Au Darfour, les ONGs en attente

Email this pageEnvoyer à un ami0CommentairesImprimer

La complexité de la situation politique et les tensions entre le président Omar el-Béchir et la communauté internationale rendent de plus en plus difficile le travail des humanitaires restés sur place.

Tous retiennent leur souffle. Scrutent le moindre signal. Depuis l’expulsion, le 4 mars dernier, de 13 ONGs * à la suite de l’arrêt rendu par la Cour Pénale Internationale (CPI) contre le président soudanais Omar el-Béchir, les organisations encore présentes au Darfour marchent sur des œufs. Les attaques de leurs bases par des hommes armés et les enlèvements de personnel se multiplient. Dernier en date, celui de deux travailleurs d’AMI (lire ici). Les kidnappings renouvelés suscitent bien sûr l’inquiétude. Et occasionnent l’élaboration de nouvelles stratégies, notamment une collaboration renforcée avec les habitants.

Face à la dégradation de leurs conditions de travail, les humanitaires tentent de prendre leurs dispositions. En évitant encore plus les déplacements inutiles par exemple.

La gestion des risques, un travail quotidien

L’ONG Triangle Génération humanitaire, qui s’occupe notamment de soutien à l’agriculture, de distribution de biens non alimentaires et d’activités liées à l’eau et l’assainissement, est toujours sur place. Dix-sept expatriés et environ 200 salariés locaux sont présents sur trois sites, près de la frontière tchadienne. Aucun départ n’est envisagé dans l’immédiat.  « L’enjeu, c’est de savoir comment faire pour rester », explique le chargé de mission Ivan Deret.

La survie des populations, en particulier dans les zones rurales, dépend entièrement de l’aide humanitaire. Néanmoins, la sécurité des équipes doit rester une priorité. « Le risque est envisagé de manière quotidienne. Tant que les nombreuses attaques de nos bases conduisent « seulement » à des pertes matérielles, on reste.» La nouvelle donne amène à adapter ses méthodes de travail : moins de personnel expatrié, plus d’employés locaux.

Chez Triangle, le recrutement du personnel soudanais auparavant employé par les ONGs expulsées est envisagé. Mais les choses ne sont pas simples au Darfour. Comme le rappelle un représentant de l’ONG Acted, un agrément du HAC (Humanitarian Aid Commission, un organisme gouvernemental) est en effet nécessaire.

L’impossible remplacement du travail des ONGs expulsées

Sur le terrain, le départ des 13 ONGs ne va pas tarder à se faire ressentir. Par exemple, à Um Dukhun, près de la frontière tchadienne, Triangle est désormais la seule ONG à assurer des activités d’eau et d’assainissement, après le départ d’Oxfam et de Mercy Corps. Les distributions du Programme Alimentaire Mondial (PAM) ont pu être assurées pour les mois de mars et avril. C’est en mai que la situation peut devenir critique.

Quant aux déclarations du président Béchir sur une nationalisation à venir de l’humanitaire au Darfour, elle laisse les professionnels du secteur sceptiques. Quel sera le relais mis en place ? Sans l’aide technique des ONGs internationales, notamment pour la formation des personnels, le projet est irréalisable. Sans oublier que le soutien des bailleurs de fond internationaux est indispensable.

Aux sièges des ONGs expulsées, c’est le silence radio. Des équipes restreintes sont encore sur place pour régler les détails pratiques, comme le solde des comptes. A Médecins Sans Frontières, officiellement, plus aucun travailleur humanitaire de la section française n’est présent. En coulisses, les discussions entre les différentes sections nationales de l’ONG vont bon train pour savoir quelle stratégie adopter. Récemment, Barack Obama faisait part de son désir de voir les ONGs revenir. Ce premier signe laisse augurer une négociation. En attendant, l’incertitude règne.

 

* Les autorités ont destitué les permis des ONGs françaises Solidarités et Action contre la Faim (ACF), de Médecins sans frontières (MSF- France et Hollande ), du Conseil Norvégien des réfugiés (NRC), des organisations américaines Care, IRC, Mercy Corps et CHF ainsi que des britanniques Oxfam et Save the Children. Trois ONGs soudanaises ont elles aussi été contraintes de cesser leur activité.

Email this pageEnvoyer à un ami0CommentairesImprimer