Sida: "on ne peut pas remplacer la prévention par une pilule"

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Pour Jean-Daniel Flaysakier, spécialiste des questions de santé à France 2, le nouveau traitement préventif "n'a rien d'une potion magique".

[Mise à jour du 31 octobre 2014: l'Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS) a confirmé l'efficacité du médicament antirétroviral Truvada, dans le cadre de son étude test Ipergay. Utilisé en prévention chez une personne séronégative quelques heures avant un rapport sexuel et le lendemain de celui-ci, le Truvada réduirait le risque d'infection au VIH de 80%.]

[Mise à jour du 16 mai 2014: Considérant l'usage du préservatif en baisse, les principales agences américaines de santé recommandent aux personnes considérées "à risque", à savoir les homosexuels et consommateurs de drogues injectables, de prendre le Truvada, à titre préventif.]

[Mise à jour du 17 juillet 2012: L'agence américaine des médicaments (Food and Drug Administration (FDA) a validé officiellement, le 16 juillet, la commercialisation du médicament Truvada pour la prévention de l’infection par le VIH et plus seulement pour le traitement de la maladie.]

Ce n’est pas encore un vaccin, mais cela pourrait être une réelle avancée pour lutter contre la propagation du sida. Le Truvada, traitement déjà utilisé pour les personnes atteintes du virus du sida, pourrait bientôt être administré à titre préventif. C'est ce dont l’Agence américaine des médicaments (Food and Drug Administration) doit décider. Un jury d'experts lui a déjà recommandé, le 10 mai 2012, de prendre cette décision.

Selon une étude clinique, cette pilule à prendre chaque jour, associée au port du préservatif, diminuerait de 75% le risque de contamination pour les couples hétérosexuels dont l’un des deux partenaires est séropositif. Une autre étude effectuée dans six pays, dont les Etats-Unis, l’Afrique du Sud et le Brésil, indique que le Truvada a réduit le risque d’infection de 44 % chez les hommes homosexuels qui utilisent des préservatifs.

Certains dénoncent la toute relative efficacité du traitement s’il n’est pas suivi strictement. En effet, la réduction du risque d’infection tombe à 44% si la pilule n’est pas prise tous les jours. Par ailleurs, ce traitement à 14.000 dollars par an (environ 10.800 euros), pourrait inciter certains à ne plus utiliser de préservatifs et donc multiplier les comportements à risque.

La décision de l’Agence américaine des médicaments de commercialiser ou non ce traitement préventif sera rendue le 15 juin. 

Youphil.com: la commercialisation du Truvada comme traitement préventif représenterait-elle une avancée selon vous? 

Jean-Daniel Flaysakier: Franchement, selon moi, le seul intérêt, c’est que ce médicament pourrait aider les femmes en Afrique subsaharienne. Dans cette région, la propagation du virus du sida est très importante. Lors de leurs relations sexuelles, les femmes n’ont pas le choix (en particulier les prostituées). Beaucoup d’hommes refusent de mettre des préservatifs et ils se comportent ainsi de partenaire en partenaire. Le risque de contamination est donc très élevé. Dans ce cas, cette pilule servirait surtout à réduire la contamination entre hétérosexuels.

Elle aurait un effet double, puisqu’en cas de grossesse, elle pourrait éviter à la mère de transmettre le virus à son enfant. Couplé à des initiatives intelligentes de prévention, ce traitement peut vraiment les aider.

Mais dans nos pays, c’est différent. C’est surtout le groupe des homosexuels qui pose problème. Dans l’étude citée, le traitement ne réduit le risque de contamination que de 44% pour les hommes homosexuels testés. Pour moi, c’est trop peu pour une maladie mortelle. L’effet préventif est très moyen, surtout quand on le compare au taux de diminution de risque d’un vaccin, qui doit atteindre au minimum 90%.

Ce traitement est-il vraiment utile si les gens utilisent déjà des préservatifs?

J-D. F.: Le fait est que les gens n’utilisent pas toujours de préservatif. L'une des études citées met en avant des tests sur des hommes homosexuels qui ont des comportements à risque. Et puis un préservatif, cela peut casser, ce n’est pas fiable à 100% non plus.

Par ailleurs, il faut aussi savoir que les relations sexuelles par voie rectale comportent beaucoup plus de risques de contamination que par voie vaginale. Par conséquent, même avec le traitement, le préservatif doit être utilisé.

Quels seraient les éventuels effets pervers de ce traitement?

J-D. F.: Ce traitement ne doit pas se substituer au préservatif. Je sais qu’il y a une partie de la communauté gay qui est plutôt hostile au préservatif. Il est donc vrai que la vente de ce médicament préventif pourrait inciter à des conduites à risque.

Ce genre de produit, qui, je le rappelle, est déjà commercialisé pour les personnes déja atteintes du VIH, ne peut être acceptable que dans le cadre d’une sorte de "SAV": un suivi, des conseils, de la prévention. La prévention ne peut pas être remplacée par une pilule. Ce traitement n’est pas une potion magique.

 

Cet article a été initialement publié en juin 2012. 

 

Crédit photo: e-MagineArt.com/Flickr.
Crédit portrait: Pascal Stelletta.
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