Le bénévolat en ligne, c'est quoi?

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De plus en plus de personnes se tournent vers le bénévolat en ligne, souvent par manque de temps. Zoom sur une pratique en plein essor.

Aider des enfants soldats en Colombie, promouvoir l'égalité des sexes au Pakistan, les énergies renouvelables au Bénin ou encore favoriser l'émancipation des jeunes au Ghana, sans bouger de son fauteuil?

"Tout le monde peut être bénévole, soutiennent les Nations Unies depuis le lancement en 2000 de leur plateforme de bénévolat en ligne. Il suffit d’avoir un ordinateur, une connexion Internet et des compétences à offrir".

Armée de bénévoles

"Le bénévolat en ligne est moins contraignant que celui de proximité. Les missions sont plus courtes qu’un engagement pour une association qui distribue de la nourriture à des SDF", constate Nathalie Choiseau, fondatrice de la plateforme betobe.org.

Contrairement à ce qui est écrit sur la page d’accueil de la plateforme américaine Sparked, ce bénévolat ne s’adresse pas seulement aux personnes qui n’ont pas le temps. Les missions de ces bénévoles connectés peuvent en effet durer jusqu'à 20 heures par semaine. Mais l'avantage est que ces derniers organisent leur temps comme bon leur semble, contrairement au bénévolat traditionnel.

Le principe est simple: la personne qui souhaite s'engager, et mettre ses compétences professionnelles à profit d'une cause, publie l’équivalent de son CV sur une plateforme en ligne, comme celle de betobe.org ou des Nations Unies. Elle sélectionne ses centres d’intérêt (éducation, droits des femmes, énergies renouvelables, etc.) ainsi que ses compétences (traduction, connaissance juridique, informatique, développement web, etc.).

Lorsque les ONG ou associations postent des missions, cette armée de bénévoles connectés est informée. Il est d’autant plus facile pour les organisations de trouver un profil intéressant que le nombre de missions proposées égale rarement la demande des bénévoles. "Pour chaque mission, les organisations reçoivent une vingtaine de candidatures", souligne Nathalie Choiseau.

Favoriser le développement humain durable

"C’est aux organisations de s’assurer que le volontaire est motivé et a les compétences requises", rappelle Annika Diederich, du programme de volontariat en ligne des Nations Unies. Contrairement aux organisations, aucune sélection des bénévoles n’est effectuée en amont.

Sur betobe.org, plus de 600 organisations sont en ligne. Elles étaient plus de 1.300 en 2009 sur la plateforme des Nations Unies. Pour figurer sur ces sites Internet, ces organisations, qui peuvent être aussi bien des associations que des universités, doivent être à but non lucratif et proposer des missions "en faveur du développement humain durable", en ligne souvent avec les Objectifs du Millénaire pour le Développement.

Depuis le lancement de betobe.org en 2006, les quelque 4.500 bénévoles enregistrés ont réalisé plus de 600 missions. En 2009, les 9.427 volontaires du service des Nations Unies, qui dépend du programme des Volontaires des Nations Unies, ont effectué 14.313 tâches, soit le double par rapport aux années précédentes. Au total, depuis l’an 2000, 36.181 tâches ont été menées via cette plateforme. Une goutte d’eau à l’échelle mondiale.

D'autres modes de collaboration

"Mais le volontariat en ligne permet de développer d’autres modes de collaborations entre les personnes et les organisations, note Nathalie Choiseau. Traditionnellement, la coopération se fait des pays du Nord vers ceux du Sud. Avec le bénévolat en ligne, on voit apparaître tout type de collaboration". Ainsi, elle cite l’exemple d’un professeur de droit à Dakar, au Sénégal, qui avait aidé le bureau de plaidoyer d’une association française.

Avec la professionnalisation croissante du secteur, les ONG ont parfois du mal à pérenniser certains postes. Les missions disponibles sur ces plateformes, qui font parfois penser à de l'emploi déguisé, peuvent aller aussi bien de la traduction de contenu au plaidoyer, en passant par la levée de fonds.

Autant de postes qui ne seront pas à pourvoir. "Il s'agit ici de répondre à une demande des personnes qui ne peuvent pas toujours se déplacer et qui veulent être utile, soutient Nathalie Choiseau. Et ce type de bénévolat permet aux jeunes d'avoir une première expérience dans l'associatif et surtout une expérience professionnelle qui ne demande qu'à être valorisée".

Alors, le bénévolat en ligne, avenir du bénévolat? "Non, il est complémentaire au bénévolat de proximité, assure Nathalie Choiseau. Il permet surtout aux personnes qui ne le peuvent pas, pour des raisons professionnelles ou personnelles, de s’engager".

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Commentaires
Yoann

Le bénévolat en ligne est séduisant : engagement plus flexible, solidarité internationale, porte ouverte pour les nouvelles générations, immédiateté de la réponse au besoin. Cependant, qu'en est-il de l'impact social de cette solidarité virtuelle? Quelques limites sont peut-être à préciser:


1- Le e-bénévolat n'est efficace que si le bénéficiaire est capable d'identifier ses besoins et de leur associer une priorité. Or c'est probablement la partie la plus difficile de la gestion de projet bénévoles !


2- Le bénévolat en ligne ne peut qu'apporter une aide tactique (prestation de service) et jamais stratégique (conseil). Son impact s'inscrit donc dans le court/moyen terme, mais n'a que peu d'impact à long terme : on fait pour l'association et on ne lui apprend pas à faire.


3- Quelle place pour l'humain ? Ne faut-il pas au moins une rencontre physique avec le bénéficiaire pour se sentir investi et saisir la portée sociale de notre mission? Le modèle est séduisant, mais je ne suis pas sûr qu'il permette de "fidéliser" les bénévoles. Je serais curieux de connaître la rétention des e-bénévoles. Il me semble que l'on perd un peu ici de la richesse du bénévolat.


Conclusion : le e-bénévolat est un levier considérable pour engager de nouveaux bénévoles, mais ces limites doivent être connues afin d'éviter une frustration des parties. En outre, pour réussir un projet de ce type, il ne s'agit pas seulement de faire de la mise en relation, mais aussi et surtout, de préparer les associations en amont à identifier et à formuler leurs besoins.


Visitez le blog participatif de l'association Pro Bono Lab dédié à ces thématiques : www.pro-bono.fr


Yoann KASSI-VIVIER