Comprendre la société civile en quatre points

Email this pageEnvoyer à un ami0CommentairesImprimer

Fabrice Desse, chercheur en économie au CNRS, dresse une carte d'identité de la société civile (ONG et syndicats) dans le monde.

Alors que la gouvernance mondiale s’est historiquement organisée autour de trois grands types d’acteurs – les gouvernements, les marchés et les institutions internationales (ONU, UE, FMI, OMC etc.) – ces vingt dernières années ont connu l’émergence d’un nouveau type d’acteur: les organisations de la société civile (CSO). Ces dernières se définissent comme des organisations indépendantes, non-gouvernementales, à but non lucratif et basées sur le volontariat. Les CSO comprennent essentiellement les ONG et les syndicats.

> Quel est le poids de la société civile dans le monde?

Le secteur de la société civile connaît une croissance considérable et emploie aujourd’hui plus de 5% de la population active dans le monde (en équivalent temps plein, volontariat compris). Ce taux peut atteindre jusqu’à 16% aux Pays-Bas, en France il est de 9%. C’est un chiffre considérable: avec une force de travail (en équivalent temps plein, volontariat compris) d’environ 56 millions de personnes, le secteur de la société civile est comparable avec celui de la construction, dépassant assez largement celui des transports et des communications. On estime qu’environ 10% de la population adulte est engagée de façon plus ou moins importante dans au moins une CSO.

Si l’on comparait les dépenses annuelles des CSO (que l'on retient comme indicateur de leur poids économique, ces organisations ne réalisant pas de profit) au PIB des pays, cela ferait du secteur de la société civile la sixième économie mondiale.

> Quels sont les secteurs d'action de ces organisations?

Le secteur du bien-être et des conditions de vie (éducation, santé, culture et récréation, services sociaux, services à la personne etc.) est très largement dominant, représentant plus de 70% de la force de travail du secteur de la société civile dans le monde, avec une forte domination de l’éducation et des services sociaux (40% à eux seuls). Le secteur du développement et de l’habitat (aide au développement, microcrédit, aide au logement, construction d’infrastructures etc.) représente quant à lui 7% de la force de travail totale. Il est suivi de près par le secteur des droits civiques et de l’homme (comprenant notamment la défense des populations vulnérables comme les femmes, les enfants, les handicapés etc.) et des droits du travail (y compris des agriculteurs du Sud) qui comptent chacun pour 5% de la force de travail totale.

Les secteurs dits émergents sont ceux de l’environnement (écologie, biodiversité, protection des forêts, associations anti-nucléaire etc.) et la finance qui ne représentent qu’environ 2% de la force de travail totale. Ces secteurs connaissent cependant de forts taux de croissance et sont appelés à se développer dans le futur.

> Comment ces organisations sont-elles financées?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les dons ne représentent en moyenne que 15% du budget des CSO. Elles sont majoritairement autofinancées (en moyenne à hauteur de 50%) par le biais des cotisations de leurs membres, du retour sur investissement de leurs projets ou de services facturés à l’Etat, aux entreprises ou directement aux bénéficiaires.

Les subventions gouvernementales couvrent le reste de leurs dépenses (36%). Il est important de noter que les sources de financement sont des estimations de moyennes mondiales et que cette structure change considérablement en fonction des pays étudiés.

> Quels modèles pour la société civile dans le monde?

Cinq grandes typologies ont été établies pour décrire le modèle de société civile adoptée selon les régions du globe. Il apparaît que la société civile est bien plus développée dans les pays occidentaux. Dans le modèle anglo-saxon (ou libéral), les CSO se sont traditionnellement développées pour prendre le relais d’un Etat-providence volontairement affaibli. Le secteur de la société civile est donc essentiellement focalisé sur l’éducation, la santé, les services sociaux, le logement et l’aide au développement.

Comparées aux autres pays développés, les CSO anglo-saxonnes se financent beaucoup moins par des subventions publiques (elles sont principalement autofinancées) et reposent davantage sur le volontariat.

Le modèle nordique (ou social démocrate) est caractérisé quant à lui par une part relativement faible de CSO qui opèrent dans le domaine du bien-être et des services sociaux, ce qui s’explique par une prédominance historique de l’Etat-providence dans ces pays. En revanche, l’activité de la société civile est particulièrement forte dans les domaines des droits de l’homme, civiques et du travail, qui représentent ensembles plus de 25% de la force de travail des CSO du pays, ainsi que l’environnement.

Dans le modèle ouest-européen (qui comprend la France), l’Etat-providence a historiquement été très présent, mais, contrairement aux pays nordiques, les missions de service public et de bien-être social ont traditionnellement été déléguées à des organisations non-gouvernementales (historiquement des organisations religieuses pour la plupart), généralement sous forme de partenariat. Ainsi le secteur de la société civile dans ces pays est caractérisé par un nombre particulièrement important d’employés salariés (70% de la force de travail contre moins de 50% dans les autres pays développés) grâce à d’importants financements publics (plus de 50% de leur budget).

Le modèle dit de "démocratisation tardive" comprend l’Amérique latine, les pays de l’ancien bloc soviétique et les pays d’Asie industrialisés (y compris la Chine et le Japon). Dans ces pays, un Etat autoritaire a historiquement ralenti (ou empêche encore dans certains cas) le développement des CSO, soit parce que la croissance économique a été placée au premier plan soit pour des raisons politiques.

Enfin, le dernier modèle, dit "traditionnel", concerne la majorité des pays africains, l’Inde et les PMA (pays les moins avancés) où la société civile est très dépendante de l’aide internationale et essentiellement focalisée sur le combat contre la pauvreté.

Crédit photo: flickr/Gary Knight.
Email this pageEnvoyer à un ami0CommentairesImprimer