
"La calle es de los niños" (la rue appartient aux enfants). La phrase, suivie d'un pistolet barré, est inscrite sur plusieurs centaines de t-shirts et affiches de manifestants pacifiques qui descendent les rues étroites des barrios, les favelas vénézuéliennes de San Agustin, dans la capitale Caracas.
Depuis 18 ans, la "coordination" du même nom que la devise, organise cette grande marche en juillet. Tandis qu'à l'arrivée les enfants se jettent sur les jeux gonflables installés dans la rue, des parents distribuent des prospectus rappelant que les jeunes de ces quartiers peuvent s'inscrire gratuitement à des cours de percussions, danses, chants, apprendre à fabriquer des instruments ou encore participer à la production d'émissions télévisuelles de la chaîne communautaire.
"Dans nos quartiers, les bandes rivales s'affrontent. Nos enfants font comme seul trajet celui de l'école à la maison car la rue est dangereuse. Les activités proposées ont modifié les choses. En occupant nos enfants, nous leur évitons de traîner et de côtoyer des délinquants" raconte Grisil Cabariles, mère de 3 garçons.
La violence quotidienne
Le Venezuela est connu pour sa violence. Selon les derniers chiffres du ministère de l'Intérieur, il y a eu en 2010 trois fois plus de civils tués qu'en Irak la même année (14.000 homicides). Les efforts du gouvernement - loi de désarmement en cours de réforme, création de la police nationale bolivarienne - peinent encore à porter leurs fruits. Les habitants des quartiers de San Agustin, eux, se mobilisent.
Avec son téléphérique menant au sommet des collines, ce barrio fait figure de modèle. Quand on arrive, de grandes peintures murales, des graffitis, se dévoilent en contrebas. Ils sont les vestiges du festival de l'art urbain qui a eu lieu en avril, initiative des Conseils communaux (instances de pouvoir local dirigées par les habitants). Une vingtaine de maisons ont ainsi été décorées, donnant un nouveau visage aux constructions de moellons ocres.
Pour Hursula Pacheco, membre d'un des conseils communaux à l'origine du projet, cela permet surtout "d'instaurer le dialogue avec les jeunes." Elle espère pouvoir multiplier ce genre d'initiative. Si les habitants sont à l'origine de l'idée, le projet n'aurait pu se monter sans l'aide financière des pouvoirs publics. Hursula avoue que cette zone de Caracas bénéficie de la bienveillance de l’État socialiste car elle lui apporte un soutien indéfectible. Ce n'est pas le cas de tous les quartiers populaires.
Créer des alternatives à la délinquance
En contrebas, alors que la fête continue de battre son plein, le coordinateur de la marche des enfants, Jesùs Guzman, explique qu'"il faut démontrer aux jeunes qu'il y a des alternatives par les arts, le travail." "Dans les ateliers, nous donnons une autre éducation, nous suivons les jeunes sur plusieurs années. La violence ne se vainc pas par des actions ponctuelles" renchérit Irma Hippolyte, membre de la maison culturelle à l'origine de l'organisation de nombreux ateliers pour les enfants.
"Ce n'est pas par la répression et l'augmentation des policiers dans les rues du barrio que l'insécurité sera vaincue. La délinquance est un problème bien plus large. Il faut l'attaquer en amont" souligne Jésus Guzman. Il assure que toutes ses activités ont porté leurs fruits: "San Agustin était la seconde commune la plus dangereuse de Caracas. Plus maintenant."
Cet optimisme n'est pas partagé par tous: "Oui, j'ai toujours peur pour mes enfants", juge Malyore Garci, ses trois enfants sur les genoux. Rauduel Federzno, un jeune homme de 16 ans, va dans le même sens: "La violence, je la côtoie tous les jours. Elle affecte ma vie de famille, mes relations avec mes amis. Les Vénézuéliens s'entretuent." Il a tenu à participer à l'événement. Il accompagne un orchestre avec sa grosse caisse.
Irma Hippolyte pense quant à elle que "l’État agit mais de manière ponctuelle. Dans le centre culturel, nous suivons les jeunes sur plusieurs années." Dans un pays divisé entre défenseurs et opposants au président socialiste Hugo Chávez, l'insécurité demeure une des principales sources de débat.












