Les limites du volontariat

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Le volontariat. Un terme galvaudé qui sent l’aventure. Revendiqué par de nombreuses associations, il englobe des statuts différents, des volontaires bénévoles ou payés, formés ou non...

Le VSI, le Volontariat de solidarité internationale (voir notre glossaire) est un gage de fiabilité. A la fois distinct du bénévolat et du salariat, ce statut apporte de nombreuses garanties. Les 27 organisations agréées par le ministère des Affaires étrangères, de la Guilde européenne du raid à Médecins du monde, assurent une formation au départ, une indemnité pour subvenir aux besoins sur place, une prise en charge des frais de voyage, une couverture sociale, une assurance sociale, un soutien technique pour la réinsertion lors du retour de mission, limitée à un à deux ans.

De nombreuses associations ou ONGs surfent sur le mot volontariat pour de tout autres projets. Des chantiers internationaux, des stages... Dans ce cas, chaque organisation établit ses propres règles. Les missions sont souvent plus courtes, de quelques semaines ou quelques mois, les formations pas toujours assurées, les participants souvent bénévoles et contraints de prendre en charge une partie des frais (le voyage, parfois même l’hébergement…) Au risque de perdre son argent et son temps (cf l'article Les volontaires témoignent). Lucien Cousin, président du CLONG, lieu d’échanges, d’expériences et de pratiques sur les questions de volontariat, dénonce «une logique parfois mercantile : vous payez, vous partez !».

De l'initiation au VSI

Mais si certaines associations semblent critiquables, elles répondent cependant à une demande. Nicolas Bertin, par exemple, assume son choix: «Je n’envisageais pas d'être rémunéré. Je voulais donner de mon temps, être utile avant de continuer mon voyage en Amérique latine», raconte le jeune globe trotter de 24 ans, parti au Guatemala avec Développement sans frontières. Durant cinq mois, il a aidé l’association Kojb’Iyin Junam, qui sensibilise les jeunes aux droits de l’homme. Il a conseillé les membres de cette organisation au sujet de leur communication.

«Il faut vivre ces missions comme une initiation au Volontariat de solidarité internationale. Des jeunes partis quelques semaines au sein d’une association viendront ensuite toquer à la porte de l’AFVP (mise à jour du 3 décembre 2012:  l'AFVP est devenue France Volontaires», assure Dante Monferrer, le délégué général de l’Association française des volontaires du progrès, organisation agréée VSI. Aux volontaires de «connaître les modalités de la mission, d’être clairs avec ses objectifs», ajoute t-il. Et c'est là que le bât blesse. Françoise Freslon, partie avec Planète Urgence (cf l'article Les volontaires témoignent), non reconnue comme VSI par le ministère des Affaires étrangères, regrette d’avoir vu ses compétences inexploitées.

Quel que soit le type de volontariat choisi, les mauvaises surprises, l’incompréhension ou la déception sont des risques à prendre. Pour Alain Demaison, chef du bureau du volontariat au ministère des Affaires étrangères, ces déconvenues restent «marginales».

Au contact de l'autre

La plongée dans une culture différente n’est pas toujours simple à gérer. Partie deux ans avec le Service coopération au développement, Juliette* raconte la difficulté de s'intégrer dans la société vietnamienne (cf l'article Les volontaires témoignent ). Le SCD propose pourtant des cours de géopolitique, donne des informations sur les modes d’organisation ou de communication des sociétés d’accueil avant le départ.

Sur place, les volontaires sont parfois confrontés à une situation à laquelle ils ne s'attendaient pas. Une ancienne volontaire de l'AFVP au Mali, qui souhaite rester anonyme, explique qu'elle n'a pas mené sa mission à terme car elle avait «l'impression de se substituer à l'association. Je menais des projets à sa place au lieu de l'aider à les mener». Et de poursuivre : « Je participais donc à une logique d'assistanat plus que de développement.» Des jeunes diplômés de 25 ans se retrouvent parfois à la tête de plusieurs personnes, elles aussi diplômées pourtant... Une responsabilité qu'il faut cependant accepter et savoir gérer. «Les volontaires apportent une compétence. Mais il faut savoir se situer au sein de l'association accueillante, analyser, afin de ne pas prendre la place des locaux. Cela nécessite du doigté...», prévient Lucien Cousin.

