
Au fin fond de la province vietnamienne de Quang Binh, tout au bout d’une route défoncée, perché sur une colline luxuriante, se dresse le village 61. Quelques maisons sur pilotis disposées ça et là, des cochons et des vaches qui partagent les jeux des enfants, un sol en terre battue et le bourdonnement en continu du poste de télévision installé dans la maison du chef du village. Voilà pour le décor du premier village vietnamien équipé d’un micro-réseau électrique solaire (cliquer ici pour le découvrir en photos).
Avec ses 151 habitants, son poste de douane et sa base de l’armée, le village 61 est depuis peu le cadre d’une expérimentation sociale lancée par Schneider Electric.
L’enjeu pour le groupe français spécialisé dans la gestion de l’énergie: fournir de l’électricité à prix réduit, sans espérer en tirer un profit immédiat.
Mi-décembre 2010, nous avons rendu visite aux agriculteurs et aux chasseurs du village 61 à l’occasion de l’inauguration de son micro-réseau.
Regardez une courte vidéo du village :
Au Vietnam, 97% de la population a officiellement accès à l’électricité. Ce chiffre, qui recouvre des réalités diverses, signifie en creux que 2 millions de personnes au moins en sont privées. C’était le cas jusqu’à début décembre pour les habitants du village 61. Dès 18 heures, l’obscurité qui envahissait les rues et les maisons empêchait toute activité. "Avant, on ne pouvait rien faire, se rappelle un habitant du village. On vivait au rythme du soleil."
Aujourd’hui, si on arrive à la nuit tombée, une lampe éclaire chaque foyer et les baraques du camp militaire créent ainsi un ilot de lumière dans la jungle vietnamienne.
"Grâce à l’électricité, nous pouvons maintenant avoir des activités le soir, ce qui n’était pas le cas avant. Nos enfants peuvent étudier, nous avons la possibilité de lire les journaux", confie avec timidité le fils du chef de village.
Difficile d’en savoir plus. Membres de la minorité ethnique des Ma Coong, les habitants du village 61 parlent mal le vietnamien et répondent avec difficulté à nos questions. Dans l’immédiat, l’impact sur leur quotidien se résume visiblement à un confort accru et à des modifications de leur paysage. Des disjoncteurs flambants neufs sont disposés entre les maisons et, sur les hauteurs du village, juste à côté de la base de l’armée, des panneaux solaires complètent le dispositif du micro-réseau.
Ce jour-là, les autorités de la province sont fières de couper le ruban rouge qui inaugure le site, aux côtés des équipes de Schneider Electric, d’un représentant de GDF-Suez, partenaire du projet, et de deux députés français, Michel Voisin et Bérengère Poletti, respectivement président et vice-présidente du groupe d’amitié France-Vietnam à l’Assemblée Nationale.
Réunion improbable dans ce village perdu au milieu de nulle part, la présence de tous ces officiels montre cependant l’intérêt stratégique d’un tel projet, dont le coût total s’élève à 180.000 dollars, répartis entre Schneider Electric et sa fondation, les autorités vietnamiennes et GDF Suez. La durée de vie de l'installation est estimée à vingt ans.
Pour être considéré comme un succès, l’opération dépend du prix de l'électricité que les autorités vietnamiennes fixeront. "Il faut que les habitants payent leur consommation, même à un prix minime, explique Olivier Jacquet, le directeur de Schneider Electric Vietnam. On peut envisager un prix pour l’armée et la douane, et un autre, plus bas, pour le village."
Comme le montre notre portfolio, les habitants du village 61 vivent dans un état de relative pauvreté. Chaque ménage gagne en moyenne 10 dollars par mois, qui proviennent essentiellement des subventions gouvernementales. Le prix de l'électricité devrait être fixé à 5 centimes de dollars par mois.
La rentabilité de cette expérimentation dans le village 61, même si elle est calculée sur 14 ans, est en effet nécessaire pour attirer d’autres financeurs et permettre la multiplication de tels projets. La direction de Schneider Electric souhaite équiper une cinquantaine de villages de la province dans les trois ans qui viennent.
C’est ce qu’explique Olivier Jacquet :
Pour une entreprise comme Schneider Electric, le Vietnam, qui vient d’accéder au statut de pays à revenu intermédiaire, est un marché qu’il importe de conquérir. L’expérience du village 61 permet non seulement de s’implanter durablement, mais s’inscrit aussi dans la politique de responsabilité sociale du groupe.
"L’accès à l’électricité pour les pauvres fait partie de la responsabilité sociale de l’entreprise, qui elle-même est le fruit d'une longue tradition", explique Gilles Vermot-Desroches, directeur du développement durable.
Après des expérimentations à Madagascar ou en Inde, l’installation d’un micro-réseau au Vietnam est une nouvelle étape dans le programme BipBop de Schneider, destiné au "bas de la pyramide". Lancée en 2009, cette offre d’accès à l’énergie adaptée aux publics pauvres comprend non seulement l’équipement de zones reculées mais aussi des programmes de formation et d’insertion professionnelle.
"Au village 61, on pourrait imaginer qu’un entrepreneur local achemine des produits, ce qui permettrait ainsi de développer une activité", suggère Olivier Jacquet. Dans les mois qui viennent, Schneider pourrait aussi mettre en place des programmes d’éducation à l’utilité de l’électricité et de formation à l’utilisation du micro-réseau. Histoire que l’électricité ne se résume pas, pour les 35 foyers du coin, à un poste de télévision allumé en permanence.
> Cliquez ici pour voir un portfolio du village
> Et cliquez là pour avoir un aperçu en vidéo de la route qui mène au village 61











