Après le Printemps arabe, une "Twitter #Revolution" en Russie?

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Le parti de Vladimir Poutine a de nouveau gagné les élections législatives en Russie. Mais l’opposition poursuit son action de protestation dans la rue… et sur les réseaux sociaux.

"Regarde cette vidéo! Falsification!", "Dans mon bureau l'opposition gagne largement!"... Dimanche 4 décembre, les smartphones ont crépité, en Russie. Les jeunes engagés - parfois journalistes, parfois militants politiques, souvent simples citoyens - s'envoyaient des tweets et des SMS pour mobiliser la population et percer le "mur de la censure".

Un peu plus tard, le soir, la présentatrice de la soirée électorale annonçait 47% pour Russie Unie. A minuit, son score était déjà de 49% et la majorité à la Douma (chambre basse du Parlement russe) acquise. Le parti de Vladimir Poutine tarde pourtant à crier victoire. La faute aux 49% - pire score du parti depuis 1999 - péniblement obtenus tard dans la nuit du 4 au 5 décembre 2011.

La faute aussi à une large mobilisation de l'opposition et des "citoyens ordinaires" qui ont dénoncé les falsifications sur Twitter, Facebook, Vkontakte (équivalent de Facebook en Russie), Livejournal, Youtube... et qui n'hésitent pas à continuer leur action dans la rue. Twitter #Revolution?

Le lendemain, la société civile russe se réveillait avec la gueule de bois. Mais la déception a vite laissé place à l'action. Le ras-le-bol de ces "nouveaux citoyens" (selon l'expression du magazine russe Express) s'est déversé dans la rue pour créer les plus importantes manifestations depuis les années 1990.

Twitter, Facebook et Vkontakte…

Une partie de la population a vu dans le retour de Poutine au pouvoir une impasse, une impossibilité de changement et de modernisation pourtant promise pendant quatre ans par Medvedev. Du coup, le pouvoir a lui-même généré l'envie d'aller voter contre lui. S'appuyant sur le mécontentement de cette "nouvelle classe moyenne", jeune, mobile et connectée, l'opposition russe a lancé dès septembre une vaste campagne "contre le parti des escrocs et voleurs" (surnom donné à Russie Unie par les blogueurs).

Les blogueurs et journalistes indépendants ont fait passer le message sur Twitter, Facebook, Vkontakte et d’autres réseaux: "Votez pour tout sauf Russie Unie". L'avocat anti-corruption et nationaliste "modéré" Alaxei Navalny a même lancé un concours sur son blog pour élire le meilleur clip contre le parti du pouvoir. En quelques jours, il a reçu plusieurs propositions moquant Russie Unie et ses leaders.

Une mobilisation des ONG

Golos, l'ONG en charge de l'observation des élections, a lancé, en partenariat avec le média en ligne Gazeta, un site s'intitulant "La carte des infractions". Le jour du vote, malgré de nombreuses coupures causées par des attaques de hackers, ce site a recensé plus de 7000 infractions au code électoral! Des vidéos montrant les falsifications et les bourrages des urnes ont aussi rapidement circulé sur Youtube, finissant par convaincre 15.000 personnes de se rendre à la manifestation organisée le 5 décembre dans le centre de Moscou.

Révolution ou désillusion?

Le pouvoir a répondu par la force. Lors des trois premiers jours, près de 1000 personnes ont été arrêtées dans toute la Russie. Aujourd'hui, la majorité d'entre elle est derrière les barreaux pour purger des peines allant jusqu'à 15 jours de prison ferme. Une bonne tactique pour éviter les nouvelles mobilisations.

Internet a donc été un outil essentiel pendant ces premiers jours de "fièvre révolutionnaire" à Moscou, Saint-Pétersbourg et ailleurs. Mais tous les Twitters, Facebook et autres Youtube ne sont, au final, que des relais permettant de mobiliser et de contrer la censure. Selon une carte postée sur Yandex Maps (l'équivalent russe de Google Maps), le samedi 10 décembre doit marquer la plus grande journée de mobilisation puisque des manifestations sont prévues dans 78 villes. A Vladivostok et à Kazan, à Volgograd et à Samara, mais aussi à l'étranger, à Prague, à Kiev et même à Paris, des jeunes et des moins jeunes demandent l'annulation des élections, la libération des militants et la tenue d'un scrutin démocratique. Leur victoire pourrait signifier une nouvelle ère pour la Russie. Leur défaite, si elle s’accompagne d’une répression terrible, pourrait, en revanche, renvoyer le pays trente ans en arrière.

Photo: Manifestation en Russie Crédit Photo yaroslavn

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