
Comment venir en aide aux Tunisiens restés au pays? Au sein de la diaspora tunisienne, la question ne cesse de se poser. Au lendemain de la chute du président Ben Ali, la solidarité a commencé à se mettre en place. Pour l'instant, les actions sont encore au stade d'élaboration, quelques jours après la Révolution du Jasmin.
"La situation sécuritaire rend l’accès à certaines zones du pays difficile", constate Mohsen Zemni, président de l’Association des Tunisiens de France, l’une des associations de Tunisiens les plus importantes en France. Les régions du centre et de l’ouest tunisiens sont particulièrement isolées. En raison des problèmes sécuritaires, l'acheminement des denrées alimentaires ne se fait pas correctement. Les régions touristiques, comme Tunis, Sfax ou Sousse, semblent, elles, épargnées.
"Les personnes les plus touchées sont des travailleurs journaliers. Depuis un mois, ils n’ont plus d’emploi", note l’Association tunisienne de soutien à la famille, Yessrine, basée en Tunisie. Cette association qui normalement s’occupe de la scolarisation des enfants, apporte dorénavant une aide d’urgence aux familles les plus affectées situées à Kasserine, Sidi Bouzid et dans l’ouest du pays, lieux où les manifestations ont été les plus intenses.
Concert de solidarité
Sur son site Internet, le Croissant Rouge Tunisien appelle à financer les besoins essentiels comme des produits alimentaires, des couvertures, des vêtements chauds ou encore des trousses de premier secours. A Lyon, l'association "les Ambassadeurs du Jasmin" a lancé une collecte à partir du 25 janvier, de denrées alimentaires non périssables. Mohsen Zemni a, lui, alerté la communauté tunisienne à Paris. Des équipes devraient être envoyées en Tunisie pour distribuer, dans les zones du pays les plus reculées, les vivres récoltées.
Le 31 janvier, Action Tunisienne organise un concert de soutien à l’Elysée Montmartre à Paris pour venir en aide aux victimes (blessés, handicapés,etc.), en collaboration avec le Croissant Rouge, peu habitué à ce genre de situation. Longtemps, l’organisme a travaillé comme auxiliaire des pouvoirs publics, en coordination avec le Ministère de la Santé.
Donner un coup de pouce à l'économie
"La situation en Tunisie n’est pas une situation d’urgence classique. Il n’y a pas de guerre, il n’y a pas de déplacés. Il faut revoir tous les modèles que nous connaissons", constate de son côté Jean-Michel Monod, délégué régional au Maghreb pour le CICR, présent en Tunisie pour surveiller les conditions de détention des prisonniers.
Même si certaines populations ont de réels besoins, la crise n'est pas humanitaire, mais sociale. Et le but des associations est surtout de donner un coup de pouce à l'économie. "Il ne faut pas oublier que le facteur numéro un de la crise était le taux de chômage des jeunes diplômés qui atteint 30%", rappelle Jean-Michel Monod.
Selon Samira Kammoum, la présidente de l’association Yessrine, "il faut de l’argent pour donner la possibilité aux commerces de se développer et favoriser le redémarrage de la petite économie du pays".
Séjours solidaires
Certains acteurs ont alors misé sur le tourisme solidaire, à travers la création de "Séjours solidaires". Le secteur touristique représente en effet 6,5% du PIB de l’économie tunisienne et emploie plus de 11% de la population active. Depuis le début des évènements, il est à l’arrêt.
L'opération a été lancée le 24 janvier par Samir Bouzidi, éditeur et fondateur du site Internet Tunisiens du monde. "Nous incitons les Tunisiens de la diaspora à tous rentrer en février, deux semaines au maximum", explique-t-il. Pour l’occasion, TunisAir, la compagnie nationale, revoit ses tarifs à la baisse et assouplit les franchises des bagages. L'opération s'est récemment étendue aux paquebots.
"Nous souhaitons compenser les pertes du secteur touristique (chaque jour de manifestation coûte 200.000 dinars de manque à gagner au pays, ndlr). Et puis, avoue-t-il, nous avons envie de voir le paysage urbain de Tunis, sans les portraits, sans le violet. Envie de voir cette nouvelle Tunisie".
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