Obama ne séduit plus le monde associatif américain

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Les débats budgétaires cristallisent les dissensions entre Barack Obama et le secteur du "non-profit".

Les débats de ces derniers mois au sujet du budget fédéral américain de 2011 et de 2012 ont été source de tellement de dissensions qu’ils ont failli mener à la paralysie de l’Etat et ont installé un climat hargneux qui règnera sans doute jusqu'aux élections présidentielles de 2012. Mais les allers-retours incessants entre partisans d’une austérité rigoureuse et tenants d'une politique sociale ont aussi révélé une relation compliquée entre les secteurs sociaux (ONG, communautés, fondations philanthropiques) et celui qui fut l’un des leurs: Barack Obama.

Une déception récente

Nombreux sont ceux qui ont accusé Barack Obama de vouloir réduire un déficit évalué à 10% du PIB en faisant des propositions budgétaires qui sacrifiaient les pauvres. Tel est le cas du Huffington Post, qui titrait "Les grosses coupes d’Obama ciblent les pauvres", ou encore "Le budget d’Obama l’oppose à sa propre histoire."

En cause, son budget proposé fin février pour l'année fiscale 2012, qui prévoit par exemple de diminuer de moitié les fonds accordés aux programmes finançant bon nombre d’organisations communautaires et qui indexe la partie restante sur leur efficacité. Ou encore, qui coupe les financements du Low Income Home Energy Assistance Program dont le but était d'alléger les coûts énergétiques de familles en difficulté.

Il semble donc bien loin le temps où ONG, fondations et "community organizers" se réjouissaient de la connaissance que Barack Obama avait acquise du secteur "non-profit" en travaillant au Developing Communities Project et à l’Illinois Project Vote, ou encore de son engagement pour la notion de service, qui avait été un cheval de bataille contre son opposant, le Sénateur John McCain, dès 2008. Il semble loin aussi le temps de l'enthousiasme suscité par des projets qu'il avait soutenus comme le Promise Neighborhoods Institute qui fournit de l’aide à toute communauté voulant rompre les cycles de pauvreté chez les jeunes en faisant la promotion d'une approche intégrée centrée sur l’éducation.

En fait, ces mesures révèlent surtout une approche du “non-profit” qui se veut plus efficace et moderne, dans la veine de l’entrepreneuriat social. Or cette tendance était déjà présente chez Barack Obama au début de son mandat. On la voit par exemple dans le Social Innovation Fund, créé à son initiative: des subventions sont accordées annuellement à une dizaine d’ONG qui ont fait preuve d’innovation sociale grâce à un partenariat public-privé avec des fondations.

Le budget de 2011 en partie sauvé

Mais le mécontentement par rapport au budget de 2012, que certains percevaient comme un compromis à visée électoraliste, a vite été remplacé par la peur que les services publics soient paralysés si Républicains et Démocrates n'arrivaient pas à se mettre d'accord déjà sur le budget de l'année 2011.

Or ce sont surtout les propositions budgétaires républicaines, austères en matière sociale, que certains craignaient de voir passer. Notamment, les projets de coupes de l’aide au développement ont été décriés par bon nombre d’ONG, d’hommes politiques et d’experts en politique étrangère qui sont venus témoigner de leur inquiétude au Congrès il y a quelques semaines. “Nous estimons au bas mot que H.R.1 [le projet budgétaire républicain] engendrerait la mort de 70.000 enfants,” avait commenté Rajiv Shah, directeur de USAID, l’agence américaine du développement international.

Finalement, le budget de 2011 a été voté in extremis mi-avril et permettra à l'Etat de fonctionner jusqu'en septembre 2011. Certaines parties du budget consacrées au sida ou à la malaria, ont été augmentées et la proposition de rétablir le Global Gag Rule (qui bloquait toute aide aux ONG fournissant l'équivalent d'un planning familial jusqu'à ce que  Barack Obama l'abroge) a été rejetée. Cependant, d'autres programmes en pâtiront plus que Barack Obama ne l'avait prévu, comme par exemple ceux consacrés à la lutte contre la faim ou encore l'Economic Support Fund qui fournit une assistance économique à certains pays du Moyen Orient et qui est considéré comme un outil stratégique de la politique extérieure américaine.

Finalement, ces controverses suscitent surtout des craintes pour le budget de 2012, puisque le plan proposé par le Républicain Paul Ryan, Président de la Commission du Budget, vise à faire baisser le budget alloué aux affaires internationales de 44% d'ici 2016. Même si l’aide au développement ne constitue que 1% du budget américain, selon un sondage USA Today/Gallup réalisé en janvier la majorité de la population serait favorable à ces coupes, alors que Barack Obama a, quant à lui, prévu une hausse de 1% de l'aide au développement - augmentation certes inférieure aux années précédentes mais augmentation malgré tout.

Un discours qui met les points sur les “I”

Barack Obama a pourtant été critiqué par le secteur "non-profit" pour son manque de fermeté par rapport au budget de 2011; il a donc choisi d’adopter une tout autre tactique pour celui de 2012.

Quelques jours après le vote qui a évité une mise à pied de l’Etat américain, il a fait un discours remarqué qui en aura rassuré plus d'un sur la philosophie qui sous-tend ses prévisions budgétaires: “Un projet qui vise à réduire le déficit en dépensant mille milliards de dollars sur des baisses d’impôts pour les millionnaires et les milliardaires n’a rien de sérieux. Il n’y a rien de courageux à demander à ceux qui peuvent le moins se le permettre et qui ont le moins de poids au Congrès de se sacrifier. Et ce cela ne représente pas l’Amérique que je connais", a-t-il dit en commentant la proposition des Républicains qui met à mal plusieurs programmes sociaux tels que Medicaire et Medicaid.

