
Palavas-les-Flots, Collioure, Le Cap d’Agde… Ces noms chantent chaque année à nos oreilles dès que les cigales s’installent dans les pins parasols. Pourtant, cette région française du Sud ne se résume pas à des kilomètres de côtes aménagées pour le tourisme de masse. "Historiquement, notre région est peu industrielle, les TPE sont majoritaires et l’agriculture représente une partie importante de l’activité", détaille Benoît Holley, chargé de mission du service d’ingénierie financière et de l’économie sociale et solidaire, de la direction du développement des entreprises du conseil régional Languedoc-Roussillon.
Un profil qui explique la forte implantation de la coopération, notamment agricole. La Lozère, où la densité de population est plus faible qu’ailleurs et les habitants plus âgés, accueille de nombreuses associations du secteur sanitaire et social, employant 26 % des effectifs de cette zone. Les cinq départements qui composent le Languedoc-Roussillon sont un terreau fertile pour les acteurs associatifs, coopératifs, mutualistes qui sont devenus partie prenante du panorama économique général, représentant 10.300 établissements et 94.700 emplois.
Créer et partager
Avec un solde migratoire exceptionnellement élevé, contrebalançant une population vieillissante, le chômage est fort dans certaines zones. Mais ce dynamisme démographique est source d’échanges et d’innovation. Ainsi Replic, société coopérative d’intérêt collectif (Scic), fait de cette diversité sa philosophie. Elle réunit des associés publics et privés ainsi que les entreprises déjà créées depuis sa fondation en 2005.
Le concept de Replic est de repérer en France et à l’étranger des expériences réussies en matière d’entrepreneuriat social, pour répondre aux besoins identifiés sur son territoire en "répliquant" ces structures. Les coopératives ainsi créées sont agréées "entreprises d’insertion par l’activité économique" et intègrent dans leur fonctionnement et dans leurs activités le respect des pratiques environnementales et sociales.
Leur champ d’intervention est varié: la Feuille d’érable collecte et recycle des déchets professionnels (papier, carton et plastiques); la table de Cana, restaurant et traiteur, est aujourd’hui implantée à Montpellier et Perpignan; la plateforme de logistique urbaine d’écodistribution Label Route utilise des véhicules propres pour la livraison des centres-villes de Nîmes et Montpellier; Mobileco n’utilise que des véhicules électriques (vélos, scooters, voitures, utilitaires).
Michel Dupoirieux, directeur de l'Urscop, Aurélie Mexandeau et Martine Rossignol. L'objectif de l'Urscop est de faciliter les échanges
La pérennité économique et les possibilités d’essaimage dans les différents départements font partie des conditions étudiées lors du choix des projets.Ce concept pourrait être dupliqué à son tour, puisque l’Urscop Nord/Pas-de-Calais est actuellement en train de mener une étude de faisabilité pour importer Replic, à la demande de la Région et de la communauté urbaine de Lille.
La force des réseaux
Si le secteur tertiaire et les emplois du service public font partie des piliers économiques du Languedoc-Roussillon, l’Etat et la Région misent depuis plusieurs années sur le développement durable et "l’innovation pour tous", dans le cadre de la Stratégie régionale de l’innovation définie sous l’impulsion de l’Europe.
La Cres (Chambre régionale de l’économie sociale) siège donc au comité de pilotage. L’Union régionale des Scop participe à ces réflexions et gère par ailleurs Alter’Incub, incubateur d’entreprises sociales (lire encadré), qui est membre du réseau des pépinières régionales SynerSud.
La Cres Languedoc-Roussillon coordonne les actions des coopératives, associations, mutuelles, syndicats d’employeurs tournés vers la cohésion sociale et la création d’emplois. De ces collaborations sont nés des dispositifs régionaux constituant une chaîne de projets innovants: un porteur de projet sollicite Alter’Incub ou Replic. Pour étoffer son réseau et nouer des partenariats dans l’ESS et en dehors, c’est Coventis (Convention des entreprises d’économie sociale, co-organisée depuis 2008 par la Cres et la Région): un salon d’affaires et une plateforme Internet pour favoriser les échanges commerciaux, à l’image de la convention signée pour l’approvisionnement alimentaire des associations du tourisme associatif à vocation sociale (Unat), par la Fédération régionale des coopératives agricoles (FRCA). Le dernier dispositif en cours de lancement est la pépinière d’entreprises (prévue pour 2013), pour un accompagnement à l’issue de l’incubation.

Coventis est un lieu d'échange et un salon d'affaires destiné à nouer des liens commerciaux avec les entreprises "classiques"
Afin d’appuyer les structures déjà constituées, l’Ecole de l’entrepreneuriat en économie sociale propose des formations adaptées à leurs spécificités. Et pour la visibilité, Realis (Réseau actif pour l’innovation sociale en Languedoc-Roussillon) regroupe sous une signature commune ces actions et l’ensemble des acteurs engagés.
Un rouage de l’économie régionale
Cette approche porte aujourd’hui ses fruits: le Languedoc-Roussillon a été classé parmi les régions les plus dynamiques et innovantes de France en 2010 dans le cadre du plan national en faveur de l’ESS.
Marie Meunier-Polge, conseillère régionale, déléguée à l’économie sociale et solidaire, précise: "Au début, il m’a fallu une grande force de conviction pour faire reconnaître l‘ESS comme un secteur à part entière de l’économie régionale auprès des autres élus. Aujourd’hui, nous avons tout un réseau structuré, porté par des partenaires compétents, qui s’inscrivent dans une politique dynamique d’innovation sociale". L’objectif affiché par la région est de mettre en place les conditions de viabilité économique des structures, équilibre souvent difficile à atteindre pour les initiatives à vocation sociale, dans un contexte économique général très concurrentiel.
La région, dirigée jusqu’en 2010 par le controversé Georges Frêche, a rattaché l’ESS à la direction du développement des entreprises. "Le politique peut créer les conditions, mais rien n’est possible sans des acteurs opérationnels et compétents", reconnaît Marie Meunier-Polge. En se plaçant du côté de l’innovation sans laisser les hommes au bord du chemin, le Languedoc-Roussillon est plus fourmi que cigale!
Crédit photos: Interdépendances













