
C’est ce qu’on appelle un heureux hasard de calendrier. A l’heure où Egyptiens et Tunisiens manifestent leur rejet de dizaines d’années de régimes autoritaires sort en France un livre au titre explicite: Petits actes de rébellion, ces instants de bravoure qui ont changé le monde (éd. Balland, janvier 2011), écrit par deux militants des droits humains, Steve Crawshaw et John Jackson.
"Aujourd’hui, des millions d’individus de par le monde vivent dans des circonstances qui paraissent ne jamais devoir changer. Mais ils ne doivent pas oublier que les soulèvements qui ont eu lieu partout en Europe de l’Est en 1989 sont le résultat de toute une série d’actes individuels accomplis par des gens ordinaires et qui, mis bout à bout, ont rendu le changement inévitable", écrit Vaclav Havel, célèbre dissident tchécoslovaque.
Au-delà de l’Europe de l’Est, l’ouvrage s’emploie à raconter, en 90 histoires, les actes de résistance individuels ou collectifs qui ont parfois réussi à faire basculer des gouvernements.
Youphil en a sélectionnées cinq, qui font de l’humour un mode d’action.
> Alternative Orange, le parti d’en rire :
Dans la Pologne des années 80, à côté des militants du syndicat Solidarnosc, de nombreux groupes combattaient le régime communiste au pouvoir. Parmi eux, les anarchistes d'Alternative Orange, qui prenaient le contrepied du régime en manifestant avec outrance leur amour pour leurs dirigeants.
A leur actif, l’organisation de manifestations en faveur du communisme ou encore la distribution de serviettes hygiéniques alors que la pénurie empêchait d’en trouver dans le pays.
> En Birmanie, des chiens pour dirigeants
En 2007, des manifestations contre la junte au pouvoir ont provoqué une violente répression, faisant 31 victimes selon l’ONU. Les Birmans ont alors trouvé une parade en utilisant les centaines de chiens errants de Rangoon.
Très mal considérés dans la culture birmane, ces animaux se sont retrouvés, du jour au lendemain, affublés de portraits de dirigeants autour du cou… et l’armée contrainte de les attraper pour faire disparaître l’outrage.
> Envoi massif de petites culottes en Inde
En 2009, face aux menaces des nationalistes hindous de l’organisation Sri Ram Sena (SRS), décidés à "protéger" la culture indienne, les femmes se mobilisèrent via Facebook.
A l’initiative de la journaliste Nisha Susan, un groupe fut créé sur le réseau social, intitulé "Consortium of Pub-going, Loose and Forward Women" ("La Fédération des femmes effrontées, débauchées et aimant aller au pub").
Le mot d’ordre était de se rendre dans un pub le soir de la Saint-Valentin (un interdit qu’avaient lancé les nationalistes) et de boire un verre à la santé du Sri Ram Sena. Trente-mille femmes s’inscrirent sur cette page et des milliers envoyèrent des "chaddis" (petites culottes) roses aux dirigeants du mouvement en signe de protestation.
> Des "nyctamards" dans des vidéos en Chine
Malgré la censure qui s’exerce sur Internet en Chine, l’irrévérence s’est incarnée dans une série de petites vidéos qui ont connu un grand succès auprès des internautes en 2009.
Au premier abord, on y voit des petits chevaux peu subversifs, mais leur nom "sonne quasiment comme une insulte obscène", l’équivalent de "nyctamard" (qui sonne à l'oreille comme "nique ta mère") en français. Premier affront. A cela s’ajoute l’histoire, qui voit s’affronter ces chevaux et des "crabes de rivière" dont le nom ressemble en chinois à celui désignant la censure officielle. Ces degrés de lecture font du visionnage de ces vidéos un acte de résistance en Chine.
Regardez la vidéo (en chinois)
> Des distributeurs Barclays noirs et blancs
Cette anecdote remonte à 1984. A cette date, de curieux graffitis apparaissent au-dessus des distributeurs de banque Barclays installés à Oxford et ailleurs en Grande-Bretagne: "Réservé aux Blancs" ou "Réservé aux Noirs".
Une action ayant pour objectif de rappeler "l’engagement, au demeurant largement médiatisé (en Grande-Bretagne), de Barclays dans le système d’apartheid en Afrique du Sud".
> Retrouvez une chronique de l'ouvrage sur le site de notre partenaire Radio Ethic