Les retours difficiles

Le retour n'est pas non plus toujours aisé. Certains volontaires s'interrogent sur la façon de faire valoir leurs expériences. Selon Dante Monferrer, «ce n'est pas un handicap non plus. A mon sens il n'est pas plus difficile de trouver un emploi après une expérience de volontariat.» Pourtant, dans d’autres pays, la politique de réinsertion est plus aboutie. Les anciens Peace corps (Corps de la paix, volontaires Etats-uniens), par exemple, peuvent postuler à des emplois dans les gouvernement fédéraux sans passer de concours.

Si les missions en tant que VSI donnent droit systématiquement à des primes de réinsertion pour les moins de 25 ans et au RMI pour les plus âgés, les pouvoirs publics ne sont pas toujours au courant de la législation. Un ancien volontaire, Antoine, a vu sa demande de RMI refusée auprès d'un Conseil général des Hauts-de-Seine affirmant pourtant soutenir le volontariat sur son site Internet. Les termes du refus sont expéditifs : «Monsieur a démissionné de son emploi afin de travailler comme bénévole, c'est un choix de sa part!». Or, le monsieur en question était parti au Mali en tant que Volontaire de solidarité internationale et donc, rappelons-le, n'était pas bénévole.

Le gouvernement tente de remédier à ce manque de reconnaissance. Cet été, une charte du volontariat devrait être signée par les principaux acteurs du volontariat français, afin d'énoncer «les valeurs communes aux différents types de volontariats.» Le secrétariat d'Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie compte fortement médiatiser l'événement.

Objectif : tripler le nombre de volontaires

Lors de cette signature, le but du ministère des Affaires étrangères sera rendu officiel : tripler le nombre de volontaires d'ici 2012. Pour «atteindre 15 000 volontaires», confirme Patrice Chevallier, chef de mission à la Direction générale de la coopération internationale et du développement au ministère. Et du même coup assurer une visibilité française à l'étranger. Ces objectifs chiffrés risquent d'être élargis à l'ensemble des ONGs organisant ce type de missions. Les petites structures seront épaulées par l’AFVP, qui est opérateur du ministère des Affaires étrangères, notamment en ce qui concerne la formation.

Le triplement du nombre de volontaires relève de l'effet d'annonce. Le volontariat ne concernera plus seulement le VSI. S'y ajoutera «le Volontariat d'initiation et d'échange» (1) -décrit plus haut-concernant toutes les personnes «vivant leurs premières expériences de découverte des réalités internationales, par des séjours d'études, stages etc», ainsi que «le Volontariat d'échange et de compétences, réalisé par ceux qui, en activité ou à la retraite, souhaitent enrichir leur expérience et apporter un savoir faire professionnel sans aucun but lucratif

Mais avoir des objectifs chiffrés risque de créer de nouvelles dérives. L'AFVP, dépendante du ministère des Affaires étrangères, est soumise à de telles obligations. Elle s'est ainsi engagée auprès du ministère à atteindre 6000 «mois volontaires », soit 500 volontaires en 2009 (pour consulter le document de la Cour des comptes cliquer ). Certains volontaires la soupçonnent de ne pas être toujours regardante sur les choix des missions.

C'est ce que Mélanie* nomme «le grand malentendu» (cf l'article Les volontaires témoignent). Partie à Gao (Mali) avec l'AFVP, dans le cadre d'une coopération décentralisée entre collectivités territoriales, elle s'est sentie inutile. Les besoins de l'association n'étaient pas réels. Une situation qu'explique une ancienne volontaire partie avec la même organisation, qui ne veut pas communiquer son identité : «L'AFVP propose des partenariats avec des associations maliennes. Ces dernières l'acceptent sans avoir pour autant besoin de volontaires. Pourquoi refuseraient-elles une main d’œuvre supplémentaire moins chère ?» 

(1) Charte commune aux volontariats internationaux d'échange et de solidarité. Version validée le 29 septembre 2008.

Pour en savoir plus :

- Au sujet du statut de VSI, consulter la loi du 23 février 2005.

* Le prénom a été changé à la demande de la personne interviewée

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