"Ce qui est particulièrement satisfaisant dans ce discours, c'est sa défense qu’il a faite d’une vision progressiste des choses. Le Président s’est efforcé de rappeler à son auditoire que le gouvernement, les institutions de l’Etat-providence moderne et le contrat social moderne sont dignes d’être vivement défendus," écrivait Steve Benen, blogueur pour le Washington Monthly.

Barack Obama a en effet clarifié ses priorités, répondant ainsi à ceux, notamment dans le secteur social, qui l’accusaient d’avoir viré de bord: "Ils veulent donner à des gens comme moi des crédits d’impôts de 200.000 dollars, que l’on paiera en demandant à 33 seniors de débourser 6000 dollars chacun pour leurs frais de santé. Ce n’est pas juste, et ça n’arrivera pas tant que je serai Président."

Mais justement, cette question des crédits d’impôts ne fait pas l'unanimité et a souligné des différents au sein même du secteur "non-profit". La question de la fin des déductions d’impôts pour les dons aux œuvres caritatives - un projet phare de Barack Obama depuis déjà quelques années - fait notamment craindre à certains une perte de vitesse de la philanthropie américaine dont dépendent des ONG.

Un sondage USA Today/Gallup datant d’avril montre d’ailleurs que 68% de la population américaine serait contre une telle proposition même si elle est faite en vue de diminuer le déficit budgétaire.

Pourtant, d’autres activistes estiment que cette coupe n'est qu'un élément d'un projet plus général de remise en cause des nombreuses déductions d’impôts et niches fiscales dont bénéficient les plus aisés.

Jonathan Hogstad, coordinateur national de la recherche pour l’ONG Restaurant Opportunities Centers United et spécialiste en politiques publiques explique: “Le budget d’Obama est bien meilleur que celui proposé par la Chambre des Représentants où les Républicains ont la majorité. Et nous sommes vraiment contents qu’Obama semble enfin vouloir être plus ferme vis-à-vis des exemptions d’impôts de l’ère Bush qui bénéficiaient aux Américains les plus riches, comme il l’a dit dans son dernier discours. Mais c’est loin d’être suffisant. Dans ce climat politique troublé, il a fait plus preuve de conciliation que de leadership."

Le “non-profit”, un secteur divisé

Finalement, les doléances du secteur "non-profit" sont diverses, à l'image de la multiplicité des acteurs qui constituent le monde social et qui ne peuvent être envisagés comme un seule entité.

Ceux qui s’insurgent contre les coupes de déductions d’impôt pour les dons caritatifs dénoncent une présence croissante de l’Etat initiée par Barack Obama et qui viendrait mettre à mal le savoir faire du "non-profit", ainsi qu'une vision Tocquevilienne du secteur social.

Ceux qui regrettent que Barack Obama ait fait entrer une certaine compétitivité, sur les conseils d'entrepreneurs sociaux qui ont une expérience et une expertise bien différente du secteur à but non lucratif traditionnel, s’interrogent sur ce qu’ils considèrent comme un revirement dans la vie de Barack Obama le "community organizer".

Ceux, enfin, qui se battent contre les coupes générales infligées aux projets sociaux de l’Etat, ne veulent tout simplement pas voir leur financement partir en fumée et s’inquiètent, de manière plus large, des conséquences que ce nouveau budget pourrait avoir sur les citoyens.

Dans un univers politique polarisé entre Républicains et Démocrates, où Barack Obama se voit pris en tenaille entre ceux qui l’accusent de ne pas se soucier suffisamment d'un un déficit exhorbitant d'un côté, et ceux qui pensent qu’il fait des compromis qui lèsent la population de l'autre, certains osent parler d’une troisième voix.

Celle du budget proposé par le Congressional Progressive Caucus, le plus important groupe Démocrate au Congrès, et qui semble être le seul capable de mettre fin au déficit de l’Etat d’ici 2021 (bien avant les propositions de Paul Ryan et de Barack Obama) tout en stimulant la création d’emploi et en assurant des politiques sociales conséquentes.

Mais le mot "progressiste" a toujours mis les Américains mal à l'aise, et la bataille budgétaire est devenue un enjeu électoral que sert une opposition exacerbée entre deux camps seulement.

Il aurait pu s’agir pour Barack Obama de faire accepter ses tentatives de conciliation entre une vision traditionnelle du "non-profit" et une perspective plus entrepreneuriale. Mais il lui revient maintenant de ne pas se laisser immobiliser par la question du déficit à une période où la course à la présidence a déjà commencé. "Les ONG progressistes ont perdu foi en Obama, explique Jonathan Hogstad. Nous attendons beaucoup plus de lui. Il doit lancer une vraie bataille au profit des personnes qui feront en sorte qu’il soit réélu – ou pas, s’il nous laisse tomber."

Crédit Photo: Pete Souza

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Commentaires

Avec la chute de Ben Laden, je pense que la popularité de Obama est remonté au top...

Ce qui, suite à cette article, nous ferrai presque penser que c'est de la magouille politicienne.. En tout cas je pense que ce président est l'une des meilleures choses qu'ils soient arrivé pour ce pays, offrant un élan de renouveau et de modernisme.