La colocation solidaire, un coup de pouce pour les étudiants

Ce projet qui vise à favoriser la mixité sociale et les liens inter-générationnels débarque en France.

Pas de 1er mai pour les "kapseurs". Il est 15h30 lorsque Laura, Lucile, Claire, Adrien et Eddy se retrouvent en ce dimanche ensoleillé pour aller à la rencontre des habitants des résidences sociales Boucry et Queneau, au rond point de la Chapelle dans le nord de Paris. Ces cinq étudiants bénéficient des Kolocations à projets solidaires, KAPS.

Ce projet a été lancé à la rentrée 2010. Le deal est simple: en échange d'un logement à bas coût, les étudiants ont une activité bénévole dans des quartiers populaires où ils vivent désormais.

A Paris, ce projet pilote est le fruit d'une concertation entre différents acteurs: le Crous qui fournit des logements à 350 euros par mois, l’Afev, une association de soutien scolaire qui se charge de sélectionner les étudiants, Ogif et ICF la Sablière, les bailleurs sociaux des résidences, la Mairie de Paris et de nombreuses d'associations qui participent également au comité de pilotage.

Pour cette première année, ces cinq jeunes sont chargés de diagnostiquer les besoins des habitants. Le but est de "recréer du lien social entre les voisins".

Dans ces anciennes résidences, dont l'une comprend d'anciens cheminots, les tensions entre les anciens résidents et les nouveaux arrivants sont palpables.

Armés de questionnaires et de stylos, ces étudiants âgés de 20 à 23 ans frappent de porte en porte. Ce jour-là, à Boucry, le gardien est absent. En raison d'un manque de coordination, aucun affichage dans les halls d’immeubles n'annonce leur venue. L’entrée dans les bâtiments est loin d’être aisée. Et les habitants restent sur la défensive.

Mais certains ouvrent leur porte de bon cœur, à l’instar de Sylvie, 52 ans qui salue la démarche. Au-delà de l’enquête de terrain, ces cinq étudiants souhaitent mettre en place un échange de services entre voisins. "C’est la première fois que je vois des jeunes nous demander notre avis. C’est bien. Il y a de nombreuses initiatives dans le quartier mais il est nécessaire de centraliser tout cela pour que l’on puisse s’entre-aider", commente-t-elle.

Mixité inter-générationnelle

"Nous trouvons intéressants que des jeunes puissent monter des projets solidaires dans ces quartiers et de favoriser une mixité inter-générationnelle", souligne Céline Gorin, chargée de développement local dans le quartier de la Chapelle. Une manière aussi de diversifier socialement le secteur.

Dans les prochaines années, la population de ce quartier du 18ème arrondissement de Paris va évoluer. Des résidences étudiantes, un IUT à la ZAC Pajol mais aussi une antenne de l’Université de Condorcet devraient voir le jour. Toutefois, il est reconnu que "ce n’est pas forcément à des étudiants de mener ces projets et ces enquêtes, car cela aurait pu être fait par des professionnels". Mais comme le répète Céline Gorin, "l'intérêt est de favoriser le lien social".

Une trentaine d’étudiants en France, âgés de 18 à 30 ans avec un niveau d'études de Licence 2 minimum, font partie de cette première expérimentation. Ils interviennent, à travers ce programme, dans des quartiers où l’Afev est souvent déjà présente. Les zones choisies sont des quartiers inscrits dans la Politique de la Ville, comme au rond point de la Chapelle à Paris mais aussi à Bagatelle à Toulouse et aux Couronneries et à Saint-Eloi à Poitiers. Dans cette dernière, les logements sont mis à disposition par le bailleur social, Logiparc, tandis qu’à Toulouse, c’est la ville qui les prend en charge.

Nouvelle forme de logement étudiant

"En discutant avec les élus locaux, nous avons réfléchi à une nouvelle forme de logement pour les étudiants, qui puisse concilier un loyer attractif et leur envie de s'engager. Mais ce modèle vient de Belgique (de Louvain-la-Neuve, ndlr)", avoue Nicolas Delesque, le secrétaire général de l’Afev. Le projet a pu voir le jour grâce à "au Fonds d'expérimentation pour la jeunesse mis en place par Martin Hirsch", explique Tiffany Koechlin, déléguée territoriale de l'Afev Paris.

L’an prochain, le projet va être reconduit dans ces trois villes et pourrait voir le jour au Mans, à Caen mais aussi à Arras. Quatre-vingt étudiants devraient bénéficier des KAPS à la rentrée 2011.

Alors que le projet pilote touche à sa fin, aucun de ces étudiants n’a rencontré de difficultés particulières pour dégager cinq heures par semaine dans son emploi du temps. "On s’organise comme on veut et on s’arrange entre nous", assure Adrien, 23 ans, étudiant en Master 1 d’économie du cinéma.

Mi-mai 2011, "l'impact social" de cette démarche n'a pas encore été évalué. La plupart des étudiants semblent satisfaits. Ils y trouvent leur compte financièrement, mais aussi socialement. Laura, 23 ans et étudiante à l’IUFM de Paris, est originaire de Toulouse. Elle est arrivée à Paris à la rentrée 2010. "Ce projet m’a permis de rencontrer beaucoup de monde mais aussi de connaître et découvrir le quartier où je vis", raconte-t-elle.

De son côté, Eddy, 23 ans et étudiant en licence de cinéma, explique côtoyer "le monde de la nuit où l’argent est facilement gaspillé". Il s’est alors engagé auprès de l’Afev pour "retrouver une base d’humanité". "Et puis, avoue-t-il dans la cage d’escalier alors qu’il vient de laisser Sylvie, résidente de Boucry, même si ce n’est pas toujours évident d'aller faire du porte-à-porte quand il fait si beau, lorsqu'on rencontre ces personnes, on repart enchanté".

----

Quelques modifications ont été apportées le vendredi 6 mai à 15h.