
[Mise à jour du 4 juin 2012: l'armée égyptienne a annoncé le 31 mai la levée de l'état d'urgence]
L’année 2011 restera une année de révolutions, mais aussi de répression. C’est le double constat dressé par l’organisation de défense des droits humains Amnesty International, dans son rapport annuel publié le 24 mai. A cette occasion, celle-ci a salué "le courage dont ont fait preuve les manifestants au cours de l’année écoulée". Manifester, un droit fondamental qui reste à conquérir dans certains pays, comme le prouve la répression de manifestations l’année dernière en Chine et dans des pays d’Afrique subsaharienne tels que l’Angola, l’Ouganda et le Sénégal.
Dans un Moyen-Orient recomposé par la donne des printemps arabes, c’est le sort de l’Egypte qui attire l’attention, alors que les électeurs sont appelés le 23 et 24 mai à choisir un nouveau président. Malgré la chute d’Hosni Moubarak, manifester est toujours une activité à haut risque en Egypte. L’armée au pouvoir, la police militaire, les Forces centrales de sécurité n’ont pas renoncé à l’emploi de la force. Dans certains cas, rapporte Amnesty, des manifestants ont été attaqués par des "casseurs", des hommes armés en civil, soupçonnés de liens avec la police et l’ancien pouvoir.
Un état d’urgence toujours en vigueur
Malgré ses promesses au lendemain de la révolution, le Conseil suprême des forces armées (CSFA) n’a toujours pas levé l’état d’urgence en vigueur depuis 30 ans. "Concrètement, cela signifie que n’importe qui peut être arrêté n’importe quand et pour n’importe quel motif en Egypte", déplore Francès Salinié, coordinatrice Egypte à Amnesty International. Plus de 12 .000 civils, pour la plupart arrêtés lors de manifestations, ont ainsi été renvoyés devant les tribunaux militaires et jugés lors de procès iniques.
Le tristement célèbre Service du renseignement de la sûreté de l’Etat au service de l’ex-raïs a beau avoir été démantelé, le recours à la torture dans les prisons égyptiennes n’a pas cessé. Des femmes en détention en ont fait les frais, forcées par des officiers à subir des "tests de virginité" après avoir été interpellées dans le cadre de manifestations.
Dans ce sombre tableau, le CSFA a toutefois libéré des prisonniers politiques. Il a aussi autorisé la formation de syndicats indépendants et l’enregistrement de partis jusque-là interdits. Cette mesure a permis au Parti de la liberté et de la justice, émanation politique des Frères musulmans, d’arriver en tête des dernières élections législatives.
Il leur faut maintenant prouver leur bonne foi, selon Francès Salinié : "La balle est dans le camp des islamistes. A eux maintenant d’introduire des réformes pour protéger les femmes, les minorités religieuses et pour que les Egyptiens ne soient pas discriminés en fonction de leur orientation sexuelle".
Crédit: thecoldwhisper/Flickr.











