Qu'est-ce-que l'innovation responsable?

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En France, l'innovation responsable est trop souvent confondue avec l'innovation sociale, rappelle Xavier Pavie, directeur de l’Institut Service Innovation et Stratégie de l'ESSEC.

Quand François Rabelais affirmait au XVIe siècle dans Pantagruel que "science sans conscience n’est que ruine de l’âme", pouvait-il imaginer que, cinq siècles plus tard, cette question serait à la pointe de l’actualité?

Le faisait-il en prévention de son quasi-contemporain Descartes qui, lui, allait lancer le siècle dans la modernité en proposant de se rendre "comme maître et possesseur de la nature"?

C’est bien de ces deux dimensions proposées par Rabelais et Descartes qu’il faut partir pour comprendre ce qu’est l’innovation responsable. En cela, il faut se différencier tout à fait d’une compréhension de la responsabilité entendue comme sociale.

En France notamment, l’innovation responsable est très souvent confondue avec l’innovation sociale ou sociétale, dont l’enjeu est d’innover pour mieux appréhender les problématiques des populations les plus défavorisées.

L’innovation responsable est différente, car elle ne pose pas la responsabilité comme une finalité. Au contraire, elle considère que la responsabilité doit être présente au-delà de ces questions. Ainsi, la responsabilité ne doit pas être l’apanage des innovations sociales, car si la nécessité de ces dernières ne fait aucun doute, elles restent par nature en-deçà des innovations pour le "grand public".

Or, c’est bien auprès de ces standards que la responsabilité doit s’appliquer, dans les finalités comme dans les processus. Il faut bien noter qu’une innovation sociale n'est pas elle-même responsable. On peut ainsi imaginer qu’une voiture à bas prix pour un accès facile soit fabriquée avec des matériaux polluants.

L’innovation responsable n’a pas pour ambition de s’arroger des questions sociales, ni même de dire comment être innovant face à ce genre de problématique. Elle n’est pas la recherche en soi de l’amélioration de l’environnement, de la santé humaine, des conditions de travail, mais l’intégration de toutes ces dimensions quelle que soit l’innovation.

Elle a pour prétention de s’inviter dans les processus d’innovation de l’ensemble des organisations, pour jauger la question de la responsabilité, dans l’industrie comme dans les services, dans les technologies de pointe comme dans la manufacture de base.

Le but est d’intégrer, tout au long des processus d’innovation, de la conception à la mise sur le marché, des mesures favorisant le respect de l’environnement, l’utilisation de matériaux non polluants, le tri des déchets, le recyclage, la protection des ouvriers, des clients, des collaborateurs, etc. C’est aussi de prendre en compte celui qui sera directement impacté par l’innovation.

Comment innover de façon responsable?

Si le processus de l’innovation responsable s’érige en plusieurs étapes définies et structurées, il peut être néanmoins résumé autour de trois axes qui permettent de comprendre concrètement cette notion et d’identifier.

1. La pertinence des répondre aux besoins des individus
L’innovateur doit questionner les besoins, mais également la pertinence des réponses à y apporter. Si l’individu est par nature poussé à innover, c’est parce qu’il est continuellement insatisfait. Rien ne semble pouvoir rassasier sa soif de consommation et de possession.

Les équipes marketing s’efforcent en permanence, légitimement, de détecter les besoins d’aujourd’hui et de demain et d’apprécier s’ils constituent un marché justifiant de s’y investir. La question est surtout: faut-il toujours répondre à ces besoins, sous couvert de développements financiers?

2.  Anticiper les conséquences de nos innovations

Il faut questionner les impacts directs de nos innovations sur leurs bénéficiaires. Cette question est en lien avec l’incertitude indissociable de la mise en œuvre de toute innovation, succès ou échec. Elle est aussi liée à l’incapacité à anticiper les comportements de produits ou services, à plus ou moins long terme, sur la santé de l’utilisateur comme sur son mode de vie.

En tant qu’entreprise, il s'agit par exemple de se demander quelles sont les incidences pour les consommateurs des cigarettes ou des alcools que je commercialise, ou les incidences des ondes sur les clients de mes téléphones portables, réseaux wifi ou lignes à très haute tension. Il convient d’aborder ces questions avec une certaine maturité, en dépassant les simples limites économiques court-termistes de l’entreprise.

3. Poser un regard sur les conséquences indirectes de nos innovations sur les modes de vie pour la société dans son ensemble

Une innovation a des impacts qui dépassent le cadre d’où elle a émergé. Nous devons intégrer l’idée que nous interagissons tous les uns avec les autres. Ainsi, le lancement d’une innovation peut avoir un impact sur ses clients, mais aussi sur les non-clients. Ce degré de responsabilité nécessite une certaine maturité. Il faut être capable de rendre des comptes à quelqu’un qui semble se trouver en dehors du champ de nos actes.

Ainsi, un nouvel avion plus rapide et plus puissant, dégageant des nuisances sonores importantes, n’a pas à estimer uniquement les conséquences sur le personnel de bord, sur le personnel au sol et sur les clients. Ses nuisances impactent évidemment les riverains, tout comme l’écosystème des aéroports.

Pour conclure, l’innovation responsable c’est faire preuve d’une maturité, d’une sagesse quant à la nécessité certes d’innover, mais pas à n’importe quel prix. L’innovateur doit comprendre son rôle, son impact dans la cité, sur les citoyens.

La proposition de l’innovation responsable est donc celle-là: innover conformément à des processus qui s’articulent autour de la performance et du leadership mais tout autant conformément à des méthodes qui préservent l’intégrité de son écosystème ainsi que le soulignent les trois axes mentionnés.

 

> Cet article a initialement été publié dans la Lettre professionnelle “Tendances de l’innovation sociétale” N°30 du 10 février 2012.

 

>Crédit photo: Flickr/HoriaVarlan.

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