Condom, la nouvelle étape du tourisme solidaire

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Transformé en gîte solidaire, l'ancien carmel de Condom accueille des touristes de tous les horizons.

Tatouages sur les bras, les yeux couleur ciel, David, ancien braqueur reconverti en maître d'hôtel, accueille les pèlerins du chemin de Saint-Jacques de Compostelle avec enthousiasme. A l'ancien carmel de Condom, dans le Gers, les religieuses, parties en 2009, ont laissé place à des cabossés de la vie et des personnes en marge de la société. Depuis mai 2010, ce lieu paisible entièrement réhabilité s’est transformé en gîte solidaire.

"Au départ, l’idée était d’accueillir des personnes retraitées. Mais d’autres profils ont répondu plus rapidement", explique Thomas Sorrentino, directeur du projet lancé en collaboration avec David Berly et Olivier Laffon, qui a déboursé 1,5 million d'euros pour l'achat du lieu en février 2010 et sa rénovation. Ce dernier était déjà à l'origine de la Maison des associations de solidarité, de la Ruche et du Comptoir Général à Paris.

L'ancien carmel, où se rencontrent des personnes de tous horizons qui cherchent à se reconstruire ou tout simplement un peu de tranquillité loin de l'effervescence de la société, est aussi une nouvelle adresse pour les touristes.

Des vacances solidaires

Autour d’une table, dans la cour, des pèlerins, qui ont rangé bâtons et sacs à dos, sirotent un jus de fruit. D’autres sont partis à la rencontre des poules ou cueillir des cerises. Aucun vacancier n’est présent lors de la visite de Youphil.com en mai 2011, mais en feuilletant le livre d’or, force est de constater qu’ils sont nombreux à avoir apprécié leur séjour.

Ecoutez Thomas Sorrentino expliquer le fonctionnement du carmel:


Les touristes sont l’essence même de ce projet "d’hôtellerie-solidaire", dont Augustin Legrand, co-fondateur de l’association Les Enfants de Don Quichotte, est le parrain. "Les valeurs principales du carmel sont l’accueil et la diversité", explique Thomas Sorrentino.

Pour l'aspect financier, les vacanciers, mais aussi les associations qui s'y réunissent parfois, permettent à ce lieu de vivre. "Nous n’avons pas de subvention. Ce projet est à but non-lucratif et son ambition est d’être à l’équilibre d’ici un an", espère le directeur de l’établissement. En 2011, les factures sont prises en charge par Olivier Laffon, mais dès 2012, le carmel, qui avait plus de 1500 nuitées -pèlerins, associations et touristes- réservées pour la saison printemps-été 2011, volera de ses propres ailes.

Depuis son ouverture en mai 2010, une cinquantaine de touristes solidaires sont venus passer des séjours supérieurs à une semaine.

La réinsertion par le vert

Dans le jardin, Guy, tee-shirt rouge sur le dos, réalise un parterre de fleurs. "Des dahlias. Ce sont des fleurs très délicates", explique-t-il tout en recouvrant de terre une fragile pousse. A l'ombre d'un grand sapin, Patrice polit une marmite en cuivre dans le parc qui ourle ce bâtiment ancestral.

A l’intérieur du cloître, non loin de là, Cédric et Tariq peignent les murs d'un nouvel appartement destiné à de futurs résidents. Dans la cuisine, Estelle et Didier préparent les repas pour une trentaine de personnes. Au menu: œufs cocotte et champignons. A 19h30, lorsque la cloche retentit, pèlerins et résidents s’installent ensemble autour des deux grandes tablées de l’ancien carmel de Condom.

Résidents et touristes se côtoient quotidiennement ici, favorisant une mixité sociale et inter-générationnelle. Parmi les premiers, certains sont salariés, comme David ou Estelle. D’autres sont compagnons, à l'image des compagnons d'Emmaüs, comme Dominique, Tariq, Cédric ou encore Franck. Enfin, les autres sont locataires et participent bénévolement aux différentes tâches de la vie quotidienne.

Ils sont une vingtaine, aux profils très différents, à vivre dans ce carmel qui date du 13ème siècle. Parmi ces résidents, certains sortent de prison, d’autres encore cherchent à fuir leur addiction à l’alcool, aux drogues ou la solitude qui hante leur vie. Tous ont opté pour cette réinsertion par le vert.

Michael, habitué de la vie en communauté, est arrivé mi-mai, "par hasard". Il a poussé la porte du carmel "pour savoir ce qu’était un lieu de vie". Alors qu’il visitait les 2.500 mètres carrés habitables et les trois hectares de terrain, il s’est arrêté en cuisine et a donné un coup de main. "J’ai décidé de rester le week-end", lâche-t-il, sourire aux lèvres, alors qu'il est confortablement installé sur l’un des fauteuils du cloître.

Les résidents arrivent tous dans ce lieu de vie communautaire situé à la sortie de ce petit village du Gers sur les conseils d'une assistante sociale, par le bouche à oreille ou par les différents circuits de solidarité. La durée de leur séjour varie en fonction de la durée de leur galère.

Un coût adapté

"Le coût des chambres et des repas des locataires est adapté à leurs revenus", affirme Thomas Sorrentino. Ainsi, pour une personne qui touche le RSA, la chambre coûte 60 euros par mois et chaque repas quatre euros. En échange, ces locataires doivent mettre la main à la pâte en cuisine, au jardin, à l’accueil…

Aucune durée minimum de bénévolat par semaine ou par jour n’est requise, ce qui fait dire à certains que "l’engagement dans le carmel laisse à désirer". Pourtant, les activités sont des moments d’échange et permettent également aux résidents de se ressourcer. "Et ça fait du bien de se sentir utile", avoue Didier, originaire de La Rochelle, arrivé quelques jours plus tôt.

Pour l’heure, le projet est "piloté à vue" reconnaît Thomas Sorrentino: "il y a encore un peu d’improvisation". Peu de règles ont été instituées. La dernière en date concerne les repas: chaque résident doit en partager au moins cinq par semaine avec les autres. Un an après l’ouverture du carmel, un organigramme a été réalisé. "Les bénévoles savent à qui se référer pour les différentes activités", explique Thomas Sorrentino.

Mais le projet bute sur le "turn-over" des résidents. Difficile de s'organiser quand beaucoup ne savent pas combien de temps ils vont rester. L’atelier de sculpture sur métaux de Gérard a échoué pour cette raison. Mais celui de peinture de Gilles subsiste encore.

Difficile aussi de s’adapter à la vie en communauté quand on a vécu trop longtemps seul, isolé. Composer avec les caractères de chacun n’est pas chose aisée. Gérer leur passé non plus. Marie-Paulette, la doyenne des résidents du carmel, est un peu "leur grand-mère à tous". "Ils m’apportent la jeunesse, je leur apporte l’écoute", confie-t-elle. Mais sur le plan professionnel, c’est vers Chrystelle, coordinatrice sociale présente trois jours par semaine au carmel, que les résidents se tournent pour les aider à remettre le pied à l'étrier et reprendre un nouveau départ.

> Cliquez ici pour plus d'informations sur le carmel.

Retrouvez la chronique radio de Julie Schneider sur le site de notre partenaire Radio Ethic.

Cet article a été publié en mai 2011.

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