Economie sociale: quel programme pour les candidats à la présidentielle?

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L'économie sociale et solidaire? Ils sont "pour"! En 2012, les candidats à l’élection présidentielle sont tous d’accord pour favoriser ce secteur, tel que le préconise le Conseil des entreprises, employeurs et groupements de l’économie sociale (CEGES). Au-delà de leurs vœux pieux, ont-ils vraiment l’intention de développer l'Economie sociale et solidaire (ESS), un secteur actuellement en plein essor mais encore confidentiel, et ce, malgré la crise?

Par la voix de son président, Jean-Louis Cabrespines, le CEGES a interpellé cinq de ces candidats le 2 mars pour connaître leurs engagements, devant un parterre d’acteurs de ce secteur qui représente aujourd’hui près de 10% des emplois (voir les chiffres de l'ESS en pdf) en France.

Ce forum, qui avait lieu dans une salle de l’Assemblée nationale, est une première pour l’ESS. Il révèle que ce secteur est dorénavant sur le devant de la scène. Mais il ne faut pas s’y tromper: en période de campagne électorale, les candidats ou leurs représentants répondent présents à de nombreux appels dans tous les secteurs, du logement à l'écologie en passant pas l'agriculture. Et à chaque fois, ils se livrent surtout à une déclaration d’intentions, sans nécessairement prendre d’engagement formel.

Consensus

Les cinq candidats, (François Hollande, Eva Joly, la ministre des Solidarités et de la cohésion sociale Roselyne Bachelot qui représentait Nicolas Sarkozy, Robert Rochefort pour François Bayrou, François Longérinas et Sylvie Mayer pour Jean-Luc Mélenchon) semblent, à les écouter, se retrouver dans les douze propositions du CEGES visant à redonner le "pouvoir aux personnes" et favoriser le "partage des richesses".

Tous veulent une loi-cadre pour promouvoir l’ESS. Un projet de loi dont la préparation serait en cours, selon la ministre. L'idée d'une accession des entreprises de l’ESS aux marchés publics et leur encouragement financier, notamment à travers des banques publiques d’investissement et un fléchage de l’épargne vers elles, a également fait l’unanimité.

Chacun sa méthode

Chaque candidat a ses solutions, plus ou moins précises, pour permettre à l'ESS de changer d'échelle. Nicolas Sarkozy souhaite poursuivre sa politique, selon la ministre qui a défendu fidèlement le bilan du président dans un discours très technocratique. "Vingt des cent millions d'euros du Grand emprunt destinés à l’ESS ont été consommés pour l’instant", a-t-elle annoncé avec fierté.

De plus, "pour la première fois, l’ESS a fait l’objet d’une communication au Conseil des ministres, le 11 janvier, par moi-même", s’est-elle enorgueillie. Maigre consolation pour tous ces présidents d’associations et autres entrepreneurs qui souhaitent davantage d'efforts du gouvernement.

François Hollande a donné le "la" à la course aux engagements en égrainant une série de 10 propositions pour encourager ce secteur. Le candidat socialiste veut notamment mettre en avant l’insertion professionnelle des jeunes comme levier de développement de l’ESS, avec 150.000 emplois d’avenir et le doublement du nombre de contrats d’insertion.

Quant à la candidate Europe Ecologie les Verts (EELV), elle semble tout miser sur la transition écologique de l’économie française. D’après elle, c’est grâce à un nouveau vivier d’un million d’emplois que seront mises en avant les entreprises de l’ESS, dans le domaine de la construction ou encore de l’aide aux personnes.

Elle rejoint sur ce point le Front de gauche, qui axe son programme sur une planification écologique, avec un "pôle public de l’énergie". Fidèle aux positions traditionnelles de la gauche radicale, les représentants de Jean-Luc Mélenchon ont marqué leur distance avec le monde associatif, qui ne doit pas tomber dans le "néo-assistanat", selon eux. Les associations doivent donc diriger leurs actions vers l’insertion plutôt que la simple aide.

Robert Rochefort du Modem partage cette position sur les associations qui devraient selon lui faire l’objet d’un "processus d’évaluation pour que les subventions soient bien distribuées". Le centriste a fait grincer quelques dents quand il a dit être "favorable à un pôle de compétitivité qui intègre l’ESS". Alors que les entrepreneurs de l’ESS se sont justement investis dans ce secteur pour favoriser l’esprit de coopération plutôt que la compétition.

Si Robert Rochefort prône la "sanctuarisation des moyens financiers", son candidat, François Bayrou, qui veut surtout encourager l’ESS "en en parlant", semblait plus réticent à cette idée quand nous l’avons interrogé quelques jours auparavant. "Si vous pensez qu’à toute politique désormais, il va falloir mobiliser des budgets supplémentaires, avait-il déclaré, vous pouvez à mon sens tirer un trait sur ces attitudes-là."

Opération séduction

Tous rivalisent de formules pour encenser le rôle de l’ESS et ses coopératives, associations, fondations et autres mutuelles. Ainsi, l’ESS est pour le candidat socialiste une "force d’entrainement pour le changement". C’est un "secteur d’avant-garde avec des solutions généralisables", pour le Modem.

"Nous [EELV] sommes les seuls à présenter l’ESS comme un modèle alternatif à l’économie capitaliste", revendique pour sa part Eva Joly, alors que le Front de Gauche s’applique à montrer combien son slogan sied à l’ESS: "nous, c’est l’humain d’abord".

Ce jour-là, il s’agissait surtout de gagner le cœur de ces "corps intermédiaires" qui, selon le président de la République au meeting de Marseille du 19 février dernier, "s'interposent parfois entre le peuple et le sommet de l'Etat (...)" et "en vérité, confisquent la parole des Français". Le combat de la campagne électorale a donc résonné dans toute la salle, lorsque François Hollande a lancé haut et fort: "Je crois aux corps intermédiaires", avant que Robert Rochefort n’emboîte le pas.

L’économie sociale est solidaire sortirait-elle de l'ombre? C’est ce qu'espèrent en tout cas les 2,3 millions de personnes salariées du secteur, qui souhaitent profiter de cette élection présidentielle pour mettre en place une campagne de publicité en leur faveur. Les propositions émises pourraient effectivement participer à l’essor de l’économie sociale.

Mais le manque de chiffrages précis du financement de l'ESS par les prétendants à la fonction suprême laisse craindre leur désertion, aussitôt que la crise dictera les conditions de la rigueur budgétaire. Reléguant ainsi l’économie sociale et solidaire à un sujet de campagne accessoire.

D'un autre côté, cette austérité potentielle sera aussi un défi pour l'ESS, qui devra prouver que son modèle économique peut se passer de subventions publiques, tout en poursuivant un objectif social.

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