Dans les coulisses des Solidays

Ce festival solidaire mobilise plus de 1000 bénévoles de Solidarité sida. Nous avons suivi certains d'entre eux.

Pendant trois jours, le festival des Solidays s’installe à l’hippodrome de Longchamp. Quatre-vingt concerts, mais aussi des animations, des forums, des expositions ou encore des débats sont organisés pour sensibiliser au sida. Un rendez-vous proposé par l’association Solidarité sida depuis 13 ans, et porté, cette année, par 1.024 bénévoles de l'organisation. Youphil vous fait découvrir en live les coulisses de ce festival solidaire.

Vendredi midi, au cœur du festival. "Bonjour! Vous avez des consignes si vous voulez", chantonne Walid en indiquant un accès derrière le chapiteau installé au QG des volontaires. Dessous, ils sont des dizaines à déjeuner. Délimité à l'aide de bâches blanches, le QG des volontaires est le "coeur du festival".

Portant son tee-shirt noir qui le désigne comme chef d’équipe, Walid accueille les bénévoles "de leur entrée sur le site au camping en passant par le QG". Trois zones d’accès qui vivent 24h sur 24. Son talkie-walkie grésille. Le téléphone sonne. Les questions fusent. "Les tee-shirts, c’est à gauche"; "Pour vos tickets repas, il faut voir avec vos référents"; "pour remplir vos gourdes c’est derrière"… A l’aide d’une carte installée sur les murs du préfabriqué du QG, il indique, à l’image d’un Mister Météo, où se trouvent les différents sites. Il ne quittera son poste qu’à 22h et le reprendra samedi à 6h30 du matin.

Walid connait la plupart des bénévoles, cela fait 11 ans qu’il est volontaire pour l’association Solidarité sida. "Je me suis engagé parce que je trouve que Solidarité sida sensibilise au VIH de manière atypique. J’avais 20 ans en 2000 et j’étais la population cible".

14h, réunion "contrôle accès". "Contrôle accès!", entend-on crier dans un coin de l'espace du QG des volontaires. Devant Aurore et Julien, les deux chefs d’équipe, un groupe de bénévoles se forme petit à petit. Ils ne sont pas moins de 150 à se relayer pendant ces trois jours aux différents postes: fouille à l’entrée, plateforme pour les personnes à mobilité réduite, coulisse des scènes et issues de secours qui sont au nombre de 21.

Une armée d’hommes et de femmes en blanc placés sous l’autorité de quatre chefs de zones.

Sous le soleil parisien, les deux chefs d’équipe présentent avec humour les différentes consignes: "ne pas quitter son poste sans qu’une personne ait pris le relais", "les règles sont les mêmes pour tous, même les VIP". L’alcool est proscrit à l’entrée du festival et les bénévoles s'échangent des conseils pour détecter les petits malins. "Le boulot est simple, crie Julien à l’assemblée qui continue de s'agrandir, tu passes ou tu passes pas". Malgré l’importance des responsabilités endossées par ces bénévoles, l’ambiance est bon enfant. A 15h30, les premiers d'entre eux prennent leur poste pour accueillir les festivaliers qui arrivent à 16h.

16h, parlons sexualité. "Ici, on parle 'plaisir '". Lumière tamisée, sextoys sur le bar, Clément s’adresse à deux jeunes femmes. Plumeau, sextoys, boules de geisha, jeux sexuels, poudre et peinture comestibles, pour monsieur et pour madame; tous les thèmes et types de sextoys sont abordés, présentés de manière ludique, sans gêne, sans tabou. Le Bar coquin de l’animation Sex in the city, c’est un peu le marketing du plaisir avec la prévention en plus. En fonction de ses interlocuteurs, Clément adapte son discours.

Toutes les heures, Clément change de poste: "à 16h, j’étais au safe sex et jusqu’à 18h, je suis au bar. Je reprends à 21h, pour deux heures de safe sex", dit-il avec sourire. Le safe sex, c’est le coin où on discute, le coin où les festivaliers abordent leurs expériences, le VIH ou encore la discrimination qu’ils peuvent vivre au quotidien.

Comme tous les autres bénévoles dits "prévention", Clément a suivi trois formations obligatoires durant l’année: une sur le VIH/sida/IST, une sur la contraception et une dernière sur l’animation de stand. "Ensuite, on a droit aussi à des formations facultatives, comme sur les transgenres ou encore les migrants", explique ce jeune homme, dont c’est le 4ème festival en tant que bénévole pour Solidarité sida. Des formations qui lui apprennent à "faire parler sans trop se dévoiler".

18h, pause. Noémie est en pause. Cette jolie brune en profite pour prendre un verre à La Jacqueline, le bar des bénévoles situé au QG des volontaires, et aller s’acheter un sandwich à l’aide du ticket de 8 euros fourni par les Solidays. Pendant le festival, elle s’occupe de l’entrée des invités et des VIP. Comme la plupart des bénévoles, elle travaille en binôme. "Je m’occupe de la douchette [scanner les pass entrée, ndlr] pendant que le 'protis' met les bracelets", explique cette jeune femme qui a intégré Solidarité sida il y a un an et demi. Les protis sont les "professionnels gratuits", des personnes qui mettent leurs compétences à contribution gratuitement pour le festival.

"Avant le festival, nos chefs d’équipe nous demandent quand on veut venir, à quelle heure on arrive, si on utilise le camping et quel concert on souhaite ne pas rater, développe Noémie. Je voulais voir Pete Doherty, mais comme il n’est pas là, j’ai demandé Mark Ronson. Mais il passe à une heure du matin", poursuit-elle, l’air désappointé. Alors qu’elle déguste un sandwich bio et végétarien, elle raconte: "J’ai adhéré à l’association parce que je me suis dit que ma vie était sympa mais que j’avais envie de donner de mon temps pour quelqu’un d’autre que ma famille et mes amis. Alors pourquoi pas une association…" Cette ancienne festivalière a depuis deux ans découvert les coulisses des Solidays. "J’ai aimé le festival en tant que festivalière, mais je me suis rendue compte que pour que ça continue, il faut des bénévoles".

20h30. Un swing pour la cause LGBT. Le forum café se remplit peu à peu. Jean–Baptiste et Sabine sont bénévoles. Ils s’occupent de l’accueil, mais aussi d’attirer les festivaliers pour qu’ils assistent aux débats du forum. "Mais là, nous sommes en pause. On est restés au forum parce que c’est le meilleur endroit", déclare Sabine non sans ironie. Mais surtout parce que ce show est celui des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence.

Sur scène, dix "sœurs" se déhanchent, chantent mais aussi miment des actes sexuels tout en défendant la cause des gays, lesbiennes, bi et trans. Ce spectacle engagé de 20 minutes déclenche les applaudissements enthousiastes du public. Une manière "hallucinante, selon les dires de Jean-Baptiste, de défendre la cause LGBT", alors que le"Gridshell" est maintenant bondé.

Le "Gridshell" est le nom technique donné au forum avec sa structure faite de tubes en fibre de verre et d’une toile en PVC, une structure atypique réalisée grâce à un partenariat entre le festival et l’Ecole nationale des ponts et chaussées.

Pour Jean-Baptiste et Sabine, c’est le premier festival en tant que bénévoles. Comme beaucoup de leurs homologues, ils sont venus plusieurs fois pour assister aux concerts. "Nous avions envie de participer et découvrir l’envers du décor", explique Jean-Baptiste. De quoi les pousser à s’engager pour Solidarité sida.