
Il y a tout juste deux ans, le monde se passionnait pour la crise climatique et les négociations de l’ONU à Copenhague. Or, les négociations se sont ouvertes il y a une semaine à Durban, en Afrique du Sud, dans une quasi indifférence, alors même que la crise climatique s’intensifie: les niveaux d'émissions sont aujourd'hui plus hauts que les pires scénarios publiés par les scientifiques il y a à peine quatre ans.
Que s’est-il passé? Il y a eu l’échec honteux de Copenhague, avec une Europe divisée et incapable de peser face aux Etats-Unis et à la Chine. Il y a eu, ensuite, l’offensive et les mensonges des climato-sceptiques. Il y a enfin la légèreté des responsables politiques, à l’image de Nicolas Sarkozy. Il y a deux ans, la crise climatique était selon lui le défi majeur de l’humanité pour le XXI siècle. Quelques mois après, il sacrifiait la contribution climat énergie pour calmer sa majorité, échaudée par son échec aux élections régionales. Un reniement qui décrédibilise tout autant le défi du climat que la parole politique.
Le Grenelle de l'environnement, un échec
Après les envolées lyriques, la France est désormais dans le ventre mou du peloton dans la lutte contre les changements climatiques. La baisse de ses émissions de gaz à effet de serre est toujours loin de ce que recommandent les scientifiques. Pire, le gouvernement prend des décisions irréversibles, qui engagent l’avenir de la France pour des décennies, à l’image de la construction effrénée de routes et d’autoroutes. La promesse du Grenelle a non seulement été oubliée, elle a été sacrifiée et piétinée.
Si la France recule quant à la protection du climat sur son territoire, elle déserte également la scène européenne. Notre devoir serait d'emmener l'Union Européenne sur la voie de l'exemplarité, en s'engageant pour que soit pris l'objectif de réduction des émissions de 30% d’ici 2020, contre les tenants de l’immobilisme, qui veulent préserver un objectif médiocre de 20% devenu un véritable boulet dans les négociations internationales. La France a le poids politique nécessaire pour faire basculer l’Europe dans le camp des progressistes mais elle préfère le statu quo.
Quelle ironie quand on sait que, dans son grand plan d’intoxication du débat public sur le nucléaire, l’UMP utilise à tour de bras l’argument de la protection du climat. Si on en croit la majorité gouvernementale, les citoyens doivent choisir entre la menace nucléaire et la menace climatique. Nicolas Sarkozy, lui, a choisi… les deux. Il veut réinvestir dans le nucléaire et refuse l’objectif de 30% pour l’Europe comme pour la France. Les écologistes proposent un chemin énergétique et industriel qui nous préserve de ce dilemme.
La crise économique ne doit pas nous amener à détourner notre regard de ses négociations climatiques. Les rapports se succèdent et le prouvent: une politique maitrisée de lutte contre les changements climatique, d'adaptation des territoires et de transition pour nos villes et nos économies peut-être créatrice d'emplois et porteuses d'une nouvelle prospérité. La France peut jouer son avenir industriel en faisant le pari de l'efficacité énergétique.
La prolongation du Protocole de Kyoto
La justice climatique doit être au cœur de ce changement de civilisation. Il s'agit à la fois d'une nouvelle justice sociale, ne pas faire peser sur les plus démunis la nécessaire mutation en s'attaquant par exemple de manière décisive à la précarité énergétique. Mais c'est aussi faire le choix de la justice environnementale: refuser que la fracture écologique soit la source des nouvelles misères et des nouveaux conflits, par exemple en offrant une véritable protection aux réfugiés climatiques.
Un nouvel horizon peut naître, qui ne met pas en danger l'avenir des générations futures, et nous met sur la voie d'une sortie de crise par un changement de modèle. Ce nouvel horizon a été défini par le Parlement européen: l’Union européenne doit soutenir la prolongation du Protocole de Kyoto et renforcer son objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Je considère l’objectif de 30% pour la France et l’Europe comme un minimum. L’Europe doit aussi être force de proposition pour trouver des financements et aider les pays les plus vulnérables à faire face au réchauffement de la planète: taxons, enfin, les transactions financières. C'est aussi en remettant la finance à sa place que nous pourrons dégager les marges de manœuvre nécessaire à un futur soutenable.
Plutôt que de renoncer aux grands discours donnés à Copenhague, les chefs d'Etats et de gouvernement devraient prendre leurs responsabilités. La crise que nous traversons n'est pas simplement financière, c'est une crise globale dans laquelle déséquilibres écologiques et sociaux vont de pair. On n'y répondra par l'accumulation de pansements sur un système financier, en bout de course, mais en proposant par un multilatéralisme refondé, une véritable solidarité planétaire entre les Etats et entre les générations. Telle est la seule voie pour un monde nouveau, le courage est de la prendre dès maintenant. La planète ne peut plus attendre.
Photo: Eva Joly Crédit Photo EvaJoly2012 / Flickr













