Pascal Canfin, le ministre un peu vert du développement

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Le premier gouvernement du président de la République française François Hollande est connu depuis le 16 mai. De la cuisine destinée à nommer un nouveau ministre délégué au Développement a émergé un second couteau: Pascal Canfin, 37 ans, a été choisi par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault.

Atout principal: pas de casseroles. Pas de liens ni de réseaux africains. Pour afficher une rupture, la énième, avec la Françafrique? Car cet eurodéputé d'Europe Écologie Les Verts (EELV) est spécialiste… de la régulation financière et des paradis fiscaux. Élu au Parlement européen en 2009, il est membre de la Commission des affaires économiques et monétaires, après avoir été vice-président de la Commission spéciale sur la crise financière, économique et sociale.

"Le choix d’un spécialiste de la finance à ce poste est une grande première et pourrait témoigner de la différence notable d'approche que souhaitent insuffler les socialistes dans les relations avec l'Afrique", note le site Jeune Afrique.

Pour sa première expérience ministérielle, Pascal Canfin travaillera sous la tutelle de Laurent Fabius, intronisé ministre des Affaires étrangères —qui chapeaute également le ministre délégué aux Affaires européennes Bernard Cazeneuve. Le ministre devrait probablement aussi être en relation avec l'actuelle Consule générale de France au Québec, Hélène Le Gal, qui devrait être choisie pour devenir la conseillère spéciale sur l'Afrique à l'Elysée.

La finance, en Vert et contre tout

Ce pari laisse toutefois Daniel Cohn-Bendit, autre eurodéputé écolo, pantois: "Je me demande comment François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont connu Pascal Canfin… Comment ça arrive ça? Je me pose des questions. Ils prennent des chasseurs de tête? Je voudrais bien qu’on m’explique comment les gens arrivent là (…) Le développement, ce n’était pas le centre de son intérêt politique.Yannick Jadot (également député EELV), il a travaillé dans le développement. Il a été en Afrique. Au développement, j’aurais plutôt pensé à Yannick qu’à Pascal", peste-t-il, dans une interview au JDD.fr.

Tout en reconnaissant que Canfin est très bon sur l’économie et la finance. Personne ne le conteste. "C'est quelqu'un d'extrêmement travailleur et de très pédagogique", assure l'écologiste Dominique Plancke, cité par France 3. "C'est un grand spécialiste de la finance et des rapports Nord-Sud. Il sera à la hauteur, c'est un homme qui a une éthique", poursuit l'élu au Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, qui connait bien le nouveau ministre né à Arras. 

"Gros bosseur, il maîtrise les dossiers", confirme un journaliste du mensuel de gauche Alternatives économiques, où Pascal Canfin a été journaliste. Un métier qu'il a exercé après avoir été chargé de mission à la CFDT du Nord-Pas-de-Calais, entre 1997 et 1999, puis consultant en ressources humaines de 1999 à 2003.

Conseiller économique de la candidate écologiste Eva Joly pendant cette campagne présidentielle, Pascal Canfin avait défendu avec la candidate EELV un "projet de budget alternatif", qualifié de "new deal écologique et social" face à la politique d'austérité.

Fin négociateur et lobbyste

Apprécié des milieux écologistes et même altermondialistes, Pascal Canfin se révèle pragmatique. Pas d’incantations, pas de "Grand soir".

En juin 2010, il est à l’origine du projet Finance Watch. Objectif: mener des contre-expertises pour contre-balancer l’influence des banques et de la finance dans l'élaboration des lois ou des normes notamment au niveau européen.

Lobby contre lobby, offrir un contrepoids crédible, issu de la société civile. Négocier pied à pied, avec les mêmes techniques - mais sûrement pas les mêmes moyens financiers -, plutôt que de radoter sur les excès de la finance. Voilà la ligne de Pascal Canfin.

Un brin provocateur quand il lance fin 2010 le collectif "Sauvons les riches" ou le site internet Jechangedebanque.org, destiné à transférer "notre argent des banques les plus nuisibles vers celles les plus recommandables", Pascal Canfin est surtout rompu aux tractations, au plus haut niveau.

Au Parlement européen, il est devenu le négociateur pour le Groupe des Verts/Alliance libre européenne de plusieurs projets législatifs, en particulier la directive européenne sur la taxe sur les transactions financières (toujours en discussion) et le règlement sur les agences de notation (toujours en discussion). Autant de sujets techniques mais brûlants.

De l'Europe à l'Afrique

Un homme de dossiers, habitué à la culture du compromis du Parlement européen. Inattendu, le choix de Pascal Canfin n’est finalement pas si surprenant.

D'autant qu'il semble être sur la même ligne que le président Hollande: "Il faut compléter le traité européen", expliquait-il le 6 mars 2012, à l'occasion du dixième anniversaire du trimestriel Alternatives internationales, un débat sur la politique étrangère de la France. Comprendre, ne pas s'en tenir à une politique de rigueur et pousser les feux afin d'obtenir un meilleur encadrement des marchés.

Le 16 mai, le dernier tweet de l’eurodéputé insiste: "Sarkozy et Merkel ne s’entendaient pas, mais partageaient la même politique. Avec Hollande, c'est l’inverse."

Dans L'Économie verte expliquée à ceux qui n'y croient pas, un ouvrage de vulgarisation, Pascal Canfin démontre que les écologistes ont aussi un point de vue "vert" sur l'économie (budget, emploi, dette, croissance, impôts...). Et sur l’Afrique?

Cet article a été initialement publié sur SlateAfrique.

Crédit: European Parliament/Flickr.

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