Des entreprises sociales pour améliorer l'éducation chilienne

Au Chili, les étudiants se mobilisent contre une éducation qui ne donne pas les mêmes chances à tout le monde. Deux organisations proposent des solutions.

Les manifestations étudiantes au Chili ont révélé au monde entier l'inégalité de son système éducatif et une culture qui demeure inaccessible pour beaucoup. Depuis mai dernier, les étudiants réclament une éducation gratuite, publique et de bonne qualité. Le 22 septembre ils étaient encore entre 60.000 et 150.000 à défiler dans les rues de Santiago. Ces mobilisations sont considérées comme les plus importantes depuis le retour de la démocratie dans le pays.

"Il y a un problème d'équité dans l'éducation et notre organisation existe pour pallier cette brèche", explique Kristell Pfeifer, chargée de la communication d'Enseña Chile, une ONG qui forme de jeunes professeurs. "52% des étudiants des lycées municipaux [NDLR : publiques] ne parviennent pas à l'éducation supérieure", assure-t-elle.

Au Chili, seul le niveau primaire est gratuit dans le public, les études secondaires sont ensuite payantes selon un système hérité de Augusto Pinochet. Seulement 25% du système éducatif est financé par l’État. Les 75% restant reposent sur les étudiants eux-mêmes. Les mensualités universitaires se situent quant à elles entre 370 euros et 440 euros alors que la moitié des ménages du pays perçoivent moins d'environ 660 euros par mois. Une grande partie de l'enseignement est dans les mains du privé.

Kristell Pfeifer attaque aussi la qualité de l'enseignement: "Au Chili, 87% des élèves de huitième basique [NDLR: niveau équivalent à la cinquième française] ne savent pas résoudre 2+ 2 – 1.” 

L’inaccessibilité des produits culturels pèse aussi sur ce déficit de connaissances. C'est le constat du responsable des programmes de la fondation La Fuente (La Source), Claudio Aravena : "Peu d'écoles primaires possèdent une bibliothèque car les livres dans le commerce sont à des prix trop élevés. Ils sont soumis à une TVA et beaucoup sont importés car il y a trop peu de maisons d'édition nationales", assure-t-il.

"Enseigner c'est diriger "

L'objectif des deux organisations est de donner les mêmes chances à tout le monde. Pour Enseña Chile "quel que soit le système éducatif, c'est dans la salle de classe que se gagne ou se perd la partie." Elle forme des jeunes terminant leurs études pour être professeurs. Durant presque deux mois les futurs professionnels assistent à des enseignements dans les écoles, reçoivent une formation pratique et théorique et préparent leurs futurs cours. Ils sont ensuite répartis dans des écoles difficiles situées dans des quartiers "vulnérables ". Durant leurs deux premières années, un tuteur les assiste.

Le leitmotiv de la formation est "Enseñar es liderar": "Enseigner c'est diriger ". "C'est un modèle de leadership qui place le professeur comme responsable des résultats obtenus par ses élèves", explique Kristell Pfeifer. Il s'inspire d'une méthode dirigiste développée par une organisation états-unienne "Teach for America" (Enseigner pour l'Amérique), qui chaque année forme 4000 enseignants. Enseña Chile, créée en 2008, a de son coté propulsé 50 nouveaux professionnels de l'éducation. En 2012 ils seront 150 au total dans 4 régions du pays.

"Donner la soif de lire"

La fondation La Fuente, elle, se donne pour objectif "de donner la soif de lire", selon les mots de Claudio Aravena, en amenant le livre au plus proche de la population. La fondation rénove ou installe des bibliothèques là où il y a des besoins: dans les quartiers populaires, les écoles et mêmes les centres commerciaux. Dans les écoles, la bibliothèque n'est pas seulement destinée aux élèves "mais aussi aux parents, frères et sœurs, professeurs. Les horaires sont élargis et les titres proposés appropriés à tous les âges", raconte Claudio Aravena. Et comme cela ne suffit pas à gagner les zones rurales, une "bibliomobile", une fourgonnette regorgeant de bouquins, sillonne les routes du pays. L'inscription s’élève à seulement 7,40 euros.

Ces deux organisations aux méthodes et philosophies radicalement différentes ne concernent qu'une part minime de la population, loin de combler les failles de l’État. Des failles qui risquent de persister malgré l'annonce le 29 septembre du Président libéral Sebastian Piñera d'augmenter le budget de l'éducation de 7%.