A Rio, ces citoyens qui ne lâchent rien

Quinze mille membres de la société civile sont attendus chaque jour, jusqu’au 23 juin, au Sommet des peuples, organisé à Rio de Janeiro en marge de la conférence de l’ONU.

> De notre correspondante à Rio de Janeiro

Un objectif: déterminer l'avenir de la planète. Pour cela, près de 15.000 personnes venues du monde entier, réunies à Rio, ont une semaine pour faire converger efforts et propositions. Des citoyens, mais aussi des ONG qui veulent pousser les dirigeants mondiaux à se positionner sur les questions de gouvernance, d'environnement et de développement, qui seront évoquées du 20 au 22 juin lors d'un Sommet onusien historique à Rio.

Qui sont-ils? Pourquoi militent-ils, depuis des années parfois, pour la réussite de ce Sommet? Nous avons posé la question à quelques-uns d'entre eux.

Otoniel, 36 ans: "18 heures de bus pour me battre au nom des Indiens tués"

A 36 ans, Otoniel Ricardo se sait presque en sursis, alors que les menaces de mort à son encontre s’intensifient. Avec d’autres membres du peuple indigène Guarani Kaiowá, il a fait 18 heures de bus pour rejoindre le Sommet des peuples.

Le jeune homme veut expliquer comment il tente de survivre dans le Mato Grosso du Sud, aux confins du Brésil, de la Bolivie et du Paraguay, et exige une action des autorités: "Pour nous, il est très important d’être ici et de demander la délimitation de nos terres. Entre 2003 et 2010, 250 d’entre nous sont morts, et ça continue… " 

D’après une étude récente, 32 des 51 Indiens tués au Brésil en 2011 étaient membres de ce peuple. Alors que celui-ci est pris en tenaille entre immenses plantations et élevages, Otoniel veut "résoudre cette question de la délimitation pour défendre [notre] espace, dévasté à cause d’une très puissante agro-industrie".

Avec les 1600 Indigènes du Brésil et d’ailleurs attendus pour ce sommet alternatif, il compte transmettre des doléances avant le sommet officiel des chefs d’Etat. À l’écouter, il n’y sera pas question d’économie verte: "Elle tue les territoires, les espaces, les peuples indigènes. Le soja, c’est cela que les gens appellent l’économie verte, mais ce sont eux qui nous prennent nos terres."

Eva, 20 ans: "développer de nouvelles sources d’énergie"

Eva Chih-Jung Li fête ses 20 ans cette année, comme le Sommet de la Terre, qui s’était déroulé à Rio en 1992. Aujourd’hui, même si "les négociations officielles vont très lentement, alors que les discussions durent depuis des mois", la militante de la Coalition des jeunes Taïwanais pour le climat espère que la mobilisation de la société civile peut encore aider à la conclusion d’un accord.

Pourtant, après avoir accédé au RioCentro, cœur des négociations, elle dénonce le manque de clarté "des thèmes en discussion, comme l’économie verte et le cadre institutionnel de gouvernance du développement durable".

Avec trois amis, elle participe donc aussi au Sommet des peuples pour informer l’opinion internationale sur la situation de Taïwan, "une très petite nation, avec un projet de quatrième centrale nucléaire, et cela nous met dans une situation très dangereuse. Le gouvernement ne répond pas à la demande du peuple d’abandonner le nucléaire". L’accident de Fukushima a marqué les esprits sur cette île située dans une zone de forte activité sismique et où la sécurité des sites fait débat.

Eva compte donc récolter "des informations sur les nouvelles sources d’énergies" pour les populariser à son retour. Après deux années de militantisme et pour son second rassemblement d’envergure, six mois après le COP17 de Durban, elle plaide aussi pour une réforme du système économique, "parce que la décision qu’ils vont prendre va affecter notre avenir".

> Ecoutez-la: 

Derek, 33 ans: "faire de ce Sommet une caisse de résonance pour les ONG"

Né aux Etats-Unis, Derek Hyun Kim, 33 ans, travaille au Yémen pour l’ONG Progressio, basée en Grande-Bretagne et qui œuvre pour le développement. À Rio, il se désole que "les choses soient pour l’instant plus centrées sur les pays que sur les peuples" et espère que cela va changer. Le début du contre-sommet l’a laissé un peu sur sa faim mais son avis n’est pas définitivement tranché: "pour l’instant, je trouve que cela fait un peu plus 'carnaval' que Sommet. Mais ce ne sont que les débuts, les choses seront peut-être différentes dans les jours à venir…"

Derek souhaite que ce Sommet devienne une véritable caisse de résonance pour certaines ONG, notamment celles "qui ont du mal ou n’arrivent pas à se faire entendre en temps ordinaire". Lui voudrait que les questions de l’éradication de la pauvreté, de l’eau potable et de la mise en place des installations sanitaires soient plus débattues. "Ce sont des besoins urgents, notamment dans certaines campagnes". Ce Sommet des peuples lui permettra aussi de confronter son expérience du terrain à celles des autres. 

Crédit photos: Elodie Guignard.