Egypte: "Des hommes armés sont arrivés... nous avons dû couper la connexion"

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Les opérateurs téléphoniques ont été au coeur des mouvements de contestation en Tunisie et en Egypte, qui ont souvent mis à mal leur politique de responsabilité sociale.

"Nous étions sous la contrainte", se défend Jean-Bernard Orseni, un porte-parole d’Orange, à Paris. Le 28 janvier, le groupe de télécommunication a coupé son réseau de téléphonie mobile en Egypte, à l’instar de l’espagnol Telefonica ou de l’anglais Vodafone. Sur son site Internet, ce dernier explique que les liaisons ont été interrompues pour assurer la sécurité de ses employés.

L'engagement de Vodafone dans divers domaines, comme la protection de l'enfance ou les droits des employés, lui a valu la première place des entreprises responsables dans le monde, en 2006. Cinq ans plus tard, en Egypte, elle coupe des millions d’abonnés de communication sous la pression d'un dictateur, pendant plus de 24 heures. De son côté, Orange se dit très "attaché à la liberté des communications". Mais pendant ce même laps de temps, ce sont 26 millions d’abonnés téléphoniques qui ne peuvent utiliser ses services dans le pays. C'est sûr, la politique sociale de ces entreprises a été bouleversée par ces évènements.

"Ni activiste, ni lobbyiste"

En Egypte, Youphil a appris, plus tard, d'un opérateur interrogé qui souhaite garder l’anonymat, "que des hommes armés sont entrés dans les locaux au Caire et ont menacé le directeur technique et le personnel présent. Ils leur ont donné une très courte échéance pour couper le réseau". Cette coupure est intervenue sans que le siège ne soit alerté, mais ce dernier déclare que "le groupe a été solidaire avec cette décision".

Il est facile de comprendre la décision de ces entreprises qui souhaitent ne pas exposer leurs employés à une violente répression. Une certaine forme de responsabilité sociale. "Nous ne sommes ni des activistes, ni des lobbyistes", note Caroline Dewing, responsable de la communication de Vodafone. Vodafone emploie plus de 6.000 personnes en Egypte, et Orange près de 5.000.

La sécurité des employés avant tout

"Les principes de responsabilité sociale incombent à l’entreprise, ils sont les mêmes d’un pays à l’autre, explique-t-elle. Mais en fonction des pays, les difficultés ne sont pas les mêmes". Améliorer les réseaux, la couverture, fournir de bonnes connexions, mais aussi assurer la sécurité des employés, tels sont les défis en Egypte.

"Là est toute l’ambivalence dans ces pays, entre le secteur privé et le secteur public", analyse Amel Boubekeur, chercheur à l’EHESS et à l’ENS à Paris. Pour s’implanter dans un pays, les entreprises de télécommunication signent des licences avec les gouvernements en place pour utiliser les infrastructures en place, au risque de faire du "copinage".

Faire face à la corruption

"Dans certaines zones, les relations entre le pouvoir et les entreprises sont parfois incestueuses", poursuit Amel Boubekeur. Cela décrit plus largement les difficultés rencontrées par les entreprises dans des pays non démocratiques.

"Mais nous nous devons de respecter les lois des pays dans lesquels nous intervenons", précise Caroline Derwing. Pas le choix?

"Les entreprises ont une marge de manœuvre, mais elles préfèrent parfois payer des backchichs pour garder des marchés juteux. Toutefois, certaines plient bagages", poursuit la chercheuse. Outre la sécurité des employés, faire face à la corruption est également une réalité. Mais Jean-Bernard Orseni estime que "la solution ne passe pas forcément par le fait de ne pas être présents dans tel ou tel pays".

Interpellés sur leurs actions en Egypte, les groupes de télécommunication mettent en avant leur action en Tunisie où ils ont participé, à leur échelle, à la Révolution du Jasmin - Internet a joué un rôle important. Même Google, en Egypte, a mis en place des services aux citoyens Egyptiens pour leur permettre de communiquer sans Internet.

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