Article initialement publié le 5 avril 2011.
Elle était parmi les finalistes Miss Univers et apparait aujourd'hui dans un ouvrage les yeux cernés, le crâne rasé, épuisée, couchée sur un lit d'hôpital. Eva Ekvall, Miss Venezuela en 2000, a accepté d'être prise en photo par le photographe Roberto Mata alors qu'elle luttait contre son cancer du sein.
Aujourd’hui présentatrice du journal de midi sur la chaîne vénezuélienne Televen, elle a décidé de sensibiliser ses compatriotes à l'importance du dépistage du cancer. Elle est désormais la porte-parole de l'association SenosAyuda qui milite pour une plus grande prévention dans tout le pays.
La réalisation de ce livre n'allait pas de soi: "au début cela me paraissait très ambitieux, une folie. Roberto Mata m'a proposé de me prendre en photo mais je ne pensais pas en faire un livre. L'idée est arrivée après deux mois de travail." S'afficher sous son plus mauvais jour ne lui a pas posé problème: "Je ne m'en suis pas préoccupée. J'étais habituée à me voir moche lorsque j'attendais ma fille. Ces photos sont comme un reality show qui montre la maladie telle qu'elle est."
"Oui, mes cheveux vont tomber"
Dans l'ouvrage "Fuera de foco" ("Loin des projecteurs", éd. Aguilar, 2010) Eva Ekvall raconte ses souffrances. Elle apprend qu'elle a le cancer du sein le 12 février 2010, une "date qu'(elle) n'oubliera jamais". Ce jour où un médecin l'avertit que son “cancer est très avancé et ce qui va arriver va être difficile." Il lui explique qu'elle devra "passer par un nombre incertain de séances de chimiothérapie et une mastectomie bilatérale suivie de radiothérapie." "Oui mes cheveux vont tomber. Oui, ils vont amputer mes seins", écrit-elle.
Dans un pays obsédé par les concours de beauté et la chirurgie esthétique, cette dernière annonce peut sembler terrible. Au contraire, assure Eva, “comment ça pourrait être tabou alors que des femmes se font opérer chaque jour pour avoir de plus gros seins?”. Elle-même avait des implants depuis l’âge de vingt ans.
Sa maladie s’est développée six mois après la naissance de sa fille. Elle ne prend alors pas garde à sa tumeur qu'elle croyait être "une inflammation due à l'allaitement de mon enfant". Elle va voir son médecin pour lui demander des anti-inflammatoires. Elle apprendra bien plus tard que son inflation n'a rien d'anodin. Elle sait aujourd’hui que ses prothèses lui ont “sauvé la vie”: en formant une barrière elles auraient empêché les cellules cancéreuses de poursuivre leur progression.
Lorsqu'elle a su qu'elle avait un cancer, l'ancienne Miss aux yeux bleu tanslucides s'est sentie "stupide", elle aurait "dû savoir."
> Sa grand-mère a été emportée par cette maladie, sa tante l'a subie à deux reprises :
Eva Ekvall n'est jamais demeurée seule durant cette épreuve. Son entourage est à ses côtés comme le montrent les clichés de Roberto Mata, les mails et tweets concis envoyés de l'hôpital, les pages écrites par des membres de sa famille, ses amis, comme celles de son père qui ne veut croire que sa fille est malade et ne peut s'empêcher de penser à sa propre mère morte à 39 ans de la même maladie: "Eva a affronté son cancer avec la certitude qu'elle allait gagner la partie. Cela l'a sauvée", écrit-il.
"La prévention n'est jamais suffisante"
Cette grande femme au teint clair et aux traits de poupée, qui possède des origines multiples -une mère jamaïquaine, un père états-unien de descendances suédoise et hongroise- a reçu de nombreuses lettres de lectrices depuis la publication de l'ouvrage fin 2010. "Aux moins 5 lettres arrivent chez moi chaque jour. Certaines lectrices se sont décidées à faire des mammographies ou demandent des conseils."
Eva Ekvall, dorénavant les cheveux courts coiffés à la garçonne, regrette le peu de données chiffrées sur le cancer du sein dans son pays. D'après des statistiques officielles de 2007, quatre femmes meurent quotidiennement de cette maladie au Venezuela. La plupart du temps, les diagnostics sont donnés alors que le cancer est déjà avancé. L'ignorance à son sujet subsiste. Selon Eva, les efforts de sensiblisation doivent être poursuivis: "Moi-même j'étais dans l'ignorance alors que ma grand-mère est morte à la suite de cette maladie. La prévention n'est jamais suffisante."




