"Venture philanthropy": décollage réussi

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Conseiller grâcieusement les ONG est une forme de philanthropie qui commence à faire ses preuves. Mais, comme l'explique Serge Raicher, président de l’EVPA, attention à rester réaliste.

Bien avant les dirigeants politiques européens, les acteurs du monde associatif et de l’économie sociale ont embrassé les principes de saine gestion et de rigueur budgétaire. Grâce à l’apport de la venture philanthropy, un nombre croissant d’ONG et d’entreprises sociales se sont structurées, leur stratégie s’est affinée et leurs organes de gestion se sont renforcés.

Déjà un milliard d’euros investis

A l’occasion de la 7ème conférence annuelle de l’European Venture Philanthropy Association (EVPA), qui s'est tenue les 16 et 17 novembre, les premières statistiques sur la venture philanthropy en Europe ont été présentées. Quasi-inconnue en Europe il y a cinq ans, la venture philanthropy s’impose comme un outil majeur dans la palette philanthropique, dépassant pour la première fois le cap symbolique d'un milliard d'euros investis.

Les bénéficiaires sont des ONG et des entreprises sociales, principalement jeunes ou en croissance. La santé et l’éducation recueillent ensemble la moitié des investissements en venture philanthropy, même si des secteurs aussi divers que l’environnement, le logement social ou la culture sont aussi concernés. En matière de population touchée, les plus fragiles sont les principaux bénéficiaires, notamment la jeunesse (18%), les exclus sociaux (14%), les handicapés (11%) ou les immigrés (10%).

Un partenariat innovant

La venture philanthropy apporte de l’argent mais aussi des conseils. Elle s’est imposée comme un véritable partenaire innovant pour les acteurs sociaux. Ainsi, près de 60% des bénéficiaires de venture philanthropy ont considéré que le support et les conseils reçus étaient plus importants que l’argent en lui-même.

Sont notamment plébiscités le conseil stratégique, l’aide à la levée de fonds et à la gouvernance, ainsi que l’accès à de nouveaux réseaux de contacts. Le partenariat ainsi créé est réel (meetings mensuels et participation au conseil d’administration dans près de 50% des cas). Il s’inscrit dans la durée (souvent 4 ans ou plus) et innove financièrement par un mix de dons, de prêts, et d’investissements en capital et quasi-capital.

Toujours plus de nouvelles initiatives

A travers l’Europe, les innovations sont nombreuses:

- A l’initiative de Michel Barnier, la Commission Européenne a lancé plusieurs projets en faveur de l’entrepreneuriat social, comme un "fond de fonds" de près de 100 millions d'euros ou le nouveau statut de "fondation européenne".

- Outre-Manche, le lancement réussi des Social Impact Bonds (SIB) est très prometteur. Le premier SIB permet par exemple à des investisseurs de percevoir des intérêts payés par l’Etat, calculés en fonction de la réussite de programmes de réinsertion d’anciens prisonniers. Ainsi, plus l’Etat économise sur le coût de la réincarcération, plus l’investisseur est rémunéré (jusqu’à 7,5% de rendement annuel).

- De son côté, la France n’est pas en reste avec le lancement de la remarquable Fondation Alpha Omega et les initiatives du Crédit Coopératif ou du Club de développement durable de l’Association des Investisseurs en Capital (AFIC).

Progresser, toujours progresser

On le sait, la phase de décollage est l’une des plus dangereuses. Le décollage réussi de la venture philanthropy est encourageant mais ne donne aucun droit à l’arrogance... sous peine "d’exploser en vol". Ainsi, nous avons encore certains écueils à éviter:

- Les relations entre investisseurs et "venture philanthropes" doivent êtres claires. L’objectif prioritaire de la venture philanthropy est l’impact sociétal. La rentabilité financière peut exister mais les objectifs en la matière doivent être réalistes.

- Les attentes suscitées chez les dirigeants d’ONG et les entrepreneurs sociaux doivent être, elles aussi, réalistes. La venture philanthropy n’est pas une potion magique, ce n’est qu’un outil.

C’est pourquoi L’EVPA vient de publier des recommandations pour la bonne pratique de la venture philanthropy. Ces grandes lignes de conduite touchent des sujets aussi fondamentaux que la transparence, l’éthique ou le respect mutuel et s’imposent aux membres de l’EVPA.

C’est en travaillant ensemble que nous progresserons et, peut être ainsi, chaque euro investi dans les causes sociétales ira un peu plus loin.

Photo de Cristian Ghe sous licence Creative Commons.

Cet article a initialement été publié en 2011.
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