La sortie de crise "Made in Bayrou"

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> QG du Modem et de la campagne de François Bayrou, près de l’Assemblée nationale à Paris, le 21 février.

Même si les intentions de vote le placent toujours en quatrième position derrière Marine Le Pen au premier tour, François Bayrou ne cesse de le revendiquer: la troisième voie, c’est lui. Et le candidat centriste a l’intention ferme de faire du Mouvement Démocrate (Modem) un parti de gouvernement.

Pour 2012, il propose de “redresser le pays” en le sortant du surendettement, en encourageant le “fabriqué en France” et en mettant le paquet sur l’éducation. Seule cette reconstruction de la France en trois axes, associée au renforcement de l’école, des aides à l’insertion et de l’accès au logement peut “nous permettre de lutter contre les poches de pauvreté”, scande le député des Pyrénées-Atlantiques, le discours bien huilé.

Son QG de campagne, logé dans les murs du siège du Modem dans le 7ème arrondissement de Paris, en jette: un grand bâtiment blanc immaculé de trois étages, dont les fenêtres ont même des petits stores “orange Modem”.

Au deuxième étage, une quarantaine de jeunes bénévoles ou employés fourmillent entre plusieurs open-space immenses à la moquette bleu roi. Les “geeks de la campagne web” et les relations presse d’un côté, l’organisation de la campagne de terrain de l’autre, nous explique-t-on. 

Le candidat dispose même d’un pôle création: un petit studio de montage où trois ou quatre personnes éditent photographies, affiches et vidéos de campagne.


Des clichés de François Bayrou sont d’ailleurs placardés un peu partout. Elles mettent en scène la campagne du candidat centriste: en train de discuter avec un ouvrier, dans un laboratoire de recherche, de dos face à son public lors d’un meeting, ou encore assailli par les caméras. Une autre image le montre à contre-jour, de dos, regardant par la fenêtre d’un cabinet ministériel, dans une posture d’homme providentiel qui se prépare seul à assumer son destin.

Mais la posture de prédilection du troisième homme de 2007, c’est celle du centre. Depuis toujours, il affiche sa volonté de dépasser le clivage traditionnel entre la droite de l’UMP et la gauche du PS, même si l’ancêtre du Modem, l’UDF (Union pour la démocratie française), était historiquement rattaché à la droite, et qu’il a été ministre de l’Education du gouvernement d’Alain Juppé entre 1993 et 1997. Ce qui ne l'empêche pas, dans toutes ses interventions médiatiques, de toujours fustiger ses deux principaux adversaires: Nicolas Sarkozy et François Hollande.

En ces temps de quasi-récession économique, François Bayrou prétend être le seul à mettre la crise au coeur de la campagne."La France coule!", tonne le candidat, qui prévient: s'il est élu, il bloquera toute dépense supplémentaire pendant les deux premières années du mandat.

> Regardez l'interview réalisée par Emmaüs France:

Lorsqu’on lui demande comment il compte travailler avec les associations, il vante leur mérite et promet “une politique nouvelle de reconnaissance des associations”. Mais si on l’interroge sur les moyens concrets qu’il souhaite mettre en place, il répond tout net: “Si vous pensez qu’à toute politique désormais, il va falloir mobiliser des budgets supplémentaires, vous pouvez à mon sens tirer un trait sur ces attitudes là!”.

Une allusion à peine dissimulée à son adversaire de gauche, François Hollande, qui veut notamment créer 60.000 postes dans l’Education nationale.

S’il reconnaît que “l’économie sociale, le mutualisme, la coopération jouent un très grand rôle”, le candidat du Modem ne propose qu’un moyen pour les soutenir: “en parler”!

Du “Made in France” à l’alliance avec les pays émergents

Beaucoup ont raillé sa proposition phare “Made in Bayrou”: la mise en avant du “fabriqué en France”, notamment par la création d'un label. Ce slogan est décliné sur tous les murs du QG. Encore une fois, d’un bout à l’autre du spectre politique et dans des proportions différentes, tous les impétrants mettent la “préférence nationale” économique en avant.

Que ce soit par la taxe de 3% sur les importations de Marine Le Pen, le “protectionnisme intelligent” de Nicolas Dupont-Aignan, la TVA “anti-délocalisation” de Nicolas Sarkozy, ou encore la proposition de François Hollande de rembourser les aides publiques pour les entreprises qui délocalisent, tout le monde promet d’engager la ré-industrialisation de la France.

Néanmoins, François Bayrou ne veut pas que la France se ferme et prône même “une alliance entre l’Europe et les pays émergents” à travers un “sommet Union Européenne BRICSdans ses “20 propositions pour redresser le pays”, publiées le 1er février dernier.

Plus que d’autres, il met en avant la “dangerosité du sous-développement de l’Afrique”. C’est pourquoi il veut transférer 10% des recettes d’une taxe sur les transactions financières “à l’aide aux plus pauvres dans les pays qui nous entourent et en France”.

Mais l’ancien professeur agrégé de lettres n’a pas le temps de développer ce point, notre bref entretien se termine déjà. Le candidat court aussitôt à une autre réunion avec ses conseillers. Non sans avoir pris le temps au préalable de demander avec insistance les scores des derniers sondages à l’une de ses collaboratrices.

Cet article a été réalisé dans le cadre d'un partenariat avec Emmaüs France. Retrouvez leur campagne Mobilisons nos voix.

 
Photos: QG de François Bayrou, le 21 février. Crédit Photo de Une: Emmaüs France. QG: Elodie Vialle.

 

> Retrouvez les interviews des autres candidats:

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