
Avec la création d'un ministère dédié, l'Economie sociale et solidaire (ESS) a la cote. Le secteur créé 1 emploi sur 5 en France, en majorité dans les associations. Et si, pour le moment, les jeunes sont minoritaires dans le secteur qui concilie efficacité économique et poursuite d'un objectif social, ils pourront être appelés à y prendre une part plus importante dans les années à venir. Entre 2008 et 2018, il est prévu que 335.000 salariés de l’ESS, dont 55.000 cadres partent à la retraite.
Encore faut-il être bien armé pour prétendre à ces postes. Outre les formations qui préparent aux métiers du social, de nombreux étudiants optent désormais pour une formation post-bac estampillée ESS. Dans son dernier rapport, l’Observatoire national de l’ESS a recensé 72 formations en France qui abordent la question de façon transversale. C’est cinq fois plus que dans les années 90! Il y a donc un véritable engouement pour ces formations qui peuvent être une vraie plue-value pour les jeunes diplômés, bien qu'elles souffrent encore d'un déficit de reconnaissance.
Des formations professionnalisantes
La plupart des formations recrutent à bac+5, mais il existe aussi des formations accessibles à bac+2. Elles proposent de travailler en alternance ou exigent à minima un stage dans l’année. La palette des enseignements est riche: théories de l’Etat social, théorie des monnaies solidaires, évaluation des politiques publiques, cours de gestion ou de recherche de fonds. "Ce qui fait la valeur ajoutée de ces masters, c’est leur fort lien avec le tissu professionnel et le milieu de l’ESS", estime Laurent Fraisse, chercheur au Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (LISE).
Carole à suivi une licence professionnelle Management des organisations de l’économie sociale, à l’université de Marne-la-Vallée, avec succès: "J’ai appris à chercher des financements, à utiliser des outils de gestion de projet et à monter un business plan". Après huit ans de carrière dans la communication, elle a voulu se reconvertir professionnellement: "J’avais envie d’être au bureau telle que je suis vraiment dans la vie et aussi de travailler pour une cause d’utilité sociale". A 31 ans, sa reconversion est réussie. Après son stage à l’Atelier, organisation de promotion de l’ESS, elle a été embauchée en CDI pour sensibiliser, à son tour, les jeunes à la question.
De nombreux débouchés
A l’image d’un secteur très vaste, les diplômés exercent par la suite des métiers très variés: chef de projet dans une ONG, chargé de développement dans les organismes coopératifs ou mutualistes... "La plupart des métiers de l’économie capitaliste se retrouvent dans l’ESS, mais pas forcément l’inverse", explique Guillaume Chocteau, délégué général de Ressources solidaires, qui donne en exemple les métiers de l'insertion. La plupart des diplômés des formations en ESS occupent en tout cas des postes de cadres.
Si elles restent encore assez méconnues, les formations en ESS sont pourtant bien perçues par les acteurs du secteur: "Il est toujours intéressant de recruter des personnes sensibilisées à ces questions", témoigne Isabelle Daumarès, responsable des ressources humaines à la Fondation Abbé Pierre.
"Les acteurs de l’ESS sont très demandeurs de personnes qui apportent une réflexion sur leurs pratiques", constate aussi Florence Jany-Catrice, directrice du Master 2 Action Publique, Institutions et Économie Sociale et Solidaire à Lille1. Sur les 15 étudiants sortis diplômés de la première promotion en 2010, 14 ont trouvé du travail. Mais celle-ci ne cache pas son inquiétude: "Le problème du secteur, c’est qu’il est limité en termes d’embauches à cause d’un problème de financement chronique, notamment dans les associations".
Des salaires peu élevés
Gare aux désillusions, dans un secteur où les salaires dépassent rarement les 2100 euros net par mois. "Les salaires de dirigeants sont plus bas que dans les entreprises privées classiques (...) Il arrive que des salariés du secteur passent les concours administratifs pour évoluer après quelques années", témoigne Jean-Philippe Teboul, gérant du cabinet de recrutement Orientation Durable.
Mais le salaire n'est pas la principale motivation des personnes qui choisissent de s’orienter vers l’ESS. "Ca ne m'intéresse pas d'être le plus riche du cimetière", ironise Antoine, 22 ans et étudiant en Master 2 Économie Solidaire et Logique de Marché à l'Institut catholique de Paris. "J'aimerais bien travailler dans l'immobilier à vocation sociale", explique-t-il. La preuve que si les jeunes étudiants en ESS ont de l'ambition, ils veulent avant tout donner du sens à leur carrière.
> Consulter la liste des 72 formations [pdf]
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