leur cursus.

Les futures élites françaises sont-elles formées au développement durable? La question se pose en cette rentrée où chacun tente de trouver sa voie. Certaines écoles tentent de sensibiliser leurs étudiants en leurs faisant vivre les conditions des négociations internationales sur ces questions. A Sciences Po Paris, par exemple, on a joué en avant-première les négociations de Rio +20, tout au long de en juin 2012, appelée "Paris + 20". Les étudiants endossaient le rôle d’experts, de négociateurs, d’ONG ou de journalistes. Deux des meilleurs négociateurs ont pris part à la délégation officielle française à Rio, du 20 au 22 juin.

La Reims Management School (RMS) a eu le même type d’initiative interdisciplinaire, allant jusqu’à mettre étudiants et professeurs en conditions réelles, lors d’une "nuit de l’ONU" sur l’eau, où les négociations ont duré jusqu’au petit matin.

Le défi de l’intégration dans tous les cours

En plus d’être enthousiasmant et mobilisateur, ce type d’événement multidisciplinaire est typiquement un moyen d’aborder l’éducation au développement durable de façon transversale. Un véritable défi pour les établissements d’enseignement supérieur.

C’est l’objectif d’Isabelle Robert, responsable développement durable (DD) de RMS. "J’agis en mouche du coche des enseignants... ", déclare-t-elle. A Reims, comme dans l’école d’ingénieurs Supelec de Gif-Sur-Yvette, les notions du DD sont déjà intégrées dans la plupart des cours. On parle de diversité en ressources humaines, de parties prenantes en pilotage de la performance, d’entreprises sociales en anglais…

Pourtant, même dans ces écoles qualifiées d'"exemplaires" dans l’enquête du magazine l’Etudiant parue en avril , on a conscience du chemin à parcourir. "Quel que soit notre parcours, on se rend bien compte que le travail à faire en matière de sensibilisation est énorme", témoigne Ludovic, étudiant de première année à l’Université Catholique de Lille.

Une délégation d'écoles à Rio

Dans les grandes écoles et universités, à l’instar des grandes entreprises, l’intégration du développement durable dépend avant tout de l’implication de la direction. Les plus engagées, historiquement, comme EuroMed Marseille ou l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines se sont réunies à Rio, avec leurs confrères du monde entier. Leur objectif étaient d'influer sur le texte final "Le futur que nous voulons", partager leurs bonnes pratiques et porter bien haut leur déclaration sur ce que doit être un enseignement supérieur durable.

"L’objectif était de faire signer mille patrons de grandes écoles dans le monde, pour qu’ils mettent du DD dans leur pédagogie, leur recherche et leur gestion", s’enthousiasme Jean-Christophe Carteron, directeur délégué à la RSE d’EuroMed Management et président du groupe DD à la CGE (Conférence des Grandes Ecoles).

En France, peu de démarches abouties

En France, l’enquête de l’Etudiant portant sur 76 campus (sur 300 interrogés) conclut que "c’est au niveau de leur gouvernance que les établissements sont les plus avancés. La prise de conscience est avant tout environnementale: elle passe par le tri des déchets ou le suivi de la consommation d’eau".

Cependant, si la gestion écologique du campus est un outil pédagogique intéressant et un élément de crédibilité indispensable, c’est clairement sur les missions de formation et de recherche que le secteur est attendu et possède une véritable marge de manœuvre sur l’évolution de la société. Or, sur 25 écoles de commerce, cinq seulement sont exemplaires, sur 33 écoles d’ingénieurs, sept reçoivent cette note. Quant aux universités, le magazine ne trouve que deux "exemplaires" et sept "engagées" sur 18 répondants. Les autres sont "challengers", "prometteuses" ou juste "sensibilisées", selon leur degré d’implication.

Absentes remarquées: les plus grandes écoles de commerce, qui n’ont pas répondu à l’enquête, malgré plus d’un mois de délai. Un silence de très mauvais augure pour ces pôles d’attraction d’élites. Leur manque d’intérêt pourrait bien leur être préjudiciable, car le sujet du développement durable fait désormais partie des critères de sélection des étudiants. "Les jeunes veulent que le sujet soit intégré à leur formation (…) grâce à des cours transversaux", rapporte Pauline Reybier, présidente du Refedd (Réseau français des étudiants pour le développement durable) qui a consulté 10.000 jeunes l’an dernier.

Vers la labellisation DD

Cette adaptation aux nouveaux enjeux de la société est recherchée par les employeurs et devrait devenir un critère de performance des écoles à l’avenir. Depuis que l’Université de Plymouth, en Angleterre, s’est mise au DD, le taux d’insertion de ses diplômés s’est amélioré. Même chose pour l’école d’ingénieurs 2IE au Burkina Faso. En France, la loi de Grenelle 1 (art. 55) de 2009 impose aux établissements d’enseignement supérieur d’appliquer un Plan Vert.

Mais sans mesures contraignantes, la loi est restée inappliquée jusqu’à ce qu’en 2010, la Conférence des Présidents d’Universités (CGE et CPU) collaborent pour la première fois afin d'établir un référentiel applicable à tous les établissements. Depuis, "sur 400 établissements, plus de cent ont rempli un Plan Vert [PDF]", atteste Jean-Christophe Carteron. Une version simplifiée de ce référentiel a été publiée fin janvier.

Cette grille d’analyse permet aux établissements de s’auto-évaluer: une première étape vers la labellisation, qui a déjà lieu dans les pays anglo-saxons, en Hollande et en Indonésie. "En Angleterre les subventions sont corrélées à l’impact en CO2", fait remarquer Jean-Christophe Carteron, promoteur d’une volonté politique forte, au-delà du Grenelle. Rio a donné une nouvelle impulsion. La labellisation DD des établissements devrait être au point pour la rentrée 2013.

 

Cet article a d'abord été publié en juin 2012.
Crédit photo: Flickr/Pacmikey.