
C’est dans un café parisien du XVIème arrondissement que nous rencontrons John Wood. Sa vie pourrait faire l'objet d'un film: cet ancien étudiant en économie à l'université de Northwestern a quitté Microsoft à la fin des années 1990 pour lancer son ONG. Souriant, l’air décontracté, le cofondateur de Room to Read était en week-end à Paris le samedi 11 juin. "J’arrive de Londres, explique-t-il en anglais. Je suis juste venu voir des amis", ainsi qu'une partie des 50 volontaires de la nouvelle branche de l’ONG ouverte à Paris fin mai.
L’inauguration de l’antenne parisienne a réuni quelque 150 personnes dans un hôtel particulier de la capitale et permis de lever des fonds. "A la fin de la soirée, nous avions suffisamment d’argent pour construire une bibliothèque et assurer 20 années de scolarité pour des filles", se félicite Kim, bénévole chargée de la communication de Room to Read.
"Rendre le monde meilleur"
Cette ONG, créée en 2000, a pour principale mission de lutter contre l’illettrisme. Pour ce faire, elle assure la construction d’écoles, de bibliothèques, la publication de livres scolaires, la formation des enseignants et prend aussi en charge la scolarisation d’enfants. "En 10 ans, nous avons construit 1443 écoles, 11.000 bibliothèques multilingues et touché ainsi près de 5 millions d'enfants dans 9 pays différents [7 en Asie et 2 en Afrique, ndlr]", récite, satisfait, cet homme aux cheveux poivre et sel.
Son objectif? "Rendre le monde meilleur". Tout un programme! Et selon cet Américain au sourire tendre, cela passe par l’éducation. "Il y a 773 millions de personnes analphabètes dans le monde, 98% d’entre elles vivent dans des pays en voie de développement", souligne-t-il. John Wood aime les chiffres. Il les manie avec aisance. Ils sont pour lui un gage de sérieux.
"Je peux changer les choses"
Cet ancien directeur de développement chez Microsoft s’est lancé dans cette aventure à la suite de voyages culturels. "J’ai visité une école au Népal à la fin des années 1990. Le responsable était fier de me montrer sa bibliothèque… mais il n’y avait pas de livres", a-t-il constaté. L’année suivante, au Cambodge, il visitait un village où l’école avait brûlé plusieurs mois plus tôt. Personne ne l’avait reconstruite. "Je me suis dit que moi je pouvais faire quelque chose". Il n’en fallait pas plus à ce rêveur pour claquer la porte de la multinationale américaine en 1998. "J’avais un poste important. Je gagnais beaucoup d’argent. Mais c’était une véritable contrainte", avoue l’auteur de Quitter Microsoft pour changer le monde publié en 2006. Sans attache familiale, sans enfant, il prend la liberté de parcourir le monde et de créer son ONG.
"Mes amis étaient sceptiques. Mes parents m’ont toujours pris pour un fou, lâche ce Californien dans un éclat de rire. Mais ils m’ont encouragé à suivre ma passion". Au départ, il a récolté des bouquins et de l’argent auprès de ses amis. Une fois l’institution lancée, la levée de fonds a certainement été la tâche la plus ardue. Mais sa culture d’entreprise a séduit les donateurs. "C’est facile d’aider en fait. Pour la scolarisation d’une fille au Vietnam, il faut compter 200 euros l’année. Pour y construire une école, 3.500 euros", comptabilise-t-il.
Développer l’emploi localement
Microsoft, mais aussi Cisco, Google ou encore la fondation de Bill et Melinda Gates font partie des donateurs de cette ONG qui présente des résultats pour chaque projet et qui emploie aussi les ressources disponibles sur place. Nul doute que sa vie passée lui a ouvert des portes chez ces géants américains.
"Alors que des ONG internationales ont tendance à faire venir des expatriés pour construire une école, nous, on emploie les personnes compétentes sur place. L’école devient le projet de tout un village. Ils s’occupent de trouver le terrain et de la construire. Les enseignants reçoivent une formation de trois ans. Cela donne de l’emploi à toute la population", s’enthousiasme-t-il. Les livres scolaires sont rédigés et illustrés par les écrivains et infographistes locaux. Et si, par exemple, un problème logistique survient, ce quadragénaire estime que les populations sont formées pour y faire face.
Aujourd’hui, l’ONG est implantée dans 56 villes et 9 pays. "D’ici la fin de l’année, nous allons construire des écoles et des bibliothèques en Tanzanie. On vient de recevoir la somme de 500.000 pounds [560.000 euros, ndlr]", dit-il fièrement sans dévoiler le nom du philanthrope londonien. "Ce n’est pas de la philanthropie de milliardaire, mais plus pour les classes moyennes", assure l'écrivain qui devrait sortir un nouveau livre en 2012. "Le monde a besoin que les milliardaires arrêtent de penser à eux, conclut cet homme qui n’a pas reçu de salaire pendant les trois premières année de Room to Read. Ils doivent se tourner vers les autres".












