François Hollande: "je veux que les jeunes vivent mieux que leurs aînés"

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Youphil.com s’est associé à Emmaüs France pour interpeller les candidats à la présidentielle sur leur programme de lutte contre les exclusions sociales. Revivez la rencontre avec François Hollande.

[Mise à jour du 6 mai 2012: François Hollande a été élu président de la République française face au président sortant Nicolas Sarkozy avec 51,62% des voix contre 48,38%]

> QG de François Hollande, dans le 7e arrondissement de Paris, lundi 27 février.

Si François Hollande n’est pas encore président, il en a déjà l’allure. Costume sombre bien ajusté, port altier et visage grave, il rentre d’un pas décidé dans la salle de presse de son nouveau QG, un bâtiment de quatre étages en face de l’Unesco, dans le 7e arrondissement de Paris.

Suivi de Marisol Touraine, chargée des questions sociales et de santé, il sert la main à la dizaine de personnes présentes dans la salle. Une gymnastique quotidienne depuis quelques semaines.

Sérieux, le candidat n’en perd pas son sens de l’humour et se fend même d’une boutade sur ces locaux, qui sont aussi ceux de l’ancien Haut commissariat aux Solidarités actives: “Je suis dans un centre Emmaüs, on a squatté, c’est bien ça?, lance-t-il, amusé, au président d’Emmaüs France, Christophe Deltombe, venu lui faire connaître les propositions de l’association. Un clin d'oeil à l'ancien occupant des lieux, Martin Hirsch, qui fut également à la tête d'Emmaüs France.

> Regardez l’interview de François Hollande réalisée par Emmaüs France:

A l’aise dans son nouveau costume de présidentiable, François Hollande n’a pas toujours fait rire. L’ancien Premier secrétaire du Parti socialiste a longtemps été décrié après la défaite de Lionel Jospin à l’élection présidentielle en 2002. Beaucoup l’ont également accusé de ne pas avoir empêché les socialistes de se déchirer après la défaite de 2007 et le désastreux congrès de Reims.

Depuis sa victoire à la primaire socialiste le 16 octobre 2011, le député de Corrèze se veut rassembleur. Il a pris en compte quelques idées de ses opposants à l’élection interne. Par exemple, il met en avant la nécessité d’augmenter les sanctions contre l’inégalité salariale entre hommes et femmes. Une idée chère à Martine Aubry. De plus, il propose désormais la séparation des activités spéculatives et d’investissement des banques, pour reprendre le crédo d’Arnaud Montebourg.

Celui à qui Martine Aubry a reproché à demi-mots de symboliser la “gauche molle” veut se défaire de cette image qui lui colle aujourd’hui encore à la peau. On l’a beaucoup accusé de vouloir maîtriser le plus possible son apparence, comme l’a suggéré son régime spectaculaire. Il est vrai que sa maquilleuse le suit comme son ombre, prête à dégainer ses pinceaux à la moindre brillance sur le front.

Mais, contrairement à François Bayrou qui met en scène son destin présidentiel et s’affiche en solitaire sur les murs de son QG, le candidat socialiste préfère montrer des visages de Français de tout âge, dans leur quotidien, dans son QG. Des portraits en gros plan, immenses, barrés d’un slogan: “le changement, c’est maintenant”.

Solidarité intergénérationnelle

Le centre de son projet, il ne cesse de le marteler, ce sont les jeunes: “Je veux que la génération qui vient vive mieux que la nôtre”, déclare-t-il. Plus encore, François Hollande prend l’engagement de diviser par deux le nombre de jeunes qui sortent du système scolaire sans qualification.

Le candidat décrit une armada de mesures pour atteindre cet objectif: créer 60.000 postes dans l’Education nationale, réformer la formation des professeurs, améliorer le système des bourses sur critères sociaux, multiplier les contrats d’insertion ou encore créer 150.000 “contrats d’avenir”, nouvelle version des “emplois jeunes” de Martine Aubry.

Sans relâche, il brandit sa marotte, le “contrat de génération” visant à exonérer de charges l’embauche en CDI d’un jeune “accompagné d’un salarié plus expérimenté, qui sera maintenu dans l’emploi jusqu’à la retraite”. Une sorte de solidarité intergénérationnelle, selon lui.

Mais en face de ces propositions pour les jeunes, le candidat reste plutôt timide sur la question de la dépendance des personnes âgées. Il se contente, comme Nicolas Sarkozy, de promettre une réforme pour apporter des solutions, notamment financières, à ce problème qui touche, en 2012, près d’1,5 million de personnes.

Son programme mérite encore d’être précisé. Ce dernier indique par exemple qu’une partie des financements accordés par la Banque Publique d’Investissement (BPI) qu'il veut créer doit être consacrée à l’économie sociale et solidaire (ESS), sans plus de détails.

“Une branche de la BPI sera une banque pour les associations, précise François Hollande en réponse à nos interrogations, nous devons aussi faire en sorte que l’ESS accède davantage aux marchés publics et qu’il y ait même une obligation qui soit faite à tous les donneurs d’ordre pour qu’il y ait une part de l’activité qui soit confiée à l’ESS”. Une proposition qui rejoint celles de Corinne Lepage et de Jean-Luc Mélenchon.

Pas de chiffres sur l’aide au développement

Autre omission dans les propositions du socialiste, le chiffrage de l’aide publique au développement. L’absence de précision était volontaire: “Je n’ai pas donné d’objectif chiffré (…). Nous avons des contraintes budgétaires, donc je veux que l’aide publique au développement puisse être une aide sur des projets, de façon à ce que l’on évite le bilatéralisme d’Etat à Etat, et une forme de gâchis de fonds publics”.

Il veut ainsi inclure “des intermédiaires comme des ONG ou des entreprises qui répondront à des projets”. Au risque de laisser la place aux bailleurs de fonds chinois, ou du Proche-Orient, comme le craignent beaucoup d’ONG? “J’en suis conscient. [...] Nous devons donc faire de cette aide au développement aussi un levier pour nos entreprises et pour celles qui ont vocation à se développer dans les pays concernés.”

François Hollande évoque dès le premier chapitre de son programme (comme beaucoup de candidats), le “redressement de la France”, en promettant l’équilibre budgétaire en 2017, et la réduction du déficit public à 3% du PIB en 2013.

Son projet prône tout de même des dépenses supplémentaires comme la fin du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux ou encore 25% d’augmentation de l’allocation de rentrée dès 2012.

Même s’il affirme financer ces dépenses en partie par une réforme fiscale, l’UMP et le Modem taxent celui qui a déclaré la guerre à la “finance folle”, d’"irresponsable”. Le candidat socialiste devra encore beaucoup lutter pour déconstruire l’idée d’une gauche qui accroît les dépenses de façon débridée. Et prouver qu’il ne compte pas dépenser sans compter.

> Pour en savoir plus sur le programme de François Hollande, découvrez notre zoom sur 5 mesures phares de son projet présidentiel.

Cet article a été réalisé dans le cadre d'un partenariat avec Emmaüs France. Retrouvez leur campagne Mobilisons nos voix.

> Retrouvez les interviews des autres candidats:

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