2012, l'année de tous les possibles

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2012 est là, et même bien là. L'année de tous les possibles en terme d'innovations sociétales, espérons-le, après une année 2011 plus moribonde.

C’est la dernière occasion de se retourner sur l’année 2011. Une année complexe, paradoxale, excessive, extraordinaire, exaltante, exigeante… De quoi rester optimistes, a fortiori après l’immersion dans les tendances de l’innovation sociétale 2012 que vous trouverez dans ce numéro de notre Lettre professionnelle.

Revenons néanmoins sur deux événements passés presque inaperçus en France et qui participent au clair-obscur actuel, dans lequel le meilleur et le plus éclairé côtoie le plus sombre.

Amiante et politique

Du côté obscur, la décision sidérante, prise par le gouvernement conservateur au Canada, de favoriser les exportations d’amiante notamment vers l’Inde, son principal client pour cette fibre mortelle [1]. Un choix politique qui vient s’ajouter à une autre annonce désolante: le retrait du Canada du protocole de Kyoto.

Alors que l’utilisation de l’amiante est interdite au Canada et que ce même gouvernement dépense des millions pour le désamiantage des bâtiments du Parlement, il a signé un accord de partenariat économique global avec l’Inde en décembre 2011 qui élimine les droits d’exportation de l’amiante vers l’Inde.

Cynisme ordinaire, appuyé par le fait que le Canada a saboté en juin 2011 le consensus international d’inscription de l'amiante comme substance dangereuse en vertu de la Convention de Rotterdam. Le comble est que l’Inde s’est prononcée en faveur de l’inscription…

Et pour cause: le Canada protège une industrie historique et des emplois – pour combien de temps encore? –  dans des mines à ciel ouvert entre Montréal et Québec, et l’Inde utilise encore beaucoup de ciment mélangé à l’amiante, pour la construction à bas coût. Avec des risques réels d’éclatement des plaques de ciment et d’échappement des fibres d’amiante dans les habitations indiennes, dotées de plafonds bas et surchauffées par la cuisine sur feu de bois ou au charbon à l’intérieur des maisons [2].

La "mission" d'un industriel

Du côté clair, un entrepreneur de la veine des grands, qui aurait sûrement plu aux conservateurs canadiens, tant son entreprise a réussi, sur tous les plans. Mais Ray Anderson, ingénieur et fondateur de la société Interface, décédé en août 2011 a aussi été un pionnier, à partir du milieu des années 90. L’industriel le plus radical en faveur de l’écologie

Profondément convaincu après une nuit à lire L’écologie du commerce de Paul Hawken, il n’a eu de cesse de dénoncer les industries polluantes, la sienne en premier lieu, répétant souvent qu’il n’aurait pas été surpris d’aller un jour en prison.

Leader mondial de la moquette en dalle, coté au Nasdaq et rendant heureux ses actionnaires exigeants, qui au début ont cru qu’il perdait la tête, cet homme très admiré par ses salariés a œuvré pendant plus de 15 ans pour réduire drastiquement l’impact environnemental de ses activités.

Avec des résultats impressionnants: réduction dans des proportions "radicales", parfois plus de 80%, du CO2, des déchets, de la consommation d’eau, développement des énergies renouvelables pour couvrir 30% des besoins du groupe, etc. Il a réussi à transformer l’une des activités les plus consommatrices en dérivés du pétrole en une activité potentiellement sans pétrole à horizon 2020, baptisant ce défi la "Mission zéro", avec des solutions comme le recyclage de filets de pêche pour récupérer la matière plastique de base.

2012, année de tous les possibles? C’est une certitude, car chaque année apporte son lot d’avancées. Et si, pour sortir du débat “pessimistes contre optimistes”, nous donnions un sens moderne au mot "possibiliste", sans référence particulière aux possibilistes politiques, ces socialistes français modérés de la fin du 19e? Car comme le prouve le parcours de Ray Anderson et de ses équipes, une autre voie est possible, avec vision et détermination. On s’y reconnaît volontiers.


1/ En 2010, le Canada a exporté 70.000 tonnes d'amiante vers l'Inde, soit plus de la moitié de ses ventes internationales. Cela représente 20% des importations indiennes d'amiante, évaluées à 350.000 tonnes. Source: le Devoir.com
2/ Lire un très bon article dans The Globe and Mail, traduit dans Courrier International.

Cette tribune est extraite de la Lettre professionnelle n°28 de Youphil, une publication quinzomadaire destinée aux décideurs engagés.

Crédit photo: danielmoyle/Flickr

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