
[Mise à jour: Vladimir Poutine a été élu à la présidence de la Russie le 5 mars 2012, dès le premier tour, avec environ 64% des voix. Celui qui a déjà effectué deux mandats (2000-2008) restera au pouvoir jusqu'en 2018. L'opposition et des ONG russes dénoncent déjà de nombreuses fraudes électorales.]
Par moins 14°C en plein centre-ville de Moscou, Anastasia Karimova fait sensation en bikini bleu turquoise, une pancarte à la main. "Le froid n'est pas terrible", peut-on lire -du moins si l'on parle russe. Une drôle de manière d'appeler les citoyens à manifester dans les rues, en pleine période présidentielle. Cette photo, prise début février, reflète parfaitement la personnalité et le tempérament de la jeune journaliste, blogueuse sur Youphil.
"Oui, on peut dire que je suis culottée, s'amuse-t-elle, dans un français hésitant, après avoir vérifié sur internet la traduction exacte. J'aime provoquer les gens avec humour, sans les agresser."
Correspondante pour le quotidien économique indépendant Dengi, elle écrit principalement sur les sujets sociaux et politiques. A 23 ans, la jeune femme est également militante au sein de plusieurs partis d'opposition et participe aux manifestations anti-gouvernementales. "A 16 ans, j'ai compris que la télévision était directement contrôlée par le Kremlin et les informations validées au préalable. Une situation anormale", qui l'a poussé à s'engager politiquement.
Manifs, famille et rock'n'roll
"Ma grand-mère, mon beau-père et ma mère participent aussi à des meetings. Ils sont fatigués de toute cette corruption." Une affaire de famille donc. Mais en Russie, toute opposition est fermement réprimée et comporte des risques. "Je ne pense pas inquiéter le pouvoir. D'autres journalistes frappent beaucoup plus fort que moi." Elle garde tout de même en tête les témoignages d'amis, victimes de violences ou de pressions de la part des autorités russes. L'un d'eux, dit-elle, est resté deux mois à l'hôpital.
A l'écouter, on en oublierait presque qu'Anastasia n'a que 23 ans. "J'aime aussi m'amuser, faire du fitness, patiner sur la glace ou encore danser dans les bars sur de la musique rock'n'roll, s'exclame-t-elle en prenant l'accent anglais. Mais c'est vrai que pour moi, le meilleur des loisirs reste de participer aux meetings."
Fille unique, elle aime cette sensation de faire partie d'un mouvement, d'un groupe même minoritaire. De ses différents voyages, des Etats-Unis à l'Australie en passant par l'Europe, elle retient surtout la découverte de diverses sociétés et mentalités tout en étant consciente d'être privilégiée, dans un pays où le chômage touche fortement les jeunes et les femmes.
"Plus tard, je voudrais faire de la politique"
Notre blogueuse doit ce goût prononcé pour la politique à son beau-père. "Chaque matin, il nous lisait des articles issus de médias indépendants et m'a fait découvrir un nouveau monde passionnant, celui de la politique", se souvient la jeune femme. Née en Ukraine, Anastasia a passé la plus grande partie de sa vie à Moscou. A 16 ans, elle termine comme tout jeune russe ses études secondaires et entre alors à la faculté de journalisme.
"Je resterai journaliste tant que notre tsar Poutine sera au pouvoir. Après, et seulement après, je me lancerai peut-être en politique." Aujourd'hui, la législation ne permet pas de créer de nouveaux partis sans l'accord du Kremlin. "Ce n'est pas possible de réaliser une carrière sérieuse aujourd'hui", poursuit la jeune femme, lucide.
Mais cela ne l'empêche pas d'y penser et de rêver du Parlement. "Je ne cherche pas à faire une carrière ou à devenir un leader, admet Anastasia. Mais plutôt être l'adjointe d'un politique." Son discours est déjà bien rôdé: "Il faut diminuer les dépenses de l'armée qui représentent près de 20% du budget de la Russie. Il n'y a pas assez d'argent consacré à la santé publique."
Comme toute politicienne qui se respecte, elle cultive ces contacts, aidée par son métier de journaliste. "J'ai même des amis membres des partis pro-gouvernement. Pour moi, ils ne sont que des opposants, pas des ennemis."
Observatrice bénévole
Anastasia Karimova représente cette nouvelle génération qui prône le dialogue et le changement. "Le temps des grandes idéologies est passé, place au temps des décisions concrètes." Ses amis étrangers croient fort en ce réveil russe. "Il faudra être patient. Ce n'est que le commencement", relativise-t-elle.
Le 4 mars, jour de vote, elle a fait partie des 10.000 observateurs présents dans les centres de vote de Moscou. Par leur présence, ces bénévoles veulent s'assurer d'"une victoire honnête de Poutine". "Cette bataille est peut-être perdue d'avance mais les suivantes peuvent être gagnées et une fois que Poutine sera de nouveau président, nous irons dire la vérité aux citoyens russes." Cette fois-ci, peut-être pas en maillot de bain...
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