Six mois après, où en est le Pakistan?

Six mois après le début des inondations, la situation humanitaire est toujours "désastreuse" dans certaines régions du pays, selon l'ONU.

Le Pakistan toujours sous l'eau. Le 26 juillet 2010, des pluies diluviennes ont commencé à s'abattre sur le pays, provoquant des inondations sans précédent. Depuis, l'OCHA, le bureau des affaires humanitaires des Nations Unies, ne cesse d'alerter sur la gravité de la situation humanitaire, en particulier dans la province méridionale de Sindh. En six mois, environ 2.000 personnes ont trouvé la mort. Au plus fort de la crise, un cinquième du pays était sous les eaux, plus de 18 millions de personnes étaient affectées et 1,7 million d’habitations endommagées. Selon la Banque mondiale, citée par Oxfam, plus de 10 milliards de dollars de dégâts ont été recensés.

"Dès le début, nous sommes intervenus dans deux régions: au nord, dans la province de Khyber Pakhtunkhwa (KPK), et un mois plus tard dans le sud, à Sindh qui est maintenant la zone la plus touchée", explique Hélène Robin, responsable des opérations au Pakistan pour Handicap International. D’une région à l’autre, les besoins évoluent.

Au nord, priorité à la plantation

Au nord, en raison du conflit armé qui sévit dans la région, les interventions des secours ont été particulièrement rapides. La plupart des ONG étaient déjà sur place pour subvenir aux besoins des populations déplacées à la suite des combats. Beaucoup d’entre elles, à l’instar d’Handicap International ou Médecins du Monde, développaient déjà une activité d’urgence.

Avec les inondations, les organisations doivent faire face à de nouvelles tâches: outre la distribution de nourriture, de couvertures ou encore la fourniture d'abris, elles ont dû informer sur les risques de maladies (diarrhées, choléra, malaria). Des cliniques mobiles et deux centres diarrhéiques, dans les districts de Charsadda et Nowshera, ont rapidement été mis en place par l'ONG médicale.

Au début de l'hiver, l'eau avait été évacuée de la province du KPK. Les habitants ont pu rentrer chez eux et constater les dégâts: ils ont trouvé une région dévastée et des champs sinistrés. Un travail de reconstruction a alors débuté, grâce à un programme intitulé "travail contre argent". Le déblaiement de la zone a commencé: dégagement des ordures, construction de digues autour de l’Indus pour diriger l’eau, mais aussi réhabilitation des champs.

La plupart des Pakistanais sont en effet paysans. Mais les récoltes et les réserves ont été perdues dans les inondations. Le CICR leur a distribué des semences pour qu'ils puissent, en 2011, avoir une récolte qualifiée de "respectable" par Christian Cardon, le responsable communication pour la région de la Comité International de la Croix Rouge. Du riz et du blé ont été plantés sur les terrains exploitables. Tracteurs, grandes remorques, nettoyeurs de grains et semences, batteuses et dispositifs de mesure de l'humidité ont été distribués à des centres locaux de la région. "Les agriculteurs locaux pourront les louer pour des montants symboliques", précise l’organisation, qui travaille en étroite collaboration avec le Croissant Rouge pakistanais.

Le Sud, toujours sous les eaux

Alors que le Nord fait face à une situation dite de post-urgence, le Sud est lui toujours sous les eaux. Suivant le fleuve de l'Indus, elles se sont naturellement dirigées vers les provinces de Sindh et Penjab (au sud-est du pays). Dans la vallée, plus de 100.000 hectares sont encore inondés. Selon les personnes présentes sur place, des villages entiers ont disparu, à l'instar de routes, de pylônes électriques... Le fleuve sépare deux paysages différents: d'un côté, des terres agricoles fleurissent, de l'autre, l'eau stagne toujours, dégageant une odeur nauséabonde. Des mares se forment autour des habitations, menaçant les nappes phréatiques. En outre, cette eau insalubre est lappée par le bétail. Des épidémies menacent d'apparaître, et ce d'autant plus que la terre n'est plus cultivable. Ainsi eau et nourriture locales ne sont plus consommables.

Depuis fin juillet, 45% des paysans pakistanais n’ont plus aucune source de revenus et ne peuvent pas non plus retourner chez eux. Les zones d'habitation restent inaccessibles. Le 18 janvier, plus que 128.000 personnes étaient toujours logées dans les 188 camps de la région. Et les abris temporaires manquent.

Outre la reconstruction de logements, produits d’hygiène, ustensiles de cuisine mais aussi bâches, nattes… sont nécessaires. Sur place, tout le monde s'organise pour construire des digues, des barrages, des canaux d'évacuation pour l'eau.

Les ONG, à l’image de Solidarités International, installée dans le Sindh depuis octobre 2010, ou d’Handicap International qui n’était pas non plus présente dans cette région avant les inondations, font alors face à une situation d'urgence. Cette dernière a construit six centres de traitement des eaux qui fournissent quelque 400.000 litres d’eau potable par jour. D'autres ONG, qui ne peuvent être présentes dans le Sud, travaillent en collaboration avec des organisations locales.

Seul point positif, il semble que les bailleurs de fonds aient finalement répondu à l’appel. Malgré le fait que seuls 56,3% des fonds demandés, soit 1,1 milliard de dollars, ont été récoltés, les ONG assurent qu’ "ils ont été lents mais ont réalisé l’importance de l’aide humanitaire internationale" face à la solidarité mise en place par les talibans dans certaines régions